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Moyen-Orient - Éclairage

Entre Israël et les pays du Golfe, tout va très vite

Le rythme soutenu de la normalisation des relations confirme qu’une nouvelle étape a été franchie dans les relations israélo-arabes.

Entre Israël et les pays du Golfe, tout va très vite

Des drapeaux d’Israël et du Bahreïn le long d’une route de Netanya, au nord de Tel-Aviv, le 14 septembre 2020. Nir Elias/Reuters

Bahreïn, Émirats arabes unis, Soudan : la vague de pays arabes ayant annoncé au cours des trois derniers mois une normalisation de leurs relations avec Israël semble particulièrement encline à impulser un rapprochement dynamique, ostensible et accéléré vis-à-vis de Tel-Aviv. Loin, très loin, des « paix froides » qui avaient caractérisé les accords de paix des décennies passées avec l’Égypte et la Jordanie.

Manama a donné le ton en annonçant, lundi, la première visite officielle d’un ministre en Israël afin d’« affirmer la position ferme et permanente en faveur du processus de paix » et de « mettre en lumière les opportunités économiques et les accords bilatéraux » avec l’État hébreu, selon l’agence officielle du Bahreïn. Deux mois seulement après la signature des Accords d’Abraham à Washington, et un peu plus d’une semaine après leur ratification par le Parlement israélien, le chef de la diplomatie Abdellatif al-Zayani est arrivé hier à Tel-Aviv à bord du premier vol commercial reliant le Bahreïn à Israël. « Un jour historique pour le Moyen-Orient », a déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères, Gabi Ashkenazi, qui s’est également entretenu avec son homologue sur la perspective d’ouverture d’ambassades dans les deux pays « le plus tôt possible ».

Les deux ministres ont également rencontré à Jérusalem plus tard dans la journée le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, en Israël pour deux jours dans le cadre d’une tournée controversée lors de laquelle il pourrait devenir le premier diplomate américain à se rendre dans une colonie de Cisjordanie.

« La graine de la paix »

Outre le rappel de l’attachement du Bahreïn à une résolution du conflit israélo-palestinien, le développement des relations bilatérales ou l’avenir du dossier iranien, la poursuite de la stratégie de normalisation régionale a été l’un des enjeux de la rencontre. Cette stratégie avait débuté en août entre Abou Dhabi et Tel-Aviv, avant de se poursuivre avec la signature officielle en septembre d’un accord entre Israël, les Émirats arabes unis et Bahreïn. Ces deux pays du Golfe, alliés de Washington contre l’Iran, sont devenus les troisième et quatrième pays arabes à signer une paix après l’Égypte (1979) et la Jordanie (1994). Le 23 octobre, le Soudan se joint au mouvement sous la pression de Washington en annonçant une normalisation des relations avec Israël, tandis qu’« au moins cinq autres pays arabes » sont prêts à faire de même, selon Donald Trump.

Ces annonces ont été suivies d’un rapprochement rapide marqué par une série de gestes symboliques comme la mise en place de vols directs entre Tel-Aviv et Abou Dhabi ou Manama. « Beaucoup de choses ont eu lieu sur le front EAU-Israël, les deux parties ayant ratifié une série d’accords portant sur les investissements, la santé ou le partage de technologies », rappelle Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres et spécialiste du Golfe. Parmi ces accords, une entente sur une exemption mutuelle de visa entre Abou Dhabi et Tel-Aviv a démultiplié les capacités d’échanges entre les deux pays tandis que, mardi, le président israélien a invité, en Israël, le prince héritier Mohammad ben Zayed al-Nahyane.

L’opinion arabe ne suit que partiellement cette paix des États. L’image d’une normalisation n’est pas au goût de tous, comme au Bahreïn où des manifestations éclatent autour de l’idée que « la normalisation est une trahison ». Des résistances qui rappellent l’opposition de la rue arabe au lendemain des premiers accords de paix.

Mais si Abdellatif al-Zayani a voulu rappeler ces précédents en rendant hommage à Anouar el-Sadate, premier dirigeant d’un pays arabe à se rendre officiellement en Israël en 1977, « plantant la graine de la paix régionale que nous cultivons aujourd’hui », la vague de normalisation entreprise depuis septembre ne ressemble en rien aux paix d’hier.

À l’inverse des premiers accords signés avec la Jordanie/l’Égypte, « il n’y a presque aucun élément tangible stipulé dans les accords entre Israël et Bahreïn et les EAU : ils ont été assemblés sous la pression de l’administration Trump, en ne laissant que très peu de temps aux négociations », observe Andreas Krieg, qui rappelle que cinq années de tractations sous parrainage américain ont été nécessaires avant de conclure les accords de Camp David comprenant l’accord de paix entre Tel-Aviv et Le Caire.

Les deux générations d’accords diffèrent également sur le fond. Alors que les accords de paix conclus en 1979 et 1994 ont effectivement mis fin à un conflit armé entre Israël et l’Égypte ou la Jordanie, ils n’ont pas provoqué de réelle normalisation des relations, notamment sur le plan touristique et commercial. À l’inverse, aucun des pays du Golfe n’était en guerre avec l’État hébreu et les Accords d’Abraham, conclus sur la base « du plus petit dénominateur commun », sont vagues et laissent le champ libre aux politiques. « Leur substance devra émerger au cours des prochains mois », estime Andreas Krieg. Mais le rythme effréné de ces dernières semaines indique que peu de temps sera nécessaire afin de connaître la teneur exacte des accords de 2020.



Bahreïn, Émirats arabes unis, Soudan : la vague de pays arabes ayant annoncé au cours des trois derniers mois une normalisation de leurs relations avec Israël semble particulièrement encline à impulser un rapprochement dynamique, ostensible et accéléré vis-à-vis de Tel-Aviv. Loin, très loin, des « paix froides » qui avaient caractérisé les accords de paix des...

commentaires (2)

Le « plus petit dénominateur commun » étant l’abandon de la solidarité à la cause palestinienne, sur l’autel d’intérêts économiques et stratégiques égoïstes bien loin de la seule vraie paix qui mérite ce nom, celle des esprits, et pas des portefeuilles. L’Iran aura réussi, par la détestation majeure qu’il inspire, à jeter les Arabes dans les bras d’Israël selon la formule « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Et démontrer ainsi encore plus, s’il n’était déjà besoin de le faire, qu’il reste le meilleur ennemi d’Israël (et réciproquement).

AntoineK

15 h 58, le 19 novembre 2020

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Commentaires (2)

  • Le « plus petit dénominateur commun » étant l’abandon de la solidarité à la cause palestinienne, sur l’autel d’intérêts économiques et stratégiques égoïstes bien loin de la seule vraie paix qui mérite ce nom, celle des esprits, et pas des portefeuilles. L’Iran aura réussi, par la détestation majeure qu’il inspire, à jeter les Arabes dans les bras d’Israël selon la formule « l’ennemi de mon ennemi est mon ami ». Et démontrer ainsi encore plus, s’il n’était déjà besoin de le faire, qu’il reste le meilleur ennemi d’Israël (et réciproquement).

    AntoineK

    15 h 58, le 19 novembre 2020

  • Comme tjs on sera les derniers des idiots a en profiter

    Lina Daher

    15 h 56, le 19 novembre 2020

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