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Moyen-Orient - Disparition

Walid Moallem, ce héraut de la propagande syrienne

Le vice-Premier ministre et ministre syrien des Affaires étrangères est décédé hier à l’âge de 79 ans.

Walid Moallem, ce héraut de la propagande syrienne

Le vice-Premier ministre syrien et ministre des Affaires étrangères est décédé hier à l’âge de 79 ans. Omar Sanadiki/Reuters

En novembre 2011, soit huit mois après le début de la révolution syrienne, le ministre français des Affaires étrangères de l’époque Alain Juppé avait estimé que les jours du régime de Damas « étaient comptés ». Son homologue syrien Walid Moallem avait alors répondu : « Qui vivra verra », avant d’ajouter : « S’il a suffisamment de temps pour voir »...Il a été au cœur des pourparlers secrets israélo-syriens, au centre de la tempête qui a suivi l’assassinat de Rafic Hariri et est resté à la barre tout au long de la guerre civile syrienne. Ce pilier du régime Assad ne verra pas le dénouement de ce drame qui a fait plus de 384 000 morts, dont il n’a cessé d’imputer la responsabilité aux Occidentaux en criant au « complot ». Le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et des Expatriés est décédé hier matin à l’âge de 79 ans, après 56 ans de « bons et loyaux services », selon les médias officiels, qui n’ont pas divulgué les causes de sa mort. L’on sait toutefois que sa santé était chancelante depuis plus de six ans, lorsqu’il avait été admis en urgence à l’American University Hospital de Beyrouth en mars 2014, pour de graves problèmes cardiaques. Mercredi dernier, il était apparu affaibli et soutenu par deux hommes pour faire son entrée dans la salle, lors de la conférence organisée à Damas pour discuter du retour des millions de réfugiés syriens chassés par le conflit. C’est dans la capitale syrienne, où il est né, que les derniers hommages lui ont été rendus hier après-midi par des officiels qui ont accompagné la dépouille mortelle jusqu’au cimetière de Mazzeh. Parmi les plus chevronnés des diplomates syriens, Walid Moallem était l’un des plus fidèles soldats du régime, qui, malgré les nombreux remaniements ministériels, a su conserver sa place au service des Assad père et fils.

Les paris sur sa succession au poste de ministre des Affaires étrangères sont déjà lancés et plusieurs noms circulent : Bouthaina Chaaban, Bachar Jaafari et Fayçal al-Meqdad, ce dernier ayant le plus de chances d’y accéder de par sa confession, sunnite, comme l’était Moallem, contrairement aux deux premiers qui sont alaouites. Historiquement, ce poste est réservé à une personnalité issue des rangs de la communauté sunnite, afin de faciliter les échanges avec le monde arabe, mais aussi de conserver un semblant de diversité communautaire au sein d’un pouvoir concentré entre les mains d’un noyau dur alaouite.

Pour mémoire

Moallem : La Syrie prête à coopérer avec le Liban pour faire face à la loi César

Les hommages pleuvaient hier du côté des prorégime qui louaient un « grand homme » au « calme légendaire », alors que les internautes pro-opposition n’ont pas hésité à railler un personnage « corpulent et apathique » considéré comme un « simple porte-parole » qui « n’aura jamais obtenu de victoire diplomatique ». Des pâtisseries étaient distribuées hier dans les régions rebelles du Nord-Ouest syrien, pour « célébrer » la mort de cette figure haïe par la rue révolutionnaire pour avoir continué à soutenir le régime depuis le début du conflit.

Négociations pour le Golan

Après des études en économie à l’université du Caire, Walid Moallem entre au ministère des Affaires étrangères dès 1964, dont il gravit rapidement les échelons. Ambassadeur en Roumanie entre 1975 et 1980, il fut envoyé ensuite en poste à Washington en 1990, après un retour de dix ans dans les bureaux de Damas. C’est à cette époque que son nom commence à circuler, alors qu’il se trouve propulsé au cœur des négociations secrètes de paix entre Israël et la Syrie, qui n’aboutiront jamais. Damas était prêt à une paix totale en échange d’un retrait israélien total du plateau du Golan occupé depuis juin 1967. Hafez el-Assad, deus ex machina de la négociation côté syrien, avait délégué Farouk el-Chareh, son ministre des Affaires étrangères et son ambassadeur à Washington, en qui il avait confiance. Les négociations avaient été suspendues en 1996, à la mort du Premier ministre Itzhak Rabin. Le gouvernement de droite de Benjamin Netanyahu avait alors refusé de reprendre à son compte les engagements du gouvernement travailliste précédent et réclamé que les pourparlers reprennent « sans condition préalable ». Ces tractations dureront 20 ans avant que la révolution syrienne en 2011 ne vienne clore définitivement le chapitre.

En tant de vice-ministre des Affaires étrangères au début des années 2000, Walid Mouallem se voit attribuer le dossier libanais et effectuera des dizaines d’allers-retours à Beyrouth. Il sera chargé d’assainir les relations avec le Liban mises à mal après l’adoption en septembre 2004 de la résolution 1559 par le Conseil de sécurité de l’ONU réclamant le retrait des soldats syriens du Liban et par la prorogation du mandat du président Émile Lahoud sous la pression de Damas. En 2005, il avait fait savoir que « la Syrie ne se mêlera “même pas” de la future loi électorale », ce qui avait interloqué les détracteurs de la tutelle syrienne au Liban. Il sera accusé dans un rapport de l’ONU d’avoir « menacé Hariri » deux semaines avant son assassinat. Lors d’une rencontre le 1er février, le ministre syrien a dit à l’ancien Premier ministre libanais : « Nous et les services (de sécurité) ici (au Liban) t’avons coincé. » « S’il te plaît, ne prends pas les choses à la légère. » Malgré l’enregistrement audio l’accablant, ce dernier réfutera les accusations et expliquera en octobre 2005 qu’il était uniquement venu informer Hariri de sa « mission » et « lui demander de coopérer avec (lui) afin de la faire réussir ». Le chef de la diplomatie syrienne ne remettra les pieds au Liban qu’en août 2006, ce qui constituera la première visite d’un responsable syrien de ce rang depuis le retrait des troupes syriennes en avril 2005. Une visite qui sera très mal perçue par la rue. « Moallem est un lion au Liban et un lapin au Golan », moquera alors Walid Joumblatt.

« La rengaine du complot international »

Dès les premières manifestations de 2011, le mastodonte vieillissant de la diplomatie, qui sera nommé vice-Premier ministre un an plus tard, prendra fait et cause pour le régime, dont il deviendra l’un des porte-voix les plus fervents. Ce sera notamment l’un des premiers responsables syriens à qualifier les opposants au régime de « terroristes ». Il n’aura de cesse de crier à la conspiration mondiale et accusera notamment les États-Unis d’œuvrer à la chute du régime de Damas en se saisissant du prétexte des armes chimiques, comme ils l’avaient fait en Irak. Fin août 2011, le Trésor américain le place sur la liste noire de sanctions (suivi par l’Union européenne en 2012), l’accusant de répéter « la rengaine du complot international » et d’essayer « de masquer les actes horribles du régime ».

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Fort du soutien des parrains iranien et moscovite, Walid Moallem sera le porte-voix de tous les mensonges du régime meurtrier. « Ces armes chimiques en Syrie, si elles existent, et je dis bien si elles existent, comment est-il possible que nous les utilisions contre notre propre peuple ? C’est du n’importe quoi », dira-t-il en marge des réunions de l’Assemblée générale de l’ONU en octobre 2012. Un an plus tard, Washington et Moscou parviendront à un accord sur le désarmement chimique de la Syrie... agréé par Damas. Il martèlera à plusieurs reprises lors des différents pourparlers de paix à Genève que le sort du président Bachar el-Assad est « une ligne rouge », face au camp de l’opposition pour qui le départ du président est une condition à toute résolution du conflit. En conférence de presse, il avait habitué les journalistes à son sarcasme et à ses remarques acerbes. Interrogé en septembre 2019 sur le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, il avait répondu : « Qui est Pompeo ? Je ne le connais pas. »


En novembre 2011, soit huit mois après le début de la révolution syrienne, le ministre français des Affaires étrangères de l’époque Alain Juppé avait estimé que les jours du régime de Damas « étaient comptés ». Son homologue syrien Walid Moallem avait alors répondu : « Qui vivra verra », avant d’ajouter : « S’il a suffisamment de temps...

commentaires (2)

Bon débarras

Robert Moumdjian

03 h 47, le 18 novembre 2020

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Commentaires (2)

  • Bon débarras

    Robert Moumdjian

    03 h 47, le 18 novembre 2020

  • Je n'irais pas pleurer sur sa tombe ... que l'enfer soit sa demeure éternelle

    Zeidan

    21 h 21, le 17 novembre 2020

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