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Société - Crise De L’Audiovisuel

« Je suis content et apaisé de partir »

De nombreux journalistes délaissent les chaînes de télévision locales pour tenter leur chance à l’étranger ou dans les branches locales de médias internationaux.

« Je suis content et apaisé de partir »

De gauche à droite : Bassam Abou Zeid, Layal Ikhtiyar, Georges Eid et Rima Assaf. Photo DR

Parce que les journalistes de l’audiovisuel travaillent intensément et réalisent des audimats record en raison de la cadence effrénée des graves développements politiques et socio-économiques, on serait tenté de croire qu’ils seraient les derniers à envisager de partir. Or de nombreux talents délaissent aujourd’hui les entreprises médiatiques locales auprès desquelles ils se sont investis durant de longues années. Et pour cause : depuis le mouvement du 17 octobre, la conjoncture inédite du pays a mis les chaînes télévisées face à une crise financière sans précédent, qui a entraîné une chute vertigineuse de leurs revenus, nécessitant de réduire les coûts et revoir les salaires à la baisse. Payés dans une monnaie locale fortement dévaluée, les journalistes se mettent à rechercher un ailleurs où l’herbe serait plus verte mais aussi qui les épargnerait des fortes tensions que leur fait subir un travail harassant dans un contexte sociopolitique devenu asphyxiant.

Parmi ceux qui ont franchi le pas, Bassam Abou Zeid, reporter, présentateur du journal télévisé et du programme Nharkon Saïd, qui était resté fidèle à la LBCI pendant 31 ans. Depuis octobre dernier, il se trouve à Dubaï où il présente le bulletin d’information sur la chaîne saoudienne al-Hadath al-Arabiya. Vendredi prochain, ce sera au tour du chef d’opérations du journal télévisé de la MTV, Georges Eid, de s’envoler pour les Émirats arabes unis. Après un travail de plus de dix ans sur la chaîne, il rejoint un média panarabe dont il tait pour l’instant l’identité, en raison d’une clause de confidentialité. D’autres de leurs consœurs et confrères plient également bagage, sans toutefois s’expatrier : dès la fin de ce mois, on ne verra plus sur la LBCI Rima Assaf, responsable des dossiers régionaux et internationaux et rédactrice en chef du programme 20-30, ni Layal Ikhtiyar, animatrice de talk-shows politiques et présentatrice du JT. Elles rejoindront début décembre les bureaux locaux de la chaîne américaine al-Hurra. La première y produira un programme politique qui sera présenté par la seconde.

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« J’ai reçu de nombreuses offres pour travailler dans les pays arabes, mais ma vie est ici », indique à L’Orient-Le Jour Rima Assaf, dont le mari cardiologue est attaché à rester au pays. Layal Ikhtiyar se dit elle aussi réticente à partir à l’étranger. « Je veux me donner une chance de rester dans le pays », nous confie-t-elle. Toutes deux affirment entretenir de très bonnes relations avec leur direction et leurs collègues, mais tiennent à saisir l’opportunité. Rima essentiellement pour la rétribution alléchante qui lui est proposée, alors que sa fille aînée doit bientôt s’inscrire à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), dont les frais sont « très élevés ». Layal, jeune maman d’une fille de 6 ans, surtout pour un « break » qui lui permettrait de « décompresser » après « les efforts acharnés » qu’elle a déployés « sans relâche » pour couvrir les événements infernaux que traverse le pays. Les deux journalistes se réjouissent de savoir que le travail sur al-Hurra sera moins stressant, d’autant que le programme dont elles ont la charge est hebdomadaire, et que l’équipe de travail est bien plus nombreuse qu’à la LBCI. Il n’empêche que Rima ne parvient pas à refouler ses larmes à l’idée qu’elle va se retirer d’un média dont elle fait partie depuis près d’un quart de siècle.

Le mal du pays

Ce n’est pas avec moins de peine que Bassam Abou Zeid a décidé de claquer la porte. « Je n’aurais jamais cru qu’un jour je quitterais la LBCI et le Liban », note-t-il, soulignant qu’il a déjà le mal du pays. « Ma nostalgie ne s’estompera pas de sitôt, d’autant que j’ai laissé derrière moi ma famille », indique-t-il, espérant qu’une fois bien installé, sa femme et ses enfants pourront le rejoindre. Il estime qu’en tout état de cause, il devrait pouvoir s’adapter à Dubaï, « un pays régi par la loi, où la vie est facile et où les habitants sont en sécurité ». En référence à la dégradation de la situation socio-économique et politique au Liban, il affirme que ce sont « les circonstances » qui l’ont contraint à partir. « Les salaires sont réduits et on ne peut pas avoir accès à nos avoirs en banque », note-t-il. « Je suis père d’une famille nombreuse dont deux enfants sont à l’université et deux autres encore scolarisés », précise Bassam Abou Zeid, en allusion aux nombreux frais dont il a la charge. « Il n’y a aucune lueur d’espoir », lance-t-il, sans pour autant manquer de se promettre de retourner au bercail si « une alternative devait émerger un jour ».

Mendier l’électricité, les médicaments

Georges Eid, qui parallèlement à ses fonctions à la MTV multiplie depuis plusieurs mois ses activités professionnelles (correspondance avec un quotidien chypriote, Cyprus Mail, et avec la chaîne de télévision Voice of America) pour préserver une qualité de vie à sa famille, a perdu lui aussi « tout espoir ». Ce qu’il dénonce n’est pas tant la conjoncture socio-économique qu’« une situation dans laquelle un être humain ne peut vivre ». Déplorant que la satisfaction d’un minimum de besoins quotidiens soit entravée, il s’indigne : « C’est la croix et la bannière pour accéder à l’électricité, aux médicaments et à nos économies. Nous mendions tout ! » Et de marteler : « Je veux que ma femme et ma fille de 8 mois vivent dignement. » « Mon plan est de m’établir un jour dans un pays avec lequel j’aurais une vision et des valeurs communes. Je ne peux vivre à l’ombre d’un système politique dans lequel je n’ai jamais voulu élire un seul représentant. Je suis content et je pars apaisé. Si j’ai le choix, je ne voudrais plus revenir », lâche-t-il, reconnaissant par ailleurs « la chance » que lui a donnée la MTV pour mener sa carrière.

Face à ces départs, les propriétaires des médias interrogés affirment qu’ils n’y peuvent rien. Pierre Daher (LBCI) et Michel Murr (MTV) reconnaissent chacun que les facteurs matériels déplorables forcent les journalistes à l’exode. Les salaires, versés auparavant en dollars, sont depuis le début de la crise convertis en livres libanaises, au taux de 1 500 LL, pour un taux du marché de plus de 7 500 LL. « Les journalistes touchent en pratique 20 % de la valeur des salaires qu’ils encaissaient avant la crise », calcule M. Daher. Tout en regrettant les démissions, il se dit toutefois « content » pour ceux qui ont été embauchés dans des entreprises médiatiques internationales. Et de commenter par ailleurs : « Le fait que les chasseurs de têtes visent des médias tels que la LBCI signifie que cette chaîne forme les meilleurs journalistes. » « Nous continuerons à assurer la meilleure formation à de nouveaux éléments », assure M. Daher, indiquant que les départs ont ceci de bon qu’ils permettent aux « juniors » qui travaillaient aux côtés des partants de produire davantage pour pouvoir percer.

Quant à Michel Murr, il indique qu’« à la MTV, les départs sont rares, les journalistes étant motivés par les valeurs de souveraineté et d’indépendance qu’ils défendent à travers leur mission ». Il reconnaît toutefois que ces motivations risquent à la longue de céder à l’urgence de gagner un salaire plus élevé qui permette de s’assurer une vie plus digne. Or il est très difficile d’augmenter les salaires alors que les rentrées sont réduites. « Tous les médias sont mis à mal », fait-il observer, précisant que « le marché publicitaire a chuté de plus de 70 % ». Et d’ajouter : « La solution pour un réajustement des salaires ne serait trouvée qu’après la formation d’un gouvernement qui entamerait les réformes attendues. »

Parce que les journalistes de l’audiovisuel travaillent intensément et réalisent des audimats record en raison de la cadence effrénée des graves développements politiques et socio-économiques, on serait tenté de croire qu’ils seraient les derniers à envisager de partir. Or de nombreux talents délaissent aujourd’hui les entreprises médiatiques locales auprès desquelles ils se sont investis durant de longues années. Et pour cause : depuis le mouvement du 17 octobre, la conjoncture inédite du pays a mis les chaînes télévisées face à une crise financière sans précédent, qui a entraîné une chute vertigineuse de leurs revenus, nécessitant de réduire les coûts et revoir les salaires à la baisse. Payés dans une monnaie locale fortement dévaluée, les journalistes se mettent à rechercher un ailleurs où...
commentaires (3)

L'assassinat du Liban notre Patrie continue! On nous prive de tout, même de la liberté de la parole par faute de moyens. Peu à peu le pays sera laissé aux mobylettes magnanimes qui, pour un morceau de pain moisie tabasserait n'importe qui, même leur mère, tout en vociférant l'admiration à leur zaïm fournisseur de miettes...aaaaakh ya watanna!

Wlek Sanferlou

13 h 09, le 16 novembre 2020

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Commentaires (3)

  • L'assassinat du Liban notre Patrie continue! On nous prive de tout, même de la liberté de la parole par faute de moyens. Peu à peu le pays sera laissé aux mobylettes magnanimes qui, pour un morceau de pain moisie tabasserait n'importe qui, même leur mère, tout en vociférant l'admiration à leur zaïm fournisseur de miettes...aaaaakh ya watanna!

    Wlek Sanferlou

    13 h 09, le 16 novembre 2020

  • ATTERRÉE. Pauvre Liban et pauvres libanais obligés de quitter leur pays et leurs familles à cause des voyous qui arrivent à leur but de vider la nation de toutes ses élites. Où va t-on? Et surtout pourquoi abandonner avant même de livrer bataille? Nos larmes ne coulent plus, elles se se sont taries.

    Sissi zayyat

    10 h 46, le 16 novembre 2020

  • À faire pleurer ? rien à ajouter malheureusement

    Khoury-Haddad Viviane

    09 h 34, le 16 novembre 2020

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