Pamela Nassour. Photo DR
Lorsque la jeune réalisatrice Pamela Nassour – diplômée de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) en arts visuels, cinéma et télévision – achève son master et se porte candidate à un doctorat à l’Université Saint-Joseph (USJ), elle se promet d’accomplir un projet qui l’obsède depuis le début de ses études. « J’ai toujours été intriguée par la nudité du corps. Lorsque mon amie est décédée à l’âge de 24 ans, je me suis décidée à ne plus perdre de temps et à réaliser mes rêves. ». Un sujet tabou qui la pousse à en parler à son ami Joseph Abdo qui photographiait des nus à l’époque. « Sur le set – très privé – nous photographions déjà en macro. Nous nous sommes demandé ce que cela pouvait donner en film. L’idée de départ était donc déjà une expérience en soi que nous voulions vivre. Rien n’était planifié. C’est ainsi que le projet de Ila Haythou a pris forme. »
La réalisatrice Pamela Nassour et le photographe DOP Joseph Abdo. Photo DR
L’expérimental, une démarche personnelle
En cours de route et voyant qu’ils accumulaient un nombre incalculable de photos, les deux collègues ont réalisé que le projet devait évoluer. « Quand je faisais le montage, j’ai réalisé qu’il fallait un texte sinon on n’allait nulle part de la sorte, dit Pamela Nassour. J’ai tout de suite pensé à Fawzi Yammine parce que j’aimais ses mots directs qui vont droit au cœur et s’adressent à tout le monde. Je savais qu’il s’asseyait chaque jour dans un café pour écrire. J’ai décidé alors de l’attendre, même si je ne le connaissais pas très bien. » La cinéaste le contacte donc et lui propose le projet de film expérimental sans pour autant parler de nudité. « Je lui ai dit : il s’agit d’un long périple fatigant mais beau. Sans demander de détails, le poète accepte de lui donner un texte déjà écrit et intitulé Rahla ou Voyage, en y opérant quelques changements. »
« Nous avons filmé durant quatre ans, poursuit Nassour, un jour, chaque année. Sans jamais se mêler du tournage, Fawzi Yammine nous demandait parfois où nous en étions. » Par la suite, le monteur Ziad Mazraani rejoint cette équipe qui s’étoffe peu à peu pour accompagner ce travail collectif. Trois monteurs travaillent successivement sur le film mais lorsque Mazraani, qui était l’élève de la cinéaste et enseignante, a pris le relais, Pamela Nassour comprend que c’était lui qu’il fallait sur ce genre de film. « Il lui a fallu trois semaines seulement pour achever le travail. Enfin, la musique de Jimmy Mannah, tout en spontanéité et improvisation, est venue donner le moule final au film », confie-t-elle.
Image tirée du court métrage « Ila haythou ». Photo DR
Le corps, surface d’exploration
C’est donc un voyage sur le relief d’un corps, ses aspérités, sur cette peau vue à la loupe que livre le tandem formé par Nassour et Abdo. « Pas de script, mais des pensées, un concept et des sensations qu’on tisse durant le processus. Le texte est le fil qui nous guide sur cette surface qu’est le corps féminin. C’est un film qu’on a cousu à plusieurs mains », indique encore la cinéaste. La dernière phrase du film (d’où le titre)… « et mes mains sont tendues ila haythou » traduit l’absence de point d’arrivée. Car tant qu’on marche, on ne sait pas vers quelle destination on se dirige.
Ila Haythou a obtenu plusieurs prix dont celui de meilleure réalisatrice d’un court métrage expérimental, meilleur montage et musique originale au Gralha International monthly Awards au Brésil et une mention honorable au Festival Andromède en Turquie. Pour Pamela Nassour, l’expérimental qui ne ressemble à aucun processus cinématographique la plonge dans une démarche personnelle. Elle révèle que son prochain court métrage de dix minutes, baptisé An Attempt, est un film narratif, mais elle sait qu’elle peut reprendre l’expérimental à tout moment. « C’est un genre que j’aime et je reviendrai là-dessus, mais à présent, j’ai envie de raconter des histoires. Et même si je ne fais pas d’expérience au niveau de la caméra, ce sera au niveau du récit. »


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