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Culture - Hommage

Adieu cher Melehi, Beyrouth, le Liban et le monde arabe te disent merci !

Le grand peintre Mohammad Melehi, dernier grand représentant vivant de la modernité marocaine, vient de nous quitter. Le collectionneur, galeriste et mécène Claude Lemand rend hommage « à sa personnalité si attachante et à son œuvre admirable. »

Adieu cher Melehi, Beyrouth, le Liban et le monde arabe te disent merci !

Mohammad Melehi, un créateur qui a rayonné sur la scène artistique depuis la fin des années 1950. Photos DR

Je l’avais appelé dès le lendemain des explosions du 4 août. Généreux comme à son habitude, il avait accueilli avec enthousiasme mon invitation à rendre hommage à Beyrouth, la ville-lumière du Proche-Orient qu’il avait connue. Beyrouth est le titre du grand et dernier tableau qu’il avait peint, un hommage d’amitié et de solidarité avec le Liban. Il sera exposé en février 2021 à l’Institut du monde arabe avec les autres œuvres de l’hommage des artistes à Beyrouth qui seront dispersées en mars par Christie’s Paris.

La peinture de Mohammad Melehi est riche de toutes les inventions de l’abstraction géométrique, mais ses formes et ses couleurs sont bien concrètes et symboliques, une synthèse de ce que Beyrouth et le Liban représentaient pour lui : le blanc (des montagnes enneigées, de la clarté et du rayonnement de sa culture,…), le bleu (des vagues de la mer, du ciel, de l’espoir,…), le vert (des cèdres du Liban, des collines verdoyantes, de la vie,…), le rouge (des combats pour l’indépendance, la liberté, la justice sociale, mais aussi les flammes des explosions et des incendies qui ont détruit Beyrouth au cours des siècles, jusqu’à ceux du 4 août,…), le gris (des cendres de la ville, des forêts verdoyantes brûlées, de la grisaille de la vie sociale à laquelle la population est condamnée depuis des années,...) et le noir (du port et de la ville calcinés, du deuil de tant de morts et de malheurs d’un peuple, de l’idéologie obscurantiste et morbide qui a déferlé sur toute la région pour détruire toute trace de civilisation, éteindre la flamme de la liberté et plonger dans le noir Beyrouth, la ville-lumière du Proche-Orient ! ).


Melehi, « Beyrouth », 2020. Acrylique sur toile, 220 x 170 cm.


De Casablanca à Bagdad, de Rome à New York

Considéré comme une figure majeure de l’art moderne et contemporain marocain et mondial, Mohammad Melehi (né au Maroc en 1936) nous a quittés le 28 octobre 2020 des suites d’une contamination au coronavirus. Cette perte tragique, celle d’un créateur qui rayonne sur la scène artistique depuis la fin des années 1950, nous plonge dans une peine profonde pour sa famille et ses proches. Ce poète visuel et ardent défenseur de la liberté créatrice et de l’art pour tous n’était pas seulement peintre, mais également photographe, muraliste, designer graphique, pédagogue et activiste culturel.

Melehi incarne à lui seul la profonde filiation du Maroc avec le mouvement moderne et contemporain ; au-delà même du Maroc, de son profond sentiment d’appartenance à une vaste communauté d’esprits incluant les arts d’Afrique, de la Méditerranée et ceux du monde arabe, de Casablanca à Bagdad.

Il n’est pas d’aventure artistique plus exaltante que celle incarnée par Melehi depuis les années 1950, ses expérimentations abstraites, de Rome à New York, jusqu’à la pleine maturation de la vague, son motif emblématique dans les années 1970 et jusqu’à aujourd’hui.

Melehi a joué un rôle majeur dans le développement local de la pédagogie artistique et des pratiques expérimentales au Maroc. Durant les années 1960, aux côtés de Farid Belkahia, Mohammad Chabâa, Toni Maraini et Bert Flint, il contribue à un tournant historique de l’éducation artistique au sein de l’École des beaux-arts de Casablanca. Une école regroupant différents ateliers de peinture, sculpture, décoration, graphisme et calligraphie-typographie, encourageant les étudiants à aller au-delà de l’histoire de l’art occidental pour s’intéresser à la production artistique et artisanale locale.

Melehi, qui a toujours porté le flambeau pour les artistes de son pays et au-delà, a notamment occupé, entre 1985 et 1992, un poste au ministère de la Culture du Maroc, contribuant au développement d’espaces d’art et d’instituts culturels. Entre 1999 et 2002, il travaille également comme consultant culturel au ministère des Affaires étrangères. Parmi ses quelques expositions rétrospectives, celle que lui consacre l’Institut du monde arabe en 1995 représente un jalon historique, pour une institution qui se sentira toujours liée à l’héritage multiculturel de cet artiste hors norme.

La richesse de son parcours personnel, mais aussi de ses collaborations à travers le monde, et les réseaux militants et artistiques dans lesquels Melehi a joué un rôle fondamental sont tous révélés et mis en lumière dans une exposition récente : Mohammad Melehi and the Casablanca Art School Archives, The Mosaic Rooms, London / Maccal, Marrakech / Alserkal Arts Foundation, Dubai, 2019-2020. Commissariat : Zamân Books & Curating.


Je l’avais appelé dès le lendemain des explosions du 4 août. Généreux comme à son habitude, il avait accueilli avec enthousiasme mon invitation à rendre hommage à Beyrouth, la ville-lumière du Proche-Orient qu’il avait connue. Beyrouth est le titre du grand et dernier tableau qu’il avait peint, un hommage d’amitié et de solidarité avec le Liban. Il sera exposé en février 2021 à l’Institut du monde arabe avec les autres œuvres de l’hommage des artistes à Beyrouth qui seront dispersées en mars par Christie’s Paris. La peinture de Mohammad Melehi est riche de toutes les inventions de l’abstraction géométrique, mais ses formes et ses couleurs sont bien concrètes et symboliques, une synthèse de ce que Beyrouth et le Liban représentaient pour lui : le blanc (des montagnes enneigées, de la clarté et...
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