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Lifestyle - Liban Pop

Nancy Ajram : Pour Beyrouth, pour les mères, pour tous ceux qui partent...

La star libanaise vient de dévoiler son nouveau clip « Ila Beyrouth al-ountha », qui reprend un poème de Nizar Kabbani tout en émotion. Pour « L’Orient-Le Jour », elle se confie en exclusivité sur ce court métrage et son message pour les jeunes du Liban.


Nancy Ajram : Pour Beyrouth, pour les mères, pour tous ceux qui partent...

Nancy Ajram chante son amour pour sa ville détruite dans « Ila Beyrouth al-ountha ». Photo Mohamad Seif

Peu génereuse côté pop, l’année 2020 réservait finalement une belle surprise : une chanson poignante et un clip-événement que vient d’offrir à son public libanais et arabe la star Nancy Ajram, signant en cette rentrée l’un des titres musicaux qui marqueront sans aucun doute sa carrière déjà couronnée de succès. Sur un poème du grand Nizar Kabbani, intitulé Ila Beyrouth al-ountha (À Beyrouth la femme), elle fait part de son amour pour la capitale meurtrie. Et sur les images du clip qui passent en boucle sur les chaînes locales et les réseaux sociaux, impossible, pour les âmes sensibles, de ne pas verser une larme à chaque fois.

« Après les événements dramatiques de la capitale, j’avais envie de chanter pour Beyrouth, confie à L’Orient-Le Jour la chanteuse aux millions d’albums vendus. Je recherchais une chanson qui convienne et j’avais envie d’un texte qui soit assez costaud. Mon chef d’orchestre, Bassem Rizk, a pensé à ce poème connu de Nizar Kabbani, Ila Beyrouth al-ounsa maa al-iitizar. J’ai été immédiatement séduite. Quoi de plus beau que de chanter les paroles de Nizar Kabbani, réputé pour son amour pour le Liban et pour Beyrouth ? Bassem Rizk est ensuite entré en contact avec le compositeur Hicham Boulos qui a fait justice au texte avec sa musique et Bassem a fait les arrangements. Nous avons travaillé ce projet avec beaucoup d’amour ». Le texte, écrit en arabe littéraire en 1981, interroge « les vieux amoureux de Beyrouth » pour savoir s’ils ont trouvé une alternative à la ville, que le poète compare à « une femme qui offre la fertilité et les saisons » car « un monde sans le Liban serait néant ou impossible ». Si Nancy Ajram a proposé des titres patriotiques par le passé, au cours de sa carrière lancée à tout juste 15 ans, c’est la première fois qu’un de ses titres est placé sous le signe de la mélancolie. « Je ne dirais pas que la chanson en elle-même est triste, confie toutefois l’interprète de Ah w nos et Fi hagat. Elle porte en elle beaucoup d’amour, beaucoup de souhaits, mais c’est surtout l’histoire du clip qui la rend plus expressive. »


Nancy Ajram chante son amour pour sa ville détruite dans « Ila Beyrouth al-Ountha ». Photo Mohamad Seif


Authentique

Signé Samir Syriani, le clip évoque un dîner de famille dans une maison libanaise traditionnelle. Alors que la maman s’affaire en cuisine, les frères et sœurs débarquent avec leurs petits-enfants, leurs cris remplissent la maison. Dans sa chambre, Nancy Ajram observe cette scène par l’entrebâillement de la porte, avant de rejoindre sa famille. Il s’agit d’un repas d’adieu à son frère qui s’apprête à quitter le pays. Dans la joie, ce dernier retire à sa mère son tablier pour la faire danser, avant qu’un appel du taxi, venu le prendre à l’aéroport, n’interrompe ce moment fort et chargé d’émotion. « Samir Syriani est un jeune réalisateur qui a depuis longtemps attiré mon attention à travers les publicités qu’il réalisait, explique Nancy Ajram. Nous avons déjà collaboré ensemble sur le clip Badna nwallee el-jaw, sur mon concert en ligne Hope Beyond Borders et celui tourné pour TikTok. En le connaissant mieux, j’ai vu qu’il saura incarner la réalité avec beaucoup de vérité et d’authenticité, et c’est ce qu’il fallait pour le poème de Beyrouth. Quand nous avons décidé de tourner ce clip, je lui ai précisé que je ne voulais pas d’images du port, de l’explosion, de destruction, de sang, celles que nous avions déjà vues. Il partageait mon avis également et m’a proposé cette idée inspirée du départ de sa sœur. Elle m’a énormément touchée. » Au moment où le petit frère s’apprête à quitter la maison pour rejoindre son taxi, sa maman lui rappelle avoir mis du « zaatar » et du pain dans ses valises. « Le pain se conserve dans le congélateur », lui dit-elle, en larmes. Alors que tout ce petit monde suit le jeune homme à l’extérieur de la maison, elle reste seule, le regard absent, sur un canapé, dans son salon qui ne ressemble plus qu’à une galerie de meubles sans vie. « Nous vivons une bien triste réalité, déplore Nancy Ajram. Je pense qu’il n’y a pas un foyer au Liban qui n’ait pas vécu ce moment au moins une fois. Les phrases écrites dans le scénario, les images de la famille qui s’entraide pour préparer le dîner, qui partage un dernier repas, tout cela est bien réel, et nous l’avons ressenti lors du tournage. Ce clip, en somme, est une histoire vraie car nous avons aujourd’hui le sentiment de perdre toute une génération de jeunes, surtout après la tragédie du port. »

« Qui va rester ? »

Cette double explosion, l’artiste l’a vécue comme une « véritable et immense catastrophe ». « Nous avons vu Beyrouth totalement détruite en un seul instant, et tout a changé depuis, dit-elle. Comme je vis loin de la capitale, je n’ai pu que compatir avec ses habitants. Ce que nous avons ressenti est indescriptible à la vue de toutes ces victimes, ces maisons détruites, de toutes ces personnes qui se sont retrouvées sans abri. C’est une catastrophe également sur les plans psychologique, social et économique, et je sais que nous ne pourrons pas oublier. Ce qui s’est passé est un tsunami qui a secoué la planète entière. Il sera difficile de dépasser le traumatisme et le choc, mais nous gardons espoir et prions pour que ce 4 août marque la fin de nos malheurs. » La star et maman de trois petites filles ne manque pourtant pas d’optimisme malgré ses nombreuses craintes. À la fin de la vidéo, on peut lire le message suivant : « À tous qui veulent nous voir partir, nous disons que nous retournerons. » « Je m’interroge beaucoup sur l’avenir de mes enfants et j’ai toujours énormément d’inquiétude. Mais avec tout ce qui se passe aujourd’hui, je sens que le Liban a plus que jamais besoin de nous. Si les jeunes s’en vont, qui va rester ? » Et d’ajouter : « Mon message adressé à tous ceux qui sont partis est de garder leur pays dans leur cœur, dans leurs pensées, et d’envisager leur retour. Ils reviendront un jour et nous vivrons des réunions au lieu de départs. »

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La juge de « The Voice Kids » a en tout cas « hâte de se réunir avec son public une fois qu’on aura fini du coronavirus ». L’une des rares artistes arabophones à jouir d’une renommée internationale, son dixième album studio, très attendu par ses fans partout dans le monde, est déjà fin prêt. « J’ai fini d’enregistrer toutes les chansons de l’album, et un single devrait paraître avant la fin de l’année, assure-t-elle. Mais il faudra voir si la situation est bonne pour sortir l’album ensuite. » Le poème pour Beyrouth, lui, ne figurera pas sur la tracklist de l’opus, mais quelque chose nous dit qu’il retentira encore longtemps dans nos esprits comme une longue plainte, réminiscence d’une époque qui nous marquera à jamais.


Peu génereuse côté pop, l’année 2020 réservait finalement une belle surprise : une chanson poignante et un clip-événement que vient d’offrir à son public libanais et arabe la star Nancy Ajram, signant en cette rentrée l’un des titres musicaux qui marqueront sans aucun doute sa carrière déjà couronnée de succès. Sur un poème du grand Nizar Kabbani, intitulé Ila Beyrouth...

commentaires (1)

Le clip est d’un réalisme émouvant: ces grandes tablées où on parle avec les mains, on mange, on boit, ont rit (et parfois on s’engueule), ces petites expressions si typiques et même le cadre de l’appartement, ses meubles. Ce M. syriani est your talentueux.

Marionet

08 h 58, le 03 novembre 2020

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Commentaires (1)

  • Le clip est d’un réalisme émouvant: ces grandes tablées où on parle avec les mains, on mange, on boit, ont rit (et parfois on s’engueule), ces petites expressions si typiques et même le cadre de l’appartement, ses meubles. Ce M. syriani est your talentueux.

    Marionet

    08 h 58, le 03 novembre 2020

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