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Explosions du port

A leur sortie d'hôpital, de nombreux blessés du 4 août sont abandonnés à leur sort

Le ministère de la Santé ne couvre les frais de rééducation que si elle est pratiquée dans des centres agréés. Les blessés essaient de se débrouiller. Certains d’entre eux sont contraints de solliciter l’aide des ONG.

A leur sortie d'hôpital, de nombreux blessés du 4 août sont abandonnés à leur sort

Un homme désemparé, à quelques mètres du port de Beyrouth, peu après l'explosion meurtrière du 4 août. Photo Matthieu Karam

Marie*, 43 ans, était seule chez elle en ce funeste 4 août, date à laquelle une double explosion survenue au port de Beyrouth balayait plusieurs quartiers de la capitale tuant, à ce jour, 204 personnes, en blessant plus de 6.500 autres et laissant plus de 300.000 individus sans abri.

Ce sont les voisins qui ont accouru à sa rescousse. Sa mère, qui venait tout juste de rentrer de travail, a arrêté le chauffeur d’un camion pour la transporter à l’hôpital. Ils ont dû faire le tour de plusieurs établissements avant d’échouer devant un hôpital universitaire de Beyrouth. « Ma sœur n’a pas été traitée sur le champ, les équipes soignantes ayant cru que son cas était bénin et qu’il s’agissait d’une petite blessure au-dessus de l’œil, raconte Élias. Elles étaient débordées par des cas plus graves. Mais lorsqu’elle a vomi et que ma mère s’est mis à crier pour les alerter, les équipes ont vite accouru. »

Marie a reçu un coup violent à la tête par une porte soufflée par l'explosion. « Elle avait une fissure au crâne et une fracture dans l’orbite de l’œil, poursuit Élias. Elle a également fait un arrêt cardiaque dont nous ignorons la durée, provoquant un arrêt d’oxygénation du cerveau. Les médecins nous ont dit que le cœur a vite redémarré. Ce qui est bon signe. »

Marie est restée un mois aux soins intensifs avant d’être transférée dans une chambre d’hôpital. « Marie est dans un état végétatif, précise son frère. Elle a une atrophie diffuse du cerveau. Les médecins nous ont dit que sur le plan médical, il n’y a plus rien à faire et qu’il fallait la transférer dans un centre de rééducation. Il faut attendre pour voir comment le cerveau va réagir. Mais les médecins ne sont pas très optimistes. Les cellules cérébrales sont très lésées. Les six premiers mois constituent une période critique. »

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À l’hôpital, Marie a été entièrement couverte par le ministère de la Santé. Ce qui ne sera pas le cas pour la prochaine étape. « On a dû lui faire deux trachéotomies, explique Élias. Seuls trois centres spécialisés peuvent accueillir des cas comme le sien. Un seul d’entre eux bénéficie d'un contrat avec le ministère de la Santé. Malheureusement, il compte de nombreux cas de Covid-19. Nous ne pouvons pas l’y placer. »

La famille se trouve donc dans l’obligation de se débrouiller seule pour couvrir les frais. « Ma sœur reste à ce jour employée et continue par conséquent de bénéficier des prestations de la CNSS qui couvrira 90% des frais. Son assurance va couvrir sept jours de traitement au centre. Nous devons assurer le reste ». Mais cela pose un problème. « Nous ne sommes pas sûrs qu’elle gardera son emploi et si par conséquent, elle continuera à bénéficier de la CNSS, confie Élias. Par ailleurs, elle aurait peut-être besoin de rester plusieurs mois dans un centre de rééducation. Même si on la garde à la maison, elle aura besoin d’une prise en charge spécialisée. Nous n’avons pas les moyens de couvrir toutes ces dépenses. Nous avons besoin d’assurer une couverture durable. »

Affin d'assurer une prise en charge décente pour sa sœur, Élias frappe aux portes des ONG, dont l’une semblerait prête à couvrir les frais du centre de rééducation.

Une exception

À l’instar de Marie, de nombreux blessés de la double explosion du port sont abandonnés à leur sort une fois sortis de l’hôpital. Si ce n’est l’aide des ONG, de leurs employeurs ou de bienfaiteurs, ils n’auraient pas eu la possibilité de profiter de la rééducation. Tel est le cas de Dany qui a souffert de fractures à la rotule et au tibia. « Je dois subir des sessions de physiothérapie, mais je n’ai pas les moyens », confie-t-il. Dany ne bénéficie d’aucune couverture médicale. « Depuis que je suis sorti d'hôpital, je paie les frais du suivi de mon cas. J’ai pu profiter d’une seule séance de physiothérapie offerte par un ami. Mais j’ai mal et je ne sais pas comment faire », dit-il.

Au terme de deux mois d’hospitalisation et de cinq interventions chirurgicales à la jambe et à la hanche, Élie est admis depuis trois semaines dans un centre de rééducation. Âgé de 56 ans, il a eu trois fractures dans une jambe, une hanche cassée et trois côtes brisées. « On m’a mis une prothèse à la hanche et j’ai la jambe toujours fixée. Depuis que je suis au centre, j'ai progressé. J’arrive déjà un peu marcher avec l’aide d’un déambulateur », raconte-t-il.

La CNSS couvre la majeure partie des frais de séjour et de soins. Élie doit assurer le reste. « À mon arrivée, j’ai dû déposer 800.000 livres, dit-il. Je ne sais pas combien il me reste à payer. Et la CNSS a renouvelé la couverture de mon séjour pour deux semaines supplémentaires. Je veux terminer ma rééducation. C’est le seul moyen pour que je puisse reprendre mon travail ». En décembre, il doit se faire à nouveau opérer « pour enlever le fixateur de la jambe ». Une opération dont il n'est pas sûr que le ministère de la Santé couvrira le coût, soutient-il. « Je ne sais pas trop non plus si je vais devoir refaire une rééducation. Je ne veux pas y penser. Je remercie Dieu d'être encore vivant. J’aurais pu faire partie des plus de 200 morts. »

Les victimes de la double explosion du port souhaiteraient que le ministère de la Santé trouve une formule pour couvrir les frais de leur rééducation, même au sein des centres non-agréés. « Après tout, il s’agit des séquelles de l’explosion, lance Élias. Il faut que le ministère fasse des exceptions par n’importe quel moyen. »

Contacté par L’Orient-Le Jour, un responsable au ministère de la Santé explique que celui-ci ne peut couvrir les frais de rééducation que dans les centres agréés auprès du ministère. « Pour les exceptions, il faut que la Chambre vote une loi dans ce sens », insiste-t-il. Entre-temps, les blessés n’ont d’autres choix que de se débrouiller seuls. Nombre d’entre eux cherchent l’aide des associations qui continuent à faire le travail de l’État...


*Le prénom des victimes a été changé


Marie*, 43 ans, était seule chez elle en ce funeste 4 août, date à laquelle une double explosion survenue au port de Beyrouth balayait plusieurs quartiers de la capitale tuant, à ce jour, 204 personnes, en blessant plus de 6.500 autres et laissant plus de 300.000 individus sans abri.

Ce sont les voisins qui ont accouru à sa rescousse. Sa mère, qui venait tout juste de rentrer...

commentaires (2)

Le "travail de l'Etat"? Quel Etat, et où est-il cet Etat? S'il y avait vraiment un Etat, la "double explosion" n'aurait jamais eu lieu! Par ailleurs, je ne sais pas ce que vous aimez dans ce terme: il y a eu UNE explosion dévastatrice, celle des 2750 tonnes de nitrate d'ammonium! L'autre, ce n'était que le détonateur...

Georges MELKI

10 h 13, le 30 octobre 2020

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Commentaires (2)

  • Le "travail de l'Etat"? Quel Etat, et où est-il cet Etat? S'il y avait vraiment un Etat, la "double explosion" n'aurait jamais eu lieu! Par ailleurs, je ne sais pas ce que vous aimez dans ce terme: il y a eu UNE explosion dévastatrice, celle des 2750 tonnes de nitrate d'ammonium! L'autre, ce n'était que le détonateur...

    Georges MELKI

    10 h 13, le 30 octobre 2020

  • Une bande d'ordures !!!!!!!!!!!!!!!

    Cabbabe Nayla

    02 h 42, le 30 octobre 2020