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Ramassage des ordures

Dans le sillage de la crise de liquidités se profile une nouvelle crise des déchets

Dans le sillage de la crise de liquidités se profile une nouvelle crise des déchets

Les ordures dans les rues du Metn (sur la photo) et du Kesrouan en mai dernier, après une fermeture momentanée de la décharge de Bourj Hammoud-Jdeidé. Photo d’archives Marc Fayad

C’est un spectacle familier, beaucoup trop familier, qu’offrent la banlieue sud et toute la banlieue est de Beyrouth depuis jeudi : les sacs-poubelle s’amoncellent une nouvelle fois sur les routes. La cause : la compagnie de collecte des déchets City Blu, qui dessert une partie de la capitale et les cazas de Baabda, Aley et du Chouf, soit une moyenne de 1 300 tonnes par jour, a interrompu ses activités, laissant ces quartiers en proie à l’accumulation des ordures ménagères. Le problème est financier, la compagnie n’arrivant plus à régler ses dettes en dollars aux banques, alors qu’elle encaisse de l’État sur base d’un dollar à 1 500 livres libanaises (taux officiel dépassé de loin par le taux du marché noir). Hier en soirée, la compagnie Ramco, qui dessert l’autre partie de Beyrouth ainsi que le Mont-Liban nord, a publié un communiqué affirmant qu’elle suivrait l’exemple de City Blu dans les jours à venir, pour les mêmes raisons.

« Notre banque nous a indiqué qu’elle cessait de nous avancer des crédits tant que nous ne remboursons pas notre dette », explique à L’Orient-Le Jour Milad Moawad, PDG de City Blu. Il précise que la dette de la compagnie s’élève à 20 millions de dollars, alors que l’État lui doit 15 millions de dollars, qu’il compte lui payer en livres libanaises, au taux officiel. « La banque déclare ne plus pouvoir nous convertir en dollars les sommes en livres que nous lui transférons, ajoute-t-il. Et ce qui est absurde, c’est que notre contrat est en dollars et le décret présidentiel qui le proroge est en dollars aussi. » La compagnie s’est déjà adressée au gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé et son PDG doit rencontrer le ministre sortant des Finances Ghazi Wazni aujourd’hui, pour discuter d’une sortie de crise. « Riad Salamé dit qu’il doit recevoir une directive claire de la part du ministre pour débloquer les sommes dues aux compagnies », précise M. Moawad. Qu’attendent les compagnies?

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« Au moins que l’État nous paie en dollars locaux (des lollars, convertibles au taux de 3 900 LL/$, NDLR), afin que nos banques puissent clôturer nos dettes et nous avancer à nouveau des crédits », souligne à L’OLJ Walid Bou Saad, directeur de Ramco. Il mentionne un autre problème, que rencontre également City Blu : les fournisseurs de diesel exigent désormais d’être payés en espèces et en livres. « Comment faire, alors que les banques imposent un plafond de retraits ? s’insurge-t-il. Je serai obligé d’interrompre mon activité une fois que mes réserves de diesel seront épuisées, c’est-à-dire dans les quelques jours prochains. »

La collecte dans la banlieue sud

Les dettes, les problèmes liés à la parité livre/dollar, les grèves des ouvriers dans les compagnies… ont déjà provoqué plusieurs minicrises des déchets au cours des derniers mois, mettant nombre de municipalités face à des difficultés logistiques énormes, comme l’attestent des photos d’imposants monticules de déchets dans la banlieue sud, qui ont fait le tour des réseaux sociaux.

« La banlieue sud, c’est 800 000 habitants dans 17 kilomètres carrés, s’insurge dans un entretien téléphonique avec L’OLJ Mohammad Dergham, président de la fédération des municipalités de cette zone. Nous ne pouvons pas souffrir une accumulation des ordures sous peine d’asphyxie totale ! »

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Suite à l’interruption des activités de City Blu, la fédération a loué des camions et des bulldozers pour évacuer les ordures dans les rues vers le centre de tri de Amroussié (dernière étape avant la décharge côtière de Costa Brava). « Nous aurons fini de vider les bennes ce soir (dimanche) et nous comptons poursuivre cette action pour éviter un nouveau désastre écologique à la population, affirme-t-il. Mais nous ne savons pas jusqu’à quand nous pourrons tenir, alors que la Caisse autonome des municipalités ne nous transfère pas régulièrement les sommes qui nous sont dues. »

Interrogé sur la démarche de City Blu, le président de la fédération estime à mots couverts que la compagnie ne peut être blâmée. « Le gouverneur de la BDL et le ministre se renvoient la balle, alors qu’ils sont tous deux responsables », lâche-t-il.


C’est un spectacle familier, beaucoup trop familier, qu’offrent la banlieue sud et toute la banlieue est de Beyrouth depuis jeudi : les sacs-poubelle s’amoncellent une nouvelle fois sur les routes. La cause : la compagnie de collecte des déchets City Blu, qui dessert une partie de la capitale et les cazas de Baabda, Aley et du Chouf, soit une moyenne de 1 300 tonnes par...

commentaires (1)

En un ana, le gouvernement , non seulement, n'a entamé aucune réforme, mais n'a même pas été capable de gérer les affaires courantes, comme le problème des ordures ménagères.

Yves Prevost

06 h 58, le 26 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • En un ana, le gouvernement , non seulement, n'a entamé aucune réforme, mais n'a même pas été capable de gérer les affaires courantes, comme le problème des ordures ménagères.

    Yves Prevost

    06 h 58, le 26 octobre 2020