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Nos Lecteurs ont la Parole

Beyrouth : une ville, un « non-lieu » dans la mémoire

À Beyrouth : ce qui fut, cela sera, ce qui s’est fait se refera (Qo : 1, 9).

En effet, dans le passé du 4 août, ou dans le futur du 4 août, Beyrouth est une ville du 4 août. Une ville qui a démoli ses murailles, pour que les serpents mordent ses citadins. Une ville qui a creusé une fosse pour enterrer ses habitants. Beyrouth est devenue comme une prostituée déchue. Elle passe ses nuits à pleurer et des larmes de sang couvrent son visage. Tous ses amants, de l’Est et de l’Ouest, l’ont trahie. Toutes les portes de la ville sont désertes.

Beyrouth est un cercle ouvert, un espace fermé, anéanti qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique : c’est un non-lieu. C’est une polarité fuyante sans signe, qui n’est jamais totalement accomplie. C’est un non-lieu imaginé, comme une sorte d’éther. C’est un non-lieu non réfléchi où les gens amnésiques vivaient dans l’idée d’un espace, d’une localisation, d’une région, dans les choses, en considérant vaguement l’espace, à sa source, à sa fonction, à sa spatialité et à sa relation concrète entre l’être et les choses.

Beyrouth est un non-lieu physique, bidimensionnel tracé en croquis sur une carte intentionnelle du sultan, dont les tracés sont substituables par le pouvoir. C’est un non-lieu sans épicentre, un centre toujours vide, désertique, à la fois interdit et indifférent. À Beyrouth : l’imaginaire se déploie circulairement, par détour et retour le long d’un sujet vide (Roland Barthes). Un vide prostitutionnel qui est la réflexion inversée-renversée d’une image rétinienne de l’être et de ses choses : rien de plus, rien d’autre, rien (Roland Barthes).

Le non-lieu est irréel. L’être est virtuel. Les choses du quotidien ne trouvent jamais l’aspect de la réalité. Elles sont de l’ordre de l’illusion. C’est une ville qui blesse en provoquant un sentiment cénesthésique du non-lieu.

Beyrouth est une sphère, une cavité béante, un trou à pigeons, un espace non symbolisé, un puits où l’être et sa culture s’engouffrent, s’avilissent et ne se rencontrent jamais. Par contre, les ruines, les déchets de cette non-rencontre abandonnent, au contraire, derrière ce non-lieu, sur un parchemin de l’espace et du temps dont la première trace a fait place à une nouvelle, aux strates multiples, où viennent se nicher et s’accumuler, se métamorphoser pêle-mêle les anciennes et les nouvelles représentations de la ruine.

Beyrouth ruine(s) est fragile. Pour ses nombreux crimes, ses enfants sont partis vers ses amants à l’Est et à l’Ouest. Aujourd’hui, la ville est réduite à un état de fragments souvent incohérents, aléatoires (Sophie Lacroix).

Beyrouth est amnésique sans mémoire(s), mais malheureusement un non-lieu dans la mémoire, feuilletée uniquement comme un album de photographies de ses belles vierges par un touriste blasé, qui ne prend jamais que des vues partielles, additionnées pêle-mêle dans sa mémoire au bord d’un non-lieu, sur le parvis d’un « ici » à l’odeur de l’eau de rose, et du narguilé en fumée.

Toute la terre a vu la nudité de Beyrouth.

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


À Beyrouth : ce qui fut, cela sera, ce qui s’est fait se refera (Qo : 1, 9).

En effet, dans le passé du 4 août, ou dans le futur du 4 août, Beyrouth est une ville du 4 août. Une ville qui a démoli ses murailles, pour que les serpents mordent ses citadins. Une ville qui a creusé une fosse pour enterrer ses habitants. Beyrouth est devenue comme une prostituée déchue. Elle...

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