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Formation du gouvernement

Hariri se concerte avec les groupes parlementaires ; appels à un cabinet d'experts sans tarder

Le chef du CPL, Gebran Bassil, se démarque des autres formations et réclame un gouvernement "techno-politique" ; le Hezbollah contre un cabinet "réduit".

Hariri se concerte avec les groupes parlementaires ; appels à un cabinet d'experts sans tarder

Le Premier ministre libanais désigné, Saad Hariri (g), s'entretenant au Parlement, le 23 octobre 2020, avec le président de la Chambre, Nabih Berry. Photo Parlement libanais/Hassan Ibrahim

Le chef du Courant du Futur Saad Hariri, qui a été chargé jeudi de former le prochain gouvernement après avoir obtenu les voix de 65 députés sur les 118 qui ont pris part aux consultations parlementaires contraignantes, a mené vendredi des concertations avec les différentes formations parlementaires qui lui ont réclamé la mise sur pied d'une équipe d'experts et de technocrates dans les plus brefs délais. Toutefois, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, s'est démarqué des autres formations en appelant à la formation d'un gouvernement "techno-politique", alors que le Hezbollah s'est dit contre un cabinet "réduit".

Saad Hariri a débuté aujourd'hui, à 13h15, ses consultations parlementaires non contraignantes en vue de mettre sur pied son équipe. Il a commencé ses entretiens place de l'Étoile, au siège du Parlement (une première depuis l'explosion du 4 août au port de Beyrouth et qui avait endommagé l'Hémicycle), par une réunion avec le président de la Chambre Nabih Berry. Ce dernier n'a fait aucune déclaration avant de quitter les lieux et de rentrer à Aïn el-Tiné, son lieu de résidence.

"Nombreux défis"

Saad Hariri a eu ensuite de brefs échanges avec les anciens Premiers ministres Nagib Mikati et Tammam Salam, avant de s'entretenir avec le vice-président de la Chambre, Élie Ferzli.

"Le futur gouvernement va devoir faire face à de nombreux défis", a déclaré Nagib Mikati. Il a souligné que pour y faire face, il était nécessaire que le futur cabinet soit composé "de technocrates et d'experts" au sein d'une "équipe de travail homogène". Parmi les missions importantes que devra mener le gouvernement, il a notamment cité les négociations avec le Fonds monétaire international, l'importance de l'audit juricomptable des comptes de la Banque du Liban, et la reconstruction de Beyrouth suite aux explosions meurtrières du 4 août.

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"Je suis en faveur d'un gouvernement de sauvetage qui commencera à travailler sur les réformes requises", a déclaré pour sa part Tammam Salam. "Nous espérons que cette équipe pourra mener les réformes attendues d'ici 3 à 6 mois, sans quoi les choix à faire seront toujours plus difficiles", a-t-il ajouté.

"Ce qu'il faut, c'est un gouvernement indépendant de technocrates, issu du dialogue entre Saad Hariri et les groupes parlementaires", a de son côté estimé Elie Ferzli. Selon lui, cette équipe devra "travailler sur le principe fondamental de la solidarité ministérielle afin de mettre en œuvre les réformes dans les six prochains mois".

"Techno-politique"

"Il faut former le plus rapidement possible un gouvernement d'experts compétents, capables de stopper l'effondrement du pays et d'assurer la reconstruction de Beyrouth", a déclaré ensuite le député Anouar el-Khalil au nom du groupe parlementaire du mouvement Amal de Nabih Berry.

Se démarquant des autres élus, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a réclamé pour sa part un cabinet "techno-politique". "Nous n'avons posé aucune condition ni revendication à la formation du cabinet, mais les critères de mise sur pied du cabinet doivent être unifiés", a-t-il estimé.

Le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, lors de concertations parlementaires, à Beyrouth, le 23 octobre 2020. Photo Ali Fawaz / Parlement libanais

Gebran Bassil a ensuite souligné que les ministres devraient avoir "l'expérience et l'expertise nécessaires" pour obtenir rapidement des résultats, tout en bénéficiant du soutien des différentes formations. "Notre priorité est de mettre un terme à l'effondrement et d'aider les gens dans cette période difficile", a ajouté le chef du CPL. Le groupe parlementaire aouniste n'avait pas nommé le leader sunnite à la présidence du Conseil, lors des consultations contraignantes de jeudi. "Il n'y a aucun différend d'ordre personnel et nous adoptons une approche la plus positive possible et nous voulons une formation rapide du cabinet", a assuré M. Bassil, qui est en froid avec M. Hariri depuis février dernier. Le groupe "La garantie de la Montagne", affilié au leader druze Talal Arslane, s'est présenté au Parlement en compagnie de la formation aouniste, mais M. Arslane a boycotté ces concertations.

"22 à 24 ministres"

Quant au Hezbollah, il s'est dit, par la voix du député Mohammad Raad, opposé à un gouvernement "réduit", réclamant un cabinet de "22 à 24 ministres". "Nous avons conseillé que chaque ministre ne soit chargé que d'un seul portefeuille, afin qu'il puisse être plus productif et qu'il puisse résoudre efficacement les différentes crises" qui le concernent, a souligné M. Raad.

Le groupe parlementaire du Courant du Futur que dirige Saad Hariri a pour sa part tiré la sonnette d'alarme, affirmant que le Liban "ne peut supporter aucun retard" dans la formation du gouvernement. Il a toutefois dit "laisser la formation du gouvernement entre les mains de Saad Hariri".

La République forte, affiliée aux Forces libanaises de Samir Geagea, a pour sa part réclamé la formation "d'ici quelques jours" d'un gouvernement "de technocrates indépendants", insistant sur l'importance du principe de la "rotation des portefeuilles" entre les différentes formations politiques.

Au nom du Rassemblement national, essentiellement composé des Marada de Sleiman Frangié, le député Farid el-Khazen a appelé à la formation "la plus rapide possible" d'un cabinet de "technocrates" qui œuvreraient également "de manière transparente" et auraient l'expérience nécessaire dans leur domaine, soulignant qu'il ne fallait "plus perdre de temps dans des querelles politiques".

"Nous avons beaucoup de souhaits et de demandes, notamment que le gouvernement soit formé le plus rapidement possible et soit composé de technocrates", a déclaré de son côté Teymour Joumblatt, chef de la Rencontre démocratique, principalement constituée de membres du Parti socialiste progressiste. "Nous espérons que personne ne mettra d'obstacles" devant la formation du cabinet, a-t-il ajouté.
Au nom du Centre indépendant de l'ex-Premier ministre Nagib Mikati, le député Jean Obeid a pour sa part espéré que "les démarches et moyens" nécessaires seront mobilisés pour former un cabinet qui soit "au niveau des défis à relever". Il a souligné n'avoir posé "aucune condition" sur la forme que devrait prendre l'équipe ministérielle.
Le député Assaad Hardane, du Parti syrien national social, a réclamé que le gouvernement soit rapidement formé. "Nous avons répété à maintes reprises que ce cabinet devra mettre en œuvre des réformes et garantir la stabilité sociale", a-t-il ajouté.
Pour la Rencontre consultative, groupe de députés sunnites proches du régime syrien, Walid Sukkariyé a appelé à la formation d'un cabinet "capable de prendre des décisions courageuses et difficiles et d'obtenir le plus grand soutien politique et populaire possible. Il a espéré que ce gouvernement pourra "rétablir la confiance des Libanais" en l'Etat.

Enfin, les députés arméniens ont appelé à une formation "rapide" du gouvernement. "Nous n'avons pas le luxe du temps", a prévenu en leur nom le député Hagop Pakradounian.

Le boycott de Jamil Sayyed

Saad Hariri s'est ensuite entretenu avec les élus indépendants, dont plusieurs, notamment Michel Daher et Chamel Roukoz, ont réclamé un gouvernement d'experts sans plus tarder. L'un de ces députés indépendants, Jamil Sayyed, a toutefois décidé de boycotter ces concertations, affirmant avoir dit ce qu'il avait à dire, hier, lors des consultations parlementaires contraignantes au palais présidentiel de Baabda. Le député Michel Murr s'est également absenté pour des raisons de santé.

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A la fin de ces concertations, le Premier ministre désigné a pris la parole, affirmant qu'il allait "former un cabinet d'experts en vertu de la feuille de route française".

Saad Hariri, qui a déjà dirigé trois gouvernements, avait été poussé à la démission le 29 octobre 2019 par un mouvement de contestation inédit, lancé le 17 octobre de la même année, qui réclamait le départ de la classe politique inchangée depuis des décennies, accusée d'incompétence et de corruption. Le gouvernement dirigé par Hassane Diab qui avait pris la suite avait démissionné six jours après la double explosion du 4 août au port. Moustapha Adib avait été désigné Premier ministre pour lui succéder, mais il s'était finalement récusé fin septembre, sans avoir pu former de gouvernement.


Le chef du Courant du Futur Saad Hariri, qui a été chargé jeudi de former le prochain gouvernement après avoir obtenu les voix de 65 députés sur les 118 qui ont pris part aux consultations parlementaires...

commentaires (5)

On ne veut pas d'un cabinet techno-politique. On veut un cabinet APOLITIQUE seul capable de réaliser des réformes. On a vu le résultat avec le gouvernement Diab qui a été complètement paralysé par les partis. S'obstiner à appliquer une méthode qui a prouvé son inefficacité, c'est montrer sa volonté du refus de toute réforme. Le fait est là et toutes les belles promesses n'y changeront rien.

Yves Prevost

18 h 45, le 23 octobre 2020

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Commentaires (5)

  • On ne veut pas d'un cabinet techno-politique. On veut un cabinet APOLITIQUE seul capable de réaliser des réformes. On a vu le résultat avec le gouvernement Diab qui a été complètement paralysé par les partis. S'obstiner à appliquer une méthode qui a prouvé son inefficacité, c'est montrer sa volonté du refus de toute réforme. Le fait est là et toutes les belles promesses n'y changeront rien.

    Yves Prevost

    18 h 45, le 23 octobre 2020

  • Gros fou-rire, "c'est guignol, c'est guignol avec son chapeau noir ses gros sourcils et son bâton..."

    Je partage mon avis

    18 h 11, le 23 octobre 2020

  • ..."Appels à un cabinet d'experts" ! Quel titre prémonitoires...HARIRI le premier d'entre-eux, expert en faillite comme ce fut le cas de toutes ses entreprises en France, au Liban, en Arabie, en Turquie, en Afrique du Sud, etc... Comme l'écrivait un de vos lecteurs parlant de "Libanicide", HONTE à la France d'avoir imposé Hariri au peuple libanais!

    Guy de Saint-Cyr

    16 h 49, le 23 octobre 2020

  • " les tractations politiques pour la formation du cabinet s'annoncent déjà ardues". Bien entendu ! Si on veut absolument mener ces "tractations " , on en a encore pour des mois. Mais quel besoin ? Que, Hariri applique la Constitution. Qu'il forme son équipe sans demander l'avis de personne et surtout sans tenir compte des exigences hezbolamaliennes. Ensuite, si le président refuse sa mouture ou si le Parlement lui refuse la confiance, ce seront eux les responsables de l'échec. Lui, au moins, aura fait son boulot.

    Yves Prevost

    15 h 59, le 23 octobre 2020

  • ATTENDONS VOIR CAR NOUS N,AVONS POINT DE CONFIANCE EN TOUTES CES CLIQUES ISSUES D,UNE MEME PATE MAFIEUSE. ET SURTOUT CPL ET MERCENAIRES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    15 h 48, le 23 octobre 2020