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Il y a un an, le soulèvement d’un peuple

Il y a un an, le soulèvement d’un peuple

La thaoura, un an déjà. Photo AFP

365 jours et celui de trop. Voilà comment s’est écoulée cette année depuis le soulèvement du peuple libanais le 17 octobre 2019. Un an et le jour qu’on aurait préféré ne jamais connaître : celui du 4 août. La thaoura célèbre son premier anniversaire et, avec lui, une multitude de bouleversements. D’aucuns parlent d’échec, d’essoufflement, de manque d’organisation, d’absence de leaders. D’autres, de batailles gagnées sur le long chemin de la guerre. Parce que c’est de cela qu’il s’agit : une guerre. Le peuple libanais, qu’il soit combatif ou défaitiste, est en train de mener une intifada contre le système. Les uns dans la rue, les autres sur les réseaux sociaux et, enfin, la majorité silencieuse à travers leurs discussions ou leurs miniprises de décision. Aujourd’hui, même en plein désastre, faut voir le verre à moitié plein et continuer à y verser cet espoir qui semble avoir échappé à la majeure partie des Libanais. Pourtant, il se remplit, ce verre, goutte après goutte certes, mais il se remplit de petites victoires et d’accomplissements.

Il y a eu d’abord et malgré sa volonté de come-back la démission de Saad Hariri 12 jours après le début de la révolte, le 29 octobre. Puis il y a eu Melhem Khalaf qui a pris d’assaut le barreau de Beyrouth le 17 novembre et qui depuis défend corps et âme le peuple libanais : des conséquences des manifestations aux arrestations sommaires, en passant par la création de l’immense dossier des victimes de l’explosion du port. Puis il y a eu, et dans le désordre : l’empêchement des députés de se rendre au Parlement, la fermeture des routes, la chaîne humaine, le réveil de Tripoli, Nabatiyé, Jal el-Dib, Zouk, Saïda, Baalbeck. Il y a eu l’arrêt de la construction malintentionnée du barrage de Bisri à coups de mails envoyés en masse à la Banque mondiale. Il y a eu les sanctions contre des politiciens proches du Hezbollah. L’humiliation faite aux gens de la soulta et à leurs familles, mettant leurs sorties publiques en péril. Il y a eu Fouad Siniora, hué et conspué à l’Assembly Hall le 15 décembre de l’année dernière. Les interpellations sans succès des révolutionnaires. La démission du gouvernement de Hassane Diab, 6 jours après la plus grosse explosion non nucléaire de l’histoire de l’humanité ; le désistement de Moustapha Adib ; le regard grandissant de l’international; l’appui de la diaspora ; la coalition des partis et des mouvements de la révolution ; l’aide envoyée aux ONG parce que l’humanitaire, c’est également une forme d’activisme mise en lumière dans les médias du monde entier et, récemment, la victoire des candidats indépendants à la LAU.

Et il y a eu surtout deux autres grandes victoires. Tout d’abord la disparition de l’omerta : la fin de la loi du silence et celle de l’opacité sur la corruption tentaculaire qui a rongé le pays. Depuis le 17 octobre, tout se sait désormais. Chaque saleté, chaque vol, chaque entourloupe, chaque erreur, chaque coup bas sont déversés sur les différents comptes sur les réseaux sociaux qui ont émergé durant la révolution et qui sont devenus les seules sources fiables d’information, clouant au pilori la subjectivité des médias traditionnels. Enfin, il y a eu, au-delà de toutes les divergences d’opinion, la solidarité d’un peuple désuni auparavant et la rencontre avec des gens dont on n’aurait jamais pensé qu’ils deviendraient nos amis. Cette communion et cet amour inconditionnel pour le Liban ont créé des liens indéfectibles qui resteront vivants malgré les séparations et les départs.

Ces rencontres avec ces gens exceptionnels de tous bords et qui nous ressemblent intrinsèquement sont les plus belles d’une vie. Elles sont la certitude que nous, Libanais, sommes un même peuple. Un peuple complexe et riche, composé de diversités et de différentes cultures. Un peuple qui, au final, quels que soient sa classe sociale, son appartenance religieuse, son genre, son âge, son background, sa couleur politique, son orientation sexuelle ou son destin, n’aspire qu’à une seule chose : vivre dignement. Recouvrer ses droits basiques et mettre un terme à la gouvernance des criminels qui ont notre sang sur les mains depuis 1975… même si le chemin est long, très long.

Et ces retrouvailles avec notre libanité plurielle sont les conséquences de la thaoura. Parce que, après tout, nous sommes libanais. Ce peuple devenu révolutionnaire et qui aime la vie au-delà de tout.


365 jours et celui de trop. Voilà comment s’est écoulée cette année depuis le soulèvement du peuple libanais le 17 octobre 2019. Un an et le jour qu’on aurait préféré ne jamais connaître : celui du 4 août. La thaoura célèbre son premier anniversaire et, avec lui, une multitude de bouleversements. D’aucuns parlent d’échec, d’essoufflement, de manque...

commentaires (1)

Je ne sais pas si on peut encore espérer et être optimiste dans ce pays....

Le Herisson

12 h 51, le 20 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • Je ne sais pas si on peut encore espérer et être optimiste dans ce pays....

    Le Herisson

    12 h 51, le 20 octobre 2020