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La thaoura, un an après

Les « irréductibles » de la contestation, entre déception, lucidité et détermination

Pour le premier anniversaire du mouvement de contestation populaire initié le 17 octobre, des « révolutionnaires » partagent leurs souvenirs et leurs attentes.

Les « irréductibles » de la contestation, entre déception, lucidité et détermination

De gauche à droite, de haut en bas : Marcelle Rached, Abou Taha, Jean-Georges Prince, Hana’ Chahrour, Jamal Cheikh, Mohammad Zohbi, Mohammad Allaou et Khalil el-Deni.

Des souvenirs, ils en ont à la pelle. Des déceptions et des attentes aussi. Ce sont des incorruptibles du mouvement de contestation populaire initié le 17 octobre, qui ont passé leurs journées et parfois leurs nuits sur les places de la révolution et sous les tentes jusqu’à ce qu’ils soient délogés par les forces de l’ordre. Un an plus tard, ils affirment toujours faire partie de cette thaoura, même si elle n’a pas réalisé ses objectifs. Ils sont convaincus que le chemin est encore long et qu’une remise en question est nécessaire pour entamer la prochaine étape.

« Le 17 octobre, lorsque je suis arrivée sur la place des Martyrs vers 23h et que j’ai vu le spectacle qui s’offrait à mes yeux, je me suis assise sur le bord d’un bloc en béton, à proximité de la mosquée el-Amine, et je me suis mise à pleurer », se souvient Marcelle Rached, qui avait dressé « la tente de la presse » sur le parking des lazaristes. « J’étais convaincue que mon rêve allait finalement se réaliser », assure-t-elle.

Jean-Georges Prince était, lui, à Paris dans le cadre de longues vacances en Europe. Ce soir-là, il regardait la télévision. « Le lendemain, j’étais toujours scotché toute la journée devant mon poste de télévision, se souvient-il. J’étais en compagnie d’un ami. En fin de journée, nous nous sommes dit que nous ne pouvions pas assister à ce mouvement de loin. Le 19 octobre, nous étions dans la rue, à Beyrouth. » Il y est resté jusqu’en mars, lorsqu’il a émigré à Dubaï, pour des raisons professionnelles. « Je me suis dit que c’était le combat de ma vie et celui de ma génération », poursuit ce jeune homme de 32 ans.

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Hana’ Chahrour était à Sarafand, au Liban-Sud. « Mon frère m’appelle pour me dire de rentrer à Nabatiyé, parce que des manifestants coupaient les routes, confie-t-elle. J’ai dû emprunter les routes intérieures et passer par plusieurs villages pour arriver chez moi. Je n’avais jamais imaginé que Nabatiyé (village chiite) puisse un jour se révolter et que le leader du mouvement Amal, Nabih Berry, dont l’image était intouchable, allait être insulté sur les places des régions qu’il domine. »

De nombreux acquis

Si tous les militants interrogés tiennent à évoquer leurs souvenirs du premier jour de la révolution, ils ne tarissent pas sur les péripéties de ce mouvement dont ils ont été les témoins et souvent, aussi, les victimes. Tel est le cas de Mamdouh el-Abou, alias Abou Taha, qui fait l’objet de procès intentés contre lui par les Forces libanaises. Mais aussi de Jamal Cheikh, de Fakha, dans le caza de Baalbeck, qui a essayé de s’immoler « devant le Palais de justice à Beyrouth lorsque vingt-trois manifestants de la Békaa ont été arrêtés », de Mohammad Zohbi, de Tripoli, qui a été arrêté par les services de renseignements « trois jours durant pour destruction de propriétés publiques » avant d’être relaxé, et de Jean-Georges Prince qui a reçu « une balle en caoutchouc au visage » lui ayant valu « 56 points de suture à la lèvre » et « coûté cinq dents ».

Malgré tous ces événements, ils affirment ne pas être découragés. Au contraire, ils sont convaincus qu’ils doivent poursuivre la bataille pour que « la révolution réalise ses objectifs ».

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C’est que l’ensemble des révolutionnaires interrogés sont conscients que le mouvement de contestation a engrangé « quelques acquis » et qu’un « long chemin reste encore à faire ». Au nombre de ces acquis, « l’éveil politique et économique des jeunes qui se sont intéressés à la politique et à l’aspect socio-politique et socio-économique du Liban, ce qui est important pour opérer un changement lors des prochaines législatives, même si de nombreux Libanais continueront à voter comme ils l’ont fait jusqu’à présent ». Parmi ces acquis, aussi, « le rapprochement indéniable entre les différentes régions, brisant la peur que nous avions de l’autre puisque nous nous sommes rendu compte que nous partagions les mêmes objectifs et que nous nous ressemblions sur beaucoup de points », « la désacralisation des responsables qui craignent désormais la rue qui leur demande des comptes », « l’élection de Melhem Khalaf à la tête de l’ordre des avocats »…

« Non, je ne peux pas dire que je suis déçu par la révolution », confie Mohammad Allaou, du Hermel, qui a passé le plus clair de son temps dans le périmètre de la place Riad el-Solh, dans les tentes de Baalbeck-Hermel et du Marsad al-Chaabi (L’observatoire populaire). « La thaoura passe par des hauts et des bas, mais je ne perds pas espoir, insiste-t-il. D’ailleurs, nous n’avons d’autre choix que de poursuivre ce combat pour parvenir au changement. »

Le bloc révolutionnaire

Ce n’est pas le cas de Marcelle Rached qui ne peut s’empêcher « d’être déçue par le peuple dont la majorité s’est de nouveau recroquevillée au sein de ses communautés, hélas, après avoir prouvé au monde que nous étions un peuple uni ». « La rue est de nouveau divisée en deux forces, celles du 8 et du 14 Mars, déplore-t-elle. Les réformes ne peuvent pas être faites si le peuple ne change pas. C’est par lui qu’il faudrait commencer. »

« Au début, nous étions tous convaincus que la révolution devait se faire dans la rue, rétorque Jean-Georges Prince. Mais, avec le temps, nous nous sommes rendu compte qu’elle ne peut pas y être poursuivie pendant des mois et des années, les gens ayant besoin de mener une vie qui a un semblant de normalité. La révolution a évolué. Il en est de même de la façon de penser des individus qui y ont participé. Nous sommes passés de la phase qui consistait à exercer une pression dans la rue à celle de la nécessité de réfléchir à des alternatives et de trouver des personnes qui puissent la représenter. »

Lire le commentaire de Karim el-Mufti

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« La thaoura n’existe plus, regrette Marcelle Rached, plus catégorique. La thaoura c’est le peuple et non un parti. Malheureusement, certains groupes estiment qu’ils ont le droit de dicter aux gens ce qu’ils doivent faire. » Et pourtant, cette femme assure qu’elle ne sortira pas de la rue. Tout comme tous les autres manifestants contactés. Leur souhait ? Raviver la flamme de la révolution et opérer une remise en question pour passer à la nouvelle étape. « Celle-ci doit pouvoir rassembler de nouveau la rue, insiste Khalil el-Deni de Saadnayel, dans la Békaa. Cela sous-entend la proposition d’un projet et d’une feuille de route politiques qui puissent constituer une alternative. C’est la raison pour laquelle quatre groupes de la thaoura ainsi que des militants indépendants ont décidé de lancer prochainement le bloc révolutionnaire dans l’espoir de gagner de nouveau la confiance du peuple qui reste la principale arme de toute révolution. »


Des souvenirs, ils en ont à la pelle. Des déceptions et des attentes aussi. Ce sont des incorruptibles du mouvement de contestation populaire initié le 17 octobre, qui ont passé leurs journées et parfois leurs nuits sur les places de la révolution et sous les tentes jusqu’à ce qu’ils soient délogés par les forces de l’ordre. Un an plus tard, ils affirment toujours faire partie...

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LIBANAIS, S,ILS NE DEGAGENT PAS DE BONGRE, DEGAGEZ-LES DE MALGRE. SEULES LES REVOLUTIONS FONT LES REFORMES.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

00 h 41, le 14 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • LIBANAIS, S,ILS NE DEGAGENT PAS DE BONGRE, DEGAGEZ-LES DE MALGRE. SEULES LES REVOLUTIONS FONT LES REFORMES.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    00 h 41, le 14 octobre 2020