Rechercher
Rechercher

Société - Santé

Les pharmaciens en grève aujourd’hui

La profession entend exercer une pression sur les distributeurs qu’elle accuse de lui livrer les médicaments au compte-gouttes.

Les pharmaciens en grève aujourd’hui

Les pharmaciens observeront aujourd’hui une grève pour protester contre la pénurie des médicaments. Photo Marc Fayad

Aujourd’hui, entre 8 heures et 15 heures, la majorité des officines sur l’ensemble du territoire seront fermées, dans le cadre d’une grève à laquelle a appelé un groupe de pharmaciens, pour protester contre la pénurie de médicaments et mettre en garde contre les conditions de vie lamentables des professionnels du secteur. Ils entendent aussi alerter sur le risque de fermeture dont sont menacées les petites pharmacies. « À ce jour, plus de 200 d’entre elles ont mis la clé sous la porte, déplore un pharmacien sous le couvert de l’anonymat. Si la situation actuelle se poursuit, toutes les autres petites officines leur emboîteront le pas d’ici à deux à trois mois, d’autant que près de 70 % des médicaments sont en rupture de stock. »

Ce professionnel explique que la situation qui prévaut actuellement est insoutenable. « Les grandes pharmacies vendent d’autres produits qui leur permettent de compenser leurs pertes, comme les crèmes de beauté ou autres, avance-t-il. Les petites enseignes en revanche comptent sur la vente des médicaments. Or, d’une part, les distributeurs nous les livrent au compte-gouttes, et d’autre part, nous continuons à les vendre au taux de change de 1 500 livres pour le dollar, alors que toutes nos autres dépenses, comme les sacs, la maintenance des ordinateurs, le papier, les tampons… sont calculées en fonction du taux de change du marché noir. Du coup, nos dépenses dépassent largement nos marges de profit. »

Lire aussi

Au Liban, l’inexorable hémorragie du corps médical

« Les distributeurs ont peur de la contrebande, souligne un autre pharmacien. Mais je peux vous assurer que les demandes qu’on me fait ne dépassent pas les deux à trois boîtes de médicaments pour des maladies chroniques. » « Ce n’est pas avec deux boîtes qu’on fait de la contrebande ! » s’exclame-t-il.

« Cela fait plusieurs mois que je mets en garde contre une crise dans le secteur », affirme à L’Orient-Le Jour Ghassan el-Amine, président de l’ordre des pharmaciens, soulignant que l’organisme « n’a pas appelé à la grève », mais qu’« il soutenait les professionnels du secteur ». « Le problème n’est pas lié uniquement à la pénurie de médicaments, poursuit-il, mais il concerne aussi la marge de profit des pharmaciens qui est toujours calculée au taux de change officiel de 1 500 livres pour le dollar. Nombre d’entre eux puisent dans leurs réserves pour pouvoir joindre les deux bouts et ne tarderont pas à fermer. »

La crainte des interruptions

En observant une grève aujourd’hui, les pharmaciens espèrent exercer une pression sur les distributeurs « qui ne peut qu’être dans l’intérêt du patient », affirme l’un d’eux. Mais les distributeurs peuvent-ils fléchir ? Contacté par L’OLJ, Karim Jebara, président du syndicat des importateurs de médicaments, explique que depuis le mois de juillet, « une pénurie est constatée, causée par la ruée sur les médicaments par peur des ruptures d’approvisionnement ». Cette panique a été d’abord générée, il y a quelques mois, à la suite de « la publication par les cardiologues d’un document statuant que des médicaments pour des pathologies cardiaques étaient en rupture de stock et plus récemment par les informations selon lesquelles les subventions sur les médicaments seront levées », faute de fonds.

« Or nous ne disposons pas de stocks suffisants pour couvrir cette demande élevée, affirme M. Jebara. Nous sommes donc convenus avec les ordres des médecins et des pharmaciens d’une procédure qui consiste à livrer à chaque pharmacien ses besoins en médicaments selon les moyennes ordinaires et non selon celles incluant l’effet de panique. Depuis, nous leur livrons ces quantités. »

Toutefois, la demande reste largement supérieure aux quantités fournies, « parce que des patients continuent de faire le tour des pharmacies pour stocker les médicaments », constate-t-il. « Les pharmaciens se retrouvent ainsi avec des ruptures de stock, puisque les quantités vendues sont supérieures à celles qu’ils reçoivent et aux moyennes ordinaires de consommation », ajoute M. Jebara. « Nous avons adopté cette mesure pour que les stocks présents au Liban y restent » et éviter ainsi la rupture « d’ici à quelques semaines si la tendance actuelle se poursuivait », soutient-il. « Mais aussi pour maintenir un certain équilibre de manière à ce que les patients qui ont les moyens de s’approvisionner pour plusieurs mois ne soient pas avantagés par rapport à ceux qui ne peuvent couvrir que leurs besoins mensuels », avance-t-il.

Lire aussi

Stockage et pénuries de médicaments : le cercle vicieux s’installe

Selon M. Jebara, cette mesure a également pour effet d’« éviter la contrebande ». « Il faudrait mettre en place un système susceptible d’assurer que le médicament arrive au patient résidant au Liban », insiste-t-il.

Quid des accusations selon lesquelles les importateurs espèrent, avec la levée des subventions, vendre le médicament au prix fort ? « Ce raisonnement sous-entend que le ministère de la Santé est inactif et que ses inspecteurs ne savent pas garantir que les importateurs vendent le médicament au prix acheté, répond M. Jebara. Cela fait 70 ans que nous vendons les médicaments au prix affiché par le ministère. Ce n’est pas aujourd’hui que nous allons essayer de faire des profits surélevés, sachant que nous n’avons pas encore payé le prix du stock dont nous disposons, puisque les termes de paiement avec nos fournisseurs sont de plus de deux mois en général. Donc, si nous allons le vendre à un prix élevé, nous allons le payer également à un prix élevé. »

Pour parer à ce problème, il faudrait, selon M. Amine, « maintenir la subvention sur le médicament ». « Si la Banque du Liban est incapable de le faire, il faudrait au moins établir, en accord avec le gouvernement, une liste des médicaments qui doivent continuer à être subventionnés, insiste-t-il. Le plus important reste toutefois la formation du gouvernement. La stabilité politique est importante pour la vie économique du pays. »

Fermeture de deux officines

Parallèlement, le ministre sortant de la Santé, Hamad Hassan, a annoncé hier la fermeture de deux pharmacies et menacé de prendre des sanctions contre les contrevenants, au terme d’une réunion d’urgence, en présence des acteurs du secteur, pour résoudre la crise du médicament. Le premier établissement achetait des traitements contre le cancer à des prix subventionnés pour les vendre à l’étranger, alors que le second avait acheté 120 caisses de sérum et les vendait de manière irrégulière. M. Hassan a dit s’attendre « à des progrès bientôt » et a prévenu que des « sanctions sévères seront prises contre les contrevenants ».

Il a annoncé dans ce cadre qu’une campagne d’inspection au sein des pharmacies, usines et dépôts a été lancée.


Aujourd’hui, entre 8 heures et 15 heures, la majorité des officines sur l’ensemble du territoire seront fermées, dans le cadre d’une grève à laquelle a appelé un groupe de pharmaciens, pour protester contre la pénurie de médicaments et mettre en garde contre les conditions de vie lamentables des professionnels du secteur. Ils entendent aussi alerter sur le risque de fermeture dont...

commentaires (1)

"... Les distributeurs ont peur de la contrebande ..." Dire qu'il suffirait d'interdire les ventes sans ordonnance, comme c'est le cas dans tout pays "civilisé" (ya3ni pas nous) pour couper court à la contrebande...

Gros Gnon

00 h 37, le 13 octobre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • "... Les distributeurs ont peur de la contrebande ..." Dire qu'il suffirait d'interdire les ventes sans ordonnance, comme c'est le cas dans tout pays "civilisé" (ya3ni pas nous) pour couper court à la contrebande...

    Gros Gnon

    00 h 37, le 13 octobre 2020

Retour en haut