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Société

« Drabzine » ou comment protéger le legs révolutionnaire

Lancée par des activistes et militants, l’initiative a déjà attiré une centaine de groupes, partis et associations issus du mouvement du 17 octobre.


« Drabzine » ou comment protéger le legs révolutionnaire

« Nous voulons créer une plateforme démocratique susceptible d’englober ceux à qui le 17 octobre a redonné de l’espoir ». Photo tirée du compte Facebook de « l’Initiative Drabzine »

Les contestataires ne veulent pas encore s’avouer vaincus. Même si l’humeur populaire n’est plus à la révolte comme à la veille du 17 octobre dernier, la survie étant la priorité pour l’heure, la rue continue de bouger, mais selon un rythme et des modes différents.

Dans la foulée des coalitions qui se sont récemment constituées pour tenter de faire front à un système politique bien enraciné et difficilement déboulonnable, une nouvelle initiative a émergé du lot, pour tenter de créer une plate-forme d’échanges et d’interaction entre plusieurs constituantes de la société. Objectif : se réapproprier l’espace public et redonner espoir à la population.

Intitulé « Drabzine » (Parapet), le projet entend répondre aux besoins et aux problèmes qu’affronte un mouvement protestataire qui ne parvient pas à se muer en front d’opposition. Le parapet serait ainsi cette barricade de sécurité qui protège le legs révolutionnaire tout en constituant un point d’ancrage à tout individu ou entité partageant le refus du système politique actuel et souhaitant investir l’espace public pour y imprégner sa signature.

L’initiative implique donc la création d’une tribune à partir de laquelle pourra désormais être canalisée une action collective qui s’inscrit dans l’avenir.

« Notre initiative n’est pas dans le revendicatif, mais cherche plutôt à agir sur les structures et à consolider les infrastructures de l’action publique », explique Paul Achkar, l’un des artisans de cette nouvelle coalition en devenir.

À l’origine de l’idée, une préoccupation : comment éviter « le retour à la malédiction du point zéro » ?

Les échanges entre militants d’horizons divers ont ainsi conduit à une sorte de bilan du mouvement du 17 octobre, accompagné d’une réflexion sur ce qu’il faudrait en conserver et comment entrevoir l’avenir de la contestation face à ce que représente la classe dominante dans son ensemble, son mode d’action et, partant de là, les défis posés.

« L’initiative cherche à (re)-fertiliser tout ce qui a été désertifié dans la société libanaise prise dans un sens large (régions, métiers, clubs, etc.) et à revitaliser ce qui a été systématiquement dévitalisé (les personnes dans leur complexité – confessionnelle, professionnelle, régionale ou autres – ont été réduites à une unique unidimensionnalité confessionnelle) durant les dernières décennies », précise encore M. Achkar, estimant que cela est maintenant redevenu possible avec la raréfaction des ressources qui alimentaient le clientélisme.

Des espaces contigus

L’originalité de cette plate-forme émane du fait qu’elle fait coexister des espaces qui n’ont pas l’habitude d’être juxtaposés, expliquent les fondateurs. Ainsi, l’espace politique, entendu dans son sens large et partisan, est intégré à l’espace régional, considéré comme l’une des dimensions essentielles du projet. L’approche se veut inclusive de tous les groupuscules de contestataires éparpillés sur l’ensemble du territoire : de Tripoli jusqu’à Tyr en passant par Saïda, et jusqu’à Baalbeck, où seront créées des structures permanentes dotées de comités qui seront en synergie.

À l’espace politique et régional viendra se greffer ce que les fondateurs appellent l’espace des métiers, des secteurs, des syndicats, autant d’acteurs qui pourront bénéficier d’une tribune de soutien pour promouvoir des tendances syndicales « indépendantes et permanentes ».

L’initiative consacre également un espace aux individus et associations de différents types, dans une approche holistique et un attelage d’associations hétérogènes (des partis avec des hiraks régionaux, des clubs, associations diverses, des petites entreprises, une chorale, une boutique, un souk, une coopérative artistique, un courant syndical etc.), de sorte à permettre aux entités diverses de coexister avec des individus, explique M. Achkar.

Lancée le 31 août dernier, la plate-forme a attiré à ce jour une centaine de groupes, sous-groupes, partis, mouvements et courants nés dans la matrice révolutionnaire et qui se préparent, lentement mais sûrement, à l’organisation d’un congrès prévu d’ici à la fin de l’année. Parmi les membres constitutifs, le Bloc national, Citoyennes et citoyens dans un État, l’Agenda légal, le Forum civil, l’Organisation populaire nassérienne, le Parti communiste, Li Haqqi, la chorale de Fayha’, Kafa, le mouvement de contestation de Nabatiyé, pour ne citer que quelques exemples.

Pour les contestataires, il s’agit désormais d’envisager le changement à travers une vision qui s’inscrit dans le moyen et le long terme et non plus dans l’immédiat, tout en tirant les leçons du passé.

« Plus le travail s’inscrit dans la durée, moins la classe politique corrompue pourra contrôler les gens », commente Chaden Maalouf, membre du parti Citoyennes et citoyens dans un État (Mouwatinoun wa mouwatinat fi dawla).

C’est à partir de l’idée d’un travail de longue haleine que Drabzine affirme se distinguer des autres initiatives ou coalitions récemment créées. Aussi bien sur le fond que dans la forme, la nouvelle initiative ne ressemble en rien à la coalition annoncée, le 1er septembre dernier, et regroupant des mouvements, partis et associations contestataires qui avaient défini leurs revendications en lançant un programme politique, économique et social, qu’elles ont présenté comme une alternative à l’action du pouvoir en place. Plusieurs parmi les membres de cette coalition sont venus d’ailleurs rejoindre la plate-forme Drabzine. « Celle-ci s’inscrit dans un temps plus long que nous investirons pour reconstruire les institutions sectorielles et syndicales que la classe dominante a systématiquement détruites », conclut M. Achkar.


Les contestataires ne veulent pas encore s’avouer vaincus. Même si l’humeur populaire n’est plus à la révolte comme à la veille du 17 octobre dernier, la survie étant la priorité pour l’heure, la rue continue de bouger, mais selon un rythme et des modes différents. Dans la foulée des coalitions qui se sont récemment constituées pour tenter de faire front à un système...

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