Rechercher
Rechercher

Culture - Rencontre

Tom Young : Quand on aime quelqu’un, on ne le quitte pas quand il est malade

Sa formation d’architecte le fait construire incessamment, à coups de brosse et de pinceau, des paysages urbains détruits. Un travail immersif dans des sites blessés au cœur, comme sa vie...

Tom Young : Quand on aime quelqu’un, on ne le quitte pas quand il est malade

Tom Young, pour l’amour de la ville de Beyrouth.

Tom Young, artiste britannique établi depuis 2006 au Liban, ne croit pas beaucoup à la nationalité imposée dès la naissance et aux liens que suggère cette carte d’identité, mais plutôt aux liens émotionnels et affectifs que l’on tisse avec un pays. Sans vraiment en cerner la raison, il dit que les nouvelles du Liban diffusées à la télévision suscitaient en lui une telle empathie qu’il a décidé un jour d’aller y poser ses valises. Des valises qui feront de nombreux allers-retours entre l’Angleterre et le Liban, mais aussi dans d’autres coins du Moyen-Orient, comme l’Égypte. Il tiendra des expositions dans des galeries libanaises ou britanniques, acceptera des commissions pour peindre des paysages en Andalousie (Espagne), ou encore en France et au Maroc... Au fil de ses escales, l’artiste se découvre une prédilection pour les demeures oubliées, comme la Maison rose de Manara, où il transforme un manoir vide emblématique de Beyrouth en lieu d’exposition et centre culturel pendant 3 mois, ou encore la villa Paradiso à Gemmayzé, où il aide à restaurer une demeure abandonnée depuis 40 ans en la transformant en lieu d’exposition. La villa est depuis devenue un centre permanent des arts. L’intervention de Young dans le magnifique hôtel de Sofar qu’il a peint et où il a exposé a également marqué les annales culturelles libanaises.


Désolation et nostalgie dans cette toile toute en grisaille de l’artiste british Tom Young. Photos DR


L’art qui panse les plaies

Ces espaces abandonnés qu’il transforme ont désormais une âme, une vie, qu’il leur insuffle sur ses toiles par ce contraste établi entre abstrait et réalisme, et par ces couleurs qui suggèrent tantôt la joie, tantôt la douleur.

Et puis vint l’explosion du 4 août. Tom Young regarde les murs lézardés, effondrés, de la ville, et y voit son âme en lambeaux. Le vent souffle fort dans les fenêtres béantes de son atelier et de sa maison endommagés. Ses blessures remontent à la surface. Cette tragédie lui rappelle qu’un jour, alors qu’il était adolescent, sa vie personnelle a également explosé avec la disparition tragique de sa mère. Ce jour-là, son père l’a pris par la main et l’a fait dépasser les méandres de la vie, tout comme cette toile qu’il a reproduite au lendemain du 4 août. Car si son travail s’inspire de photos emmagasinées dans sa tête ou de lieux réels qu’il a côtoyés, l’artiste-peintre avoue les avoir extirpés de son esprit quasi amnésique. « Je fais des croquis d’après la vie et souvent appuyés par des photos, je filtre ces expériences à travers la mémoire en studio, indique l’artiste. Mais je suggère aussi souvent des souvenirs d’enfance, une certaine amnésie collective qui survient souvent pendant et après des événements difficiles, et la résilience de l’esprit humain face à l’adversité. »Sur le canevas, tout se brouille et se mélange dans la transparence et les aplats de couleurs dans la lumière et l’obscurité. Passé et présent se confondent, et la toile devient un espace intemporel vivant et dynamique. « En transformant des lieux abandonnés en centres vivants, j’espère préserver un patrimoine et une mémoire précieux menacés et apporter quelque chose de positif à l’endroit où je vis. » Chaque coin de la rue Gemmayzé, chaque personne sont des moments intimes et familiers à ses yeux, des souvenirs qu’il a assemblés avec le temps. « C’est pourquoi je ne quitterai pas le Liban. Quand on aime quelqu’un, on ne le quitte pas quand il est malade. » C’est ainsi qu’il traduit ses émotions et ses sentiments sur la toile.

Lire aussi

Ces toiles qui racontent un 4 août dévastateur...

Pour Tom Young, l’art est guérisseur. Il est un baume apaisant. Alors que les religions, les langues, les nationalités sont séparatrices, l’art est une plateforme d’entente entre les hommes qui parlent la même langue : celle des émotions. Actuellement, l’artiste se prépare à exposer au vieux souk de Saïda sous l’intitulé « Revival at Hammam al-Jadeed ». Il participe actuellement à une exposition collective à Arthaus Beirut. Les recettes seront en partie versées à des amis et des résidents de Gemmayzé qui ont perdu des êtres chers et leurs maisons. Une démarche qui lui tient particulièrement à cœur.

Tom Young, artiste britannique établi depuis 2006 au Liban, ne croit pas beaucoup à la nationalité imposée dès la naissance et aux liens que suggère cette carte d’identité, mais plutôt aux liens émotionnels et affectifs que l’on tisse avec un pays. Sans vraiment en cerner la raison, il dit que les nouvelles du Liban diffusées à la télévision suscitaient en lui une telle empathie...
commentaires (1)

Bless your heart TOM.

Rene MALEK / AVANTIS

09 h 29, le 07 octobre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Bless your heart TOM.

    Rene MALEK / AVANTIS

    09 h 29, le 07 octobre 2020

Retour en haut