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Entretien

De l’identité sexuelle de Gustave Flaubert qui aurait dit : « Madame Bovary, c’est moi »...

Dans « C’est la faute à Flaubert » (éditions St-Honoré – 324 pages), Mohamed Taan porte un regard particulier et incisif sur l’auteur de « Salammbô », et notamment sur un turbulent voyage en Égypte qui le révèle à lui-même et à sa sexualité sans le désir du corps des femmes...

De l’identité sexuelle de Gustave Flaubert qui aurait dit : « Madame Bovary, c’est moi »...

Mohamed Taan, en prenant certaines libertés de romancier, parle sans ambages de l’homosexualité de l’auteur de « La tentation de saint Antoine ». Photo DR

À 68 ans, Mohamed Taan, originaire de Tyr et longtemps médecin chirurgien dans sa clinique privée au Nigeria mais installé aujourd’hui à Beyrouth, vient de publier son onzième roman C’est la faute à Flaubert (éditions St-Honoré, 324 pages). Dans cet ouvrage, il pose un regard particulier et incisif sur l’auteur de Salammbô, plus particulièrement sur un turbulent voyage effectué en Égypte qui prendra la valeur d’une véritable éducation sentimentale, le révélant à lui-même et à sa sexualité, sans le désir du corps des femmes… Un livre libérateur, qui bouscule les idées reçues, sans tomber dans le piège de scènes scabreuses, d’emploi de vocables ou de paroles impudiques. Mohamed Taan y dévoile une image de Flaubert que la postérité méconnaît largement. Un ouvrage qui tente de restaurer la vérité sans toucher au génie du grand écrivain rouennais… Un opus qui ne manque pas de culot et jette bas les masques sur les profondeurs sexuelles inavouées du maître du réalisme littéraire. Avec Taan, on apprend ainsi que c’est un voyage en Orient qui a levé le voile sur l’intimité de l’un des plus grands prosateurs de la littérature française. C’est en Égypte, durant le règne de Méhémet Ali Pacha, qu’une délégation française débarque en terre des pharaons dans l’intention de moderniser le pays du Nil. Parmi ses membres, y figurent Maxime Du Camp en tant que photographe, mais aussi Gustave Flaubert, qui n’a pas encore 30 ans et surtout qui n’est pas encore devenu un écrivain notoire. Sa mission au sein de la délégation reste peu claire. L’occasion pour Mohamed Taan, en prenant certaines libertés de romancier, de parler sans ambages de l’homosexualité de l’auteur de La tentation de saint Antoine…Pour revenir sur la genèse de ses déclarations romanesques incendiaires, l’auteur a répondu aux questions de L’Orient Le Jour tout en précisant qu’il ne tend qu’à rétablir des faits véridiques. Des faits un peu escamotés pour retrouver l’authentique image de l’identité sexuelle de celui qui a disséqué si génialement la vie d’Emma Bovary, une femme insatisfaite dans tous les sens du terme… en ces temps où les corps et les langues se libèrent, où les orientations sexuelles s’affranchissent et se banalisent.



Pourquoi un chirurgien s’adonne-t-il à la littérature ? Et en français ?

Maroun Baghdadi, dans le temps, m’avait demandé d’écrire un scénario en français. Et puis j’ai toujours aimé écrire. Une passion ardente et incurable. Plusieurs romans s’inscrivent déjà dans mon parcours : Khawaja, Le sayyed de Bagdad, Arachide... Je suis certes un dilettante, mais depuis deux ans, je me suis pris en charge et en main. Écrire, c’est du sérieux.

Pourquoi ce choix d’écrire sur l’identité sexuelle de Gustave Flaubert ?

Comme j’ai du sang turc dans les veines, j’ai lu (en français et en arabe) les Mémoires de Kuchuk Hanem (petite dame en langue d’Atatürk), une courtisane qui abritait dans ses salons de jeunes garçons ainsi que des almées (hommes ou femmes) qui divertissaient le public. J’ai revécu cette légende d’une séductrice où Gustave Flaubert et Abbas Hilmi, le successeur d’Ibrahim pacha, figuraient en bonne place. Le rapport de Flaubert avec son pays d’origine était tendu et il était ouvertement antifrançais. Et c’est là, en Haute Égypte, qu’il découvre son homosexualité. En 1860, à un âge plutôt avancé, c’est-à-dire presque une dizaine d’années avant sa mort, il demande à Maxime Du Camp de brûler toute sa correspondance. Car les vrais révélations et secrets sont là, dans les replis des échanges épistolaires, et non dans les écrits publics publiés par les écrivains…

Votre livre est une apologie de l’homosexualité de Flaubert, une plaidoirie pour une excommunion, une attitude de jugement de valeur ?

C’est certainement une apologie. Car il s’agit là d’un destin et non d’un choix. Cet ouvrage est une explication spirituelle, médicale, sociale, anthropologique. Les relations de Flaubert avec les femmes furent dramatiques. Car il n’a jamais été bisexuel. Même sa liaison avec Louise Colet fut plus platonique que charnelle ou sexuelle… Ses rapports charnels, avec elle, ne sont ni fréquents ni triomphants. Ses prouesses pour la chosette sont quasi inexistantes…

Pourquoi ce titre, « C’est la faute à Flaubert » ?

C’est en référence à la chanson de Gavroche dans Les Misérables de Victor Hugo : « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. » La faute est à Flaubert car c’est un homosexuel qui s’ignore. Et à une époque où la bien-pensance a le pouvoir absolu et où les mœurs sont farouchement sous la vigoureuse autorité du politiquement et socialement correct, l’écrivain est en butte au mur des conventions et n’assume pas sa réalité…

Ce roman est-il une version de son voyage en Orient, ou une illustration et une variante (toutes proportions gardées, bien sûr !) de « L’idiot de la famille » de Jean-Paul Sartre ?

J’ai pris certaines libertés en Égypte avec beaucoup de pudeur pour me concentrer sur le drame de Flaubert. Néanmoins, c’est toujours du voyage en Orient qu’il s’agit et de l’engouement pour l’orientalisme qui faisait florès et fureur en Occident. Génial Flaubert.

Après Beyrouth, Baalbeck, Jérusalem, il devait aller en Iran. On ignore la suite... De toute façon, la vie de Flaubert est jalonnée de points d’interrogation…

Comment définissez-vous votre style ?

Celui d’un chirurgien ! D’un homme de science, d’un conteur...

Finalement, est-ce le roman d’un scientifique ou d’un littérateur ?

D’un littérateur. On ne peut s’attaquer à Flaubert et à son écriture sans mobile littéraire.

Avez-vous d’autres projets dans un futur proche, puisque écrire pour vous, c’est du sérieux ?

Oui. C’est très spirituel : le rapport islamo-chrétien à travers l’histoire, les croisés et Louis Massignon…

« C’est la faute à Flaubert » du Dr Mohamed Taan (éditions St-Honoré, Paris - 324 pages) en librairie ou sur e-book.


À 68 ans, Mohamed Taan, originaire de Tyr et longtemps médecin chirurgien dans sa clinique privée au Nigeria mais installé aujourd’hui à Beyrouth, vient de publier son onzième roman C’est la faute à Flaubert (éditions St-Honoré, 324 pages). Dans cet ouvrage, il pose un regard particulier et incisif sur l’auteur de Salammbô, plus particulièrement sur un turbulent voyage...

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Intéressante entrevue. Pourtant, Flaubert étail-il anti-conformisme bourgeois XIX siècle ou anti-français?

Fadoul Paul

15 h 25, le 07 octobre 2020

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Commentaires (1)

  • Intéressante entrevue. Pourtant, Flaubert étail-il anti-conformisme bourgeois XIX siècle ou anti-français?

    Fadoul Paul

    15 h 25, le 07 octobre 2020