Rechercher
Rechercher

Liban-Israël

Négociations sur les frontières, un long chemin semé d’embûches

Ayant consenti à l’accord-cadre, le Hezbollah pourrait sortir la carte de Chebaa pour bloquer les négociations.

Négociations sur les frontières, un long chemin semé d’embûches

La baie de Naqoura, au sud de Tyr (Liban-Sud), vue depuis le site de construction, par Israël, d’un mur séparant les deux pays, le 5 septembre 2018. Photo d’archives AFP/Jack Guez

C’est le 14 octobre que doivent en principe débuter les négociations indirectes entre le Liban et l’État hébreu sur la délimitation des frontières maritimes. Un chemin qui s’annonce toutefois semé d’embûches.

Alors qu’à Washington on célèbre une victoire marquée par l’annonce du début d’un processus qui a mis une décennie à mûrir, et dont la finalité ne peut être, dans la logique américaine, que de meilleurs rapports de voisinage entre Israël et le Liban, côté libanais la prudence voire même le scepticisme sont de mise quant à la suite.

Observant un silence notoire depuis l’annonce, jeudi dernier par le chef du Parlement, Nabih Berry, de l’accord-cadre qui permet le lancement des négociations, le Hezbollah, qui a donné son feu vert en amont, scrutera minutieusement le déroulé des négociations que supervisera désormais le chef de l’État, comme le prévoit la Constitution.

Lire aussi

Berry : L’accord-cadre sur le tracé des frontières ouvre la voie aux négociations...

Ayant consenti bon gré, mal gré à ce que beaucoup d’analystes ont qualifié de « compromis », le parti chiite espérait, par là, gagner du temps d’ici à la présidentielle américaine, le 3 novembre prochain, pour s’épargner la foudre des sanctions américaines. Mais consentir à un accord-cadre, pour le Hezbollah, ne prélude pas nécessairement à une conclusion heureuse des négociations, encore moins à quelque reconnaissance que ce soit d’Israël, comme l’ont laissé entendre certains.

D’abord, il faut rappeler que les pourparlers en vue de la délimitation des frontières maritimes ne seront pas bilatéraux mais indirects.

« Ils ne se tiennent pas entre Israël et le Liban mais plutôt entre des Libanais (des officiers de l’armée et des experts) et des Israéliens, en présence des États-Unis comme facilitateurs et de l’ONU comme parrain », explique l’ancien ministre de l’Intérieur et avocat Ziyad Baroud. Un scénario qui, dit-il, ressemble dans son format à l’accord d’armistice de 1949 notamment et qui n’a pas abouti pour autant à une reconnaissance de l’État hébreu.

Normalisation ?

Les plus optimistes des Libanais ont vu poindre à l’horizon la promesse d’une pacification des frontières, rendue selon eux possible par l’enjeu économique qui sous-tend ce dossier, la guerre n’étant plus envisageable dans un contexte d’extraction de ressources gazières devant générer d’importants revenus au Liban. D’autres ont même été jusqu’à évoquer la perspective d’une normalisation avec l’État hébreu, à l’instar de ce qui a été conclu avec certains États du Golfe, via l’entremise de Washington.

Ce ne sera probablement pas le cas au Liban. Du moins pas de sitôt. À moins d’un accord conclu entre les États-Unis et l’Iran et dont les termes porteraient sur l’arsenal du Hezbollah, une normalisation avec Israël est à écarter pour l’heure.

C’est en tout cas l’opinion de Hilal Khachan, professeur de sciences politiques à l’AUB, qui se dit convaincu que ni le Hezbollah ni Israël n’ont intérêt à mettre un terme définitif sinon à leur belligérance, du moins à leur arsenal militaire respectif qui est leur « raison d’être ». Si le Liban et Israël parviennent à s’entendre autour d’un accord sur la frontière maritime, il n’en sera pas de même pour la frontière terrestre, une carte que la formation chiite manipule avec dextérité. « Le Hezbollah ne voudra jamais perdre tous les acquis accumulés au cours des deux dernières décennies, et qui lui ont permis d’étendre son emprise sur les rouages du système politique libanais », estime M. Khachan.

Le parti chiite n’est pas le seul à ne pas vouloir d’une pacification définitive avec Israël, qui a également besoin de justifier sa militarisation à outrance. « La société israélienne est une société très fragmentée. Seule la perspective d’une menace extérieure permanente la tient relativement cimentée. À défaut, le sionisme disparaîtrait », juge le professeur de l’AUB.

Le décryptage de Scarlett Haddad

Berry : L’accord-cadre sur le tracé des frontières ouvre la voie aux négociations...

S’il pourrait à la limite, accepter un accord sur la frontière maritime qui suppose une sorte de pacification ou une trêve prolongée justifiée par les impératifs économiques, le parti chiite ne lâchera pas de lest au niveau de la frontière terrestre assurent certains analystes.

Selon des sources concordantes, la délimitation de la frontière terrestre aurait déjà été en grande partie réglée, notamment durant la période de la construction du mur de protection du côté israélien le long de la frontière. Selon notre correspondant politique Mounir Rabih, les 13 points litigieux auraient été discrètement résolus.

Il reste donc le sempiternel problème des fermes de Chebaa qui, selon une source proche de Washington, devrait être facilement réglé puisque l’administration américaine entend mettre la pression sur la Syrie pour l’obliger à présenter les documents prouvant qu’il s’agit d’un territoire syrien – et donc non-libanais –, ce que Damas se refuse de faire jusqu’à présent. La partie ne serait pas acquise pour autant, puisque de nombreux experts, dont des historiens et géographes, maintiennent, preuves et documents à l’appui, que ce lopin de terre qu’Israël ne veut pas lâcher, appartient bel et bien au Liban.

À terme, le parti chiite détient donc plusieurs cartes susceptibles d’entraver les négociations, et qu’il pourra jouer en temps voulu, dont la réclamation du secteur des fermes de Chebaa.

Une fois l’accord sur les frontières maritimes convenu, un autre écueil pourrait surgir au niveau de la procédure constitutionnelle, puisque que l’accord ou le traité devra être approuvé par le président qui, selon l’article 52 de la Constitution, négocie les traités et les ratifie en accord avec le chef du gouvernement. Ceux-ci ne seront considérés comme ratifiés qu’après accord du Conseil des ministres. C’est donc aussi à ce niveau, et par le biais du jeu du tiers de blocage que le tandem chiite aurait la possibilité de bloquer l’accord, si les circonstances l’imposent, ou encore par le biais du Parlement, qui doit lui aussi le ratifier.



C’est le 14 octobre que doivent en principe débuter les négociations indirectes entre le Liban et l’État hébreu sur la délimitation des frontières maritimes. Un chemin qui s’annonce toutefois semé d’embûches.

Alors qu’à Washington on célèbre une victoire marquée par l’annonce du début d’un processus qui a mis une décennie à mûrir, et dont la finalité ne...

commentaires (5)

Ça n’est pas la faute des pourris. Ils jouent leur va tout en roulant tout le monde dans la farine et font entendre le discours variable en fonction des états, comme ils ont fait avec les libanais pour réussir leur coup final. Tant qu’on les laisse jouer ils le feront que ça soit eux ou les autres états ils n’ont rien à perdre. Ce sont les libanais qui paient le prix fort. Donc il est temps que ce peuple sonne la fin de la récré pour tout le monde.

Sissi zayyat

19 h 13, le 06 octobre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • Ça n’est pas la faute des pourris. Ils jouent leur va tout en roulant tout le monde dans la farine et font entendre le discours variable en fonction des états, comme ils ont fait avec les libanais pour réussir leur coup final. Tant qu’on les laisse jouer ils le feront que ça soit eux ou les autres états ils n’ont rien à perdre. Ce sont les libanais qui paient le prix fort. Donc il est temps que ce peuple sonne la fin de la récré pour tout le monde.

    Sissi zayyat

    19 h 13, le 06 octobre 2020

  • Wow...on négocie avec Israël une zone maritime aussi grande que le port de Beyrouth et lui fait la guerre pour un lopin de terre pas plus grand que la barbe de certains alors que le pays tout entier se fait phagocyté tantôt par l'iran et tantôt par la syrie...on négocie quoi exactement? Notre suicide collectif??

    Wlek Sanferlou

    18 h 04, le 06 octobre 2020

  • « Qui vit de combattre un ennemi à tout intérêt de le laisser en vie ». Nietzsche

    AntoineK

    13 h 45, le 06 octobre 2020

  • LA PARISIENNE : La preuve est donnée ici qu'il importe peu au Hezbollah/Iran que les citoyens libanais puissent un jour bénéficier financièrement des découvertes d'hydrocarbures offshore qui ne tomberont pas exclusivement entre les mains d'un groupe privé de profiteurs. La procédure technique internationale de tracé des frontières maritimes est précisément codifiée et n'a rien à voir avec des négociations politiques entre Etats. Il faut le rappeler avec précision . Il faut éviter que le peuple libanais soit encore, pour longtemps, privé de la manne pétrolière. Les opérateurs italien ( Eni) et français (Total) ne feront des forages qu'à la condition d'une délimitation des frontières maritimes précise et reconnue internationalement. Il est temps que cessent les tergiversations pour priver les Libanais de ressources pétrolières, en voulant ménager le Hezbollah., qui en fait une question de reconnaissance d'Israel, ce qui est absolument inexact.

    Saab Edith

    12 h 29, le 06 octobre 2020

  • Tout le monde sait - à condition d'être honnête, ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas - que Chebaa est un problème libano-syrien avant d'être un problème libano-israélien. La récupération de ce confetti - laquelle ne peut d'ailleurs se faire que par voie diplomatique entre le Liban et la Syrie - sert de prétexte à la possession par la milice iranienne de dizaines de milliers de missiles sol-sol! Il y aurait de quoi éclater de rire devant une telle blague si ce n'était aussi tragique pour notre pays!

    Yves Prevost

    07 h 12, le 06 octobre 2020