Nouvelles

L'eau de l'oubli, l'eau qui répare

L'eau de l'oubli, l'eau qui répare

D.R.

Le recueil de nouvelles Oublie l’océan, que Cathie Barreau vient de publier dans la belle maison d’édition Pneumatiques, nous éclabousse d’écume et de vent, d’ondées et de vagues.

Oublie l’océan regroupe des textes où il est question d’enfances qui s’achèvent, d’amours en partance, de réparation des corps las, de la sidération devant la mort, de l’éblouissement, de joies furtives, de ces moments de vie où nous sommes submergés par ce qui advient. Alors, doucement, dans le fil qui relie le jour à la nuit, dans la lumière que nous captons, dans une rencontre avec l’autre, quelque chose de notre être, qui n’est pas mesurable dans l’échelle du temps ordinaire, remue en nous. Cette vague intime que met en scène ce recueil sait de nous des choses précieuses que nous ignorions. L’écriture de Cathie Barreau excelle à nous le faire ressentir.

Depuis Visite aux vivants jusqu’à Comment fait-on l’amour en temps de guerre en passant par Trois jardins ou Le Journal secret de Natalia Gontcharova, Cathie Barreau construit une œuvre qui traverse les genres littéraires et interroge l’énigme de la fiction, du cours de l’histoire qui accroche les personnages, du saisissement des corps dans des instants fulgurants.

La forme courte des nouvelles ouvre les possibles à la soudaineté d’évidences qui frappent les personnages et place le focus sur des détails précieux. C’est ici le frémissement d’un oiseau sur ses plumes repliées « le détail de son bec qui s’ouvrait soudain, long et jaune », là, le mouvement joyeux d’une petite fille qui court sur la plage, « la robe rouge de Lily, la natte brune qui se balançait sur sa nuque, le vert des saules et des peupliers (…) elle dessina des arabesques sur le sable (…) elle organisait une grande page, lissait le sable, repoussa le chien qui vint y mettre ses pattes, elle traçait des signes ».

On se promène dans cette lecture guidée par l’eau sous toutes ses formes, une douche qui apaise, le clapotis du fleuve, la lumière des marais, la Loire qui semble fuir vers le fond de son lit, « la grâce des courbes du fleuve et des rives, des langues de sable rond et doré (…) ». C’est toujours de l’eau que viennent la réparation et l’oubli ; les personnages de ces nouvelles en sont doucement transformés. Car l’oubli est au cœur des intrigues de ces nouvelles, au cœur des errements des personnages qui font histoire.

Et au bout de ces nouvelles, après s’être laissé porter par le cours du fleuve, par le rythme des marais, par des réminiscences d’enfance, apparaît, comme dans une fulgurance douce, la promesse de lumière qui traverse les histoires racontées. Cathie Barreau, en nous invitant à oublier l’océan, à nous pencher vers l’inconnu, nous amène à ressentir cette forme de légèreté présente dans les beautés simples. Son écriture, lumineuse et quasiment murmurée, fait sienne l’invitation de Peter Handke qui ouvre la magnifique nouvelle « Oublie ta famille » : « Ne néglige la voix d’aucun arbre, d’aucune eau. Entre où tu as envie et accorde toi le soleil. Oublie ta famille, donne des forces aux inconnus, penche-toi sur les détails, pars ou il n’y a personne, fous-toi du drame du destin, dédaigne le malheur, apaise le conflit de ton rire. Mets-toi dans tes couleurs, sois dans ton droit, et que le bruit des feuilles devienne doux. Passe par les villages, je te suis. »

On saisit, par l’intuition de notre corps penché sur le livre, que le point d’indétermination, ce point quasi aveugle à partir duquel le recueil rayonne, est dans cet oubli qui ouvre l’horizon. C’est pour ce débordement de la vie qui illumine le recueil que ces nouvelles doivent être lues.

Oublie l’océan de Cathie Barreau, éditions Pneumatiques, 2020, 182 p.


Le recueil de nouvelles Oublie l’océan, que Cathie Barreau vient de publier dans la belle maison d’édition Pneumatiques, nous éclabousse d’écume et de vent, d’ondées et de vagues.

Oublie l’océan regroupe des textes où il est question d’enfances qui s’achèvent, d’amours en partance, de réparation des corps las, de la sidération devant la mort, de...

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