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Conférence de presse

Macron fustige la « trahison » de la classe politique libanaise

Lors d’une conférence de presse exclusivement consacrée au dossier libanais hier soir, le président français s’est déchaîné contre la classe politique en général, et en particulier contre le Hezbollah « qui ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est ».

Macron fustige la « trahison » de la classe politique libanaise

Le discours du président français retransmis hier en direct à la Résidence des Pins, où des journalistes libanais ont participé à la conférence de presse. Anwar Amro/AFP

C’est une conférence de presse comme les Libanais n’en avaient jamais connue : au lendemain de la décision du Premier ministre désigné Moustapha Adib de jeter l’éponge, face au sabotage de toutes ses tentatives de former un gouvernement de mission sur la base de l’initiative française, le président Emmanuel Macron a lancé leurs quatre vérités aux dirigeants politiques. « Les forces politiques libanaises, leurs dirigeants, les dirigeants des institutions libanaises n’ont pas souhaité respecter l’engagement pris devant la France et la communauté internationale. Ils ont décidé de trahir cet engagement », a accusé Emmanuel Macron, qui a déploré que les différentes parties « ont fait le choix de faire primer leurs intérêts personnels, de condamner le Liban au chaos au lieu de bénéficier de l’aide internationale dont le peuple libanais a besoin ». « Personne n’a été à la hauteur des engagements pris le 1er septembre », a encore lancé Emmanuel Macron qui, s’adressant aux dirigeants libanais, a affirmé : « Aucun d’entre vous ne peut gagner contre les autres. » « Je prends acte de cette trahison collective » des responsables libanais, a-t-il poursuivi, soulignant que les partis libanais « portent l’entière responsabilité » de cet échec, et « elle sera lourde ». « J’ai honte pour les dirigeants libanais », a-t-il martelé.

Le président français, qui s’est rendu à deux reprises à Beyrouth depuis la tragédie du 4 août, a cependant assuré que son pays n’abandonnerait pas le Liban et que la feuille de route française restait « la seule option viable ». « Seule l’extraordinaire force du peuple libanais a permis au pays de préserver ce qui pouvait encore l’être. La France a été à ses côtés dès les premières heures et le sera toujours », a-t-il dit. Il a toutefois ajouté que cette « force et cette amitié indéfectibles ont été prises en otage par les jeux mortifères de la corruption et de la terreur » de la classe politique.

« Saad Hariri a eu tort »

Revenant sur les obstacles qui ont empêché la formation du gouvernement, il a notamment rejeté la responsabilité sur le tandem chiite mais n’a pas épargné le chef du courant du Futur Saad Hariri, auquel se référait Moustapha Adib pour toutes ses décisions. « Saad Hariri a eu tort de rajouter un critère confessionnel dans l’attribution des ministères, ce qui a fragilisé le processus » de formation du gouvernement, a-t-il dit. « Cette condition ne faisait pas partie de la feuille de route. Je constate ensuite qu’il a accepté de faire des concessions, il faut savoir le reconnaître. »

Mais c’est surtout contre Amal et le Hezbollah que le chef de l’Élysée s’est déchaîné, leur reprochant d’avoir décidé, « explicitement, que rien ne devait changer ». « À chaque étape, ils ont dit qu’ils voulaient nommer leurs ministres, et le président (de la Chambre Nabih) Berry a reconnu que c’était une décision du Hezbollah », a-t-il poursuivi, les accusant de ne vouloir faire « aucune concession ».

Concernant le Hezbollah, le président français a eu des mots très durs, faisant valoir qu’il « ne peut en même temps être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie et un parti respectable au Liban. Il ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est. Il doit montrer qu’il respecte les Libanais dans leur ensemble et il a montré le contraire ces derniers jours ». Il a souligné dans ce cadre qu’il existait actuellement « deux lignes » directrices qui pouvaient être suivies concernant le pays : « S’engager derrière notre initiative ou la politique du pire, qui consiste à dire qu’il faut déclarer maintenant la guerre au Hezbollah et que le Liban s’effondre avec le Hezbollah », a-t-il dit, sans préciser s’il faisait allusion aux États-Unis. « J’ai décidé de ne pas suivre cette seconde voie parce que je pense qu’elle est irresponsable mais, aujourd’hui, le choix est entre les mains du Hezbollah et du président Berry : celui de la démocratie et de l’intérêt du Liban, ou celui du pire », a indiqué le président français.

Nouveau délai de quatre à six semaines

Déplorant qu’« un mois ait été perdu » et que cela risquait de « déstabiliser la région », le président français a tout de même accordé un délai « de la dernière chance » pour la formation d’un nouveau cabinet et le respect des engagements, évoquant « quatre à six semaines ». Il a garanti que « la feuille de route » présentée par la France le 1er septembre, et qui contient une série de réformes, « demeure ». Cette feuille de route « est la seule initiative prise sur le plan national, régional et international, elle n’est pas retirée de la table, mais des actions sont indispensables, il appartient maintenant aux responsables libanais de saisir cette dernière chance eux-mêmes », a-t-il dit. Et d’insister sur le fait que ces réformes « sont la condition sine qua non pour que le Liban puisse bénéficier des aides internationales ». Il a aussi indiqué qu’il réunirait « d’ici à vingt jours l’ensemble des membres du Groupe international de soutien au Liban pour consolider l’unité de la communauté internationale sur les prochaines étapes ». La première « sera d’exiger que les résultats de l’enquête sur les causes de l’explosion du 4 août soient enfin établis et rendus publics et que les responsables soient désignés ».

« Notre engagement à l’égard des Libanais ne cessera pas, et sur le plan du soutien aux Libanais et de la reconstruction, notre soutien est inconditionnel », a assuré M. Macron.

Menace de guerre civile ?

« À l’horizon environ d’un mois, un mois et demi, nous serons obligés de faire le bilan (…) S’il n’y a aucune avancée sur le plan interne, alors nous serons obligés d’envisager une nouvelle phase de manière très claire et de poser la question de confiance : est-ce qu’un gouvernement de mission sur la base de la feuille de route est encore possible ? Ou est-ce qu’il faut à ce moment-là changer la donne et aller peut-être dans une voie plus systémique de recomposition politique au Liban ? » a-t-il dit, ajoutant que ce serait une piste « très aventureuse ».

Emmanuel Macron a jugé que faute d’un accord sur les bases évoquées en août, le Liban risquait soit la « guerre civile », soit de continuer de s’enliser avec un gouvernement de « profiteurs ». Le chef de l’État français a dans ce cadre réitéré son appel à un « gouvernement de mission » capable de lancer des réformes « sur l’énergie, le port et les attributions des marchés, de mener l’audit de la banque centrale et des banques privées ». Il a souligné qu’il fallait « réussir à créer un système de confiance. Il faut injecter une aide internationale massive, mais dans un système assaini dans lequel on a confiance ». « Personne ne remettra de l’argent tant que ceux qui ont mené à ce système crapuleux seront là, tant que le système sera tenu par les mêmes, et avec les mêmes règles », a-t-il insisté.

Le président français a enfin écarté toute imposition de sanctions contre les dirigeants libanais « à ce stade ». « Les sanctions ne sont pas le bon instrument à ce stade. Je n’exclus rien, mais je pense que cela ne répond pas actuellement au besoin qui est le nôtre de faire de la politique », a-t-il conclu en réponse à une question.


C’est une conférence de presse comme les Libanais n’en avaient jamais connue : au lendemain de la décision du Premier ministre désigné Moustapha Adib de jeter l’éponge, face au sabotage de toutes ses tentatives de former un gouvernement de mission sur la base de l’initiative française, le président Emmanuel Macron a lancé leurs quatre vérités aux dirigeants politiques....

commentaires (2)

Allons donc Mr Macron arrêtez de faire vous-mêmes des compromis puisque vous dénoncez à juste titre ce penchant chez Hariri et agissez avant que la pourriture de la situation entraînée par ces compromis incessants oblige réellement le pays à endurer une guerre civile pour se débarrasser des imposteurs de l'Axe des feux d'artifice illégaux et de leurs gros et petits poissons locaux. Quand une "autorité" est incapable de gouverner on la remplace, donc s'il vous plaît avant qu'il ne soit trop tard, faites apparaître les mots magiques dans votre discours: LEGISLATIVES ANTICIPEES SOUS SUPERVISION INTERNATIONALE ! Et accompagnez cette exigence d'un ultimatum clair, précis, réaliste et non prolongeable, par exemple six mois, mais pas "un mois ou un mois et demi (ou trois mois...)" avec menace de sanctions généralisées en cas de non-respect de cet engagement. Et laissez notre "autorité" former le gouvernement qu'elle veut (ou ne pas en former du tout) du moment que la date sur les législatives anticipées est respectée. "Tu veux la paix prépare la guerre". La seule façon d'épargner au Liban la disparition ou la guerre civile c'est de se résoudre à manier le bâton avant qu'il ne soit trop tard.

Citoyen libanais

07 h 52, le 28 septembre 2020

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Commentaires (2)

  • Allons donc Mr Macron arrêtez de faire vous-mêmes des compromis puisque vous dénoncez à juste titre ce penchant chez Hariri et agissez avant que la pourriture de la situation entraînée par ces compromis incessants oblige réellement le pays à endurer une guerre civile pour se débarrasser des imposteurs de l'Axe des feux d'artifice illégaux et de leurs gros et petits poissons locaux. Quand une "autorité" est incapable de gouverner on la remplace, donc s'il vous plaît avant qu'il ne soit trop tard, faites apparaître les mots magiques dans votre discours: LEGISLATIVES ANTICIPEES SOUS SUPERVISION INTERNATIONALE ! Et accompagnez cette exigence d'un ultimatum clair, précis, réaliste et non prolongeable, par exemple six mois, mais pas "un mois ou un mois et demi (ou trois mois...)" avec menace de sanctions généralisées en cas de non-respect de cet engagement. Et laissez notre "autorité" former le gouvernement qu'elle veut (ou ne pas en former du tout) du moment que la date sur les législatives anticipées est respectée. "Tu veux la paix prépare la guerre". La seule façon d'épargner au Liban la disparition ou la guerre civile c'est de se résoudre à manier le bâton avant qu'il ne soit trop tard.

    Citoyen libanais

    07 h 52, le 28 septembre 2020

  • Macron critique Hariri mais fait exactement comme lui: il dénonce en paroles les imposteurs de l'Axe mais en actes ne cesse de leur envoyer des carottes. Prolonger le délai de façon vague de quatre à six semaines, c'est encore une carotte supplémentaire. « Les sanctions ne sont pas le bon instrument à ce stade. Je n’exclus rien, mais je pense que cela ne répond pas actuellement au besoin qui est le nôtre de faire de la politique » -> Et bien si je pense que cela peut répondre exactement au besoin de faire de la politique.. Les sanctions sont un moyen comme un autre d'arriver à un objectif politique. "Emmanuel Macron a jugé que faute d’un accord sur les bases évoquées en août, le Liban risquait soit la « guerre civile », soit de continuer de s’enliser avec un gouvernement de « profiteurs »". Encore le syndrome de la guerre civile qui justifie toutes les compromissions, exactement comme le fait Hariri. Mr Macron ces 7 semaines depuis l'explosion ont déjà largement montré que les "autorités" libanaises étaient incapables de gouverner le pays, que voulez-vous de plus ? Ils n'ont même pas pu constituer un gouvernement. A quoi bon un délai supplémentaire ? Trouver un Diab-bis plus malléable que Adib ? Mais un gouvernement à la Diab à déjà montré son incompétence par A + B. Alors pourquoi attendre encore 4 à 6 semaines ? Un pari sur l'élection de Biden, la levée des sanction américaines contre l'Iran, et que l'Iran vous récompense sur le marché de l'or noir de l'avoir ménagé ?

    Citoyen libanais

    07 h 42, le 28 septembre 2020