Rechercher
Rechercher

Environnement

Un rationnement inexpliqué en eau dans le Mont-Liban

Les écologistes se demandent si ce rationnement sévère viserait à remettre sur le tapis le projet controversé du barrage de Bisri.

Un rationnement inexpliqué en eau dans le Mont-Liban

Gaspillage de dizaines de mètres cubes d’eau tous les jours, à cause d’un tuyau défectueux à Roueisset el-Ballout.

L’alimentation en eau de plusieurs quartiers du caza de Baabda est très inégale depuis quelque temps au grand dam des habitants, déjà affectés par la crise économique et financière, qui se voient contraints d’acheter régulièrement de l’eau, alors qu’ils pourraient s’en passer pour peu que l’Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban mette en marche les stations de Roueisset el-Ballout (caza de Baabda) et du secteur de Galerie Semaan (banlieue sud).

« Cela fait plusieurs jours que je n’ai pas d’eau chez moi », soupire une habitante de Hazmieh qui souhaite garder l’anonymat. « La municipalité n’a pas pu m’expliquer s’il s’agissait d’une panne ou d’un manque habituel en eau en cette période de l’année », ajoute-t-elle. Installée à Mar Takla, Micheline se plaint pour sa part de ce que l’eau est fournie au quartier trois heures seulement toutes les quarante-huit heures.

Il en va de même dans la banlieue sud, où ce sont surtout les secteurs de Galerie Semaan, Sainte-Thérèse et Kafa’ate qui semblent les plus affectés. Rima Nasrallah, habitante de Kafa’ate, dénonce un rationnement qui s’est durci ces derniers temps. « J’habite ici depuis 2007. Au départ, j’achetais de l’eau une à deux fois par semaine. Il y a trois ans, les coupures sont devenues tellement fréquentes que j’ai commencé à faire appel aux camions-citernes tous les deux jours. C’est devenu pire dernièrement. Parfois, je dois attendre de rentrer au village pour laver mon linge sale car les autorités ne nous fournissent pas d’eau. Quant à celle que nous achetons, elle est souvent sale et salée », assure-t-elle.

La station de Roueisset el-Ballout n’a pas encore été mise en marche cette année. Photos LEM

Remettre le projet de Bisri sur le tapis ?

La question est donc de savoir pourquoi, face à ce rationnement, les turbines des stations de Roueisset el-Ballout et du secteur de Galerie Semaan ne sont pas mises en marche.Des militants du Mouvement écologique libanais (Lebanon Eco Movement-LEM, qui regroupe plusieurs ONG environnementales) se demandent ainsi si l’Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban ne serait pas en train de délibérément maintenir fermées les turbines des deux stations. Des questions qu’ils ont soulevées dans une publication postée il y a deux jours sur les réseaux sociaux et dans laquelle ils laissent entendre que le but serait de pousser les habitants de la capitale à réclamer la reprise de la construction du barrage controversé de Bisri.

« Les turbines de Roueisset el-Ballout sont normalement mises en marche à la fin de l’été, lorsque la source de Delbé commence à tarir. Elles permettent de pomper et de distribuer de l’eau souterraine », explique à L’Orient-Le Jour un militant écologiste membre du LEM, sous le couvert de l’anonymat. « Or cette année, elles n’ont pas encore été activées, ce qui nous a poussés à nous poser des questions », ajoute-t-il.

Pour mémoire

Gestion de l’eau au Liban : des efforts, de l’argent, des résultats décevants


LEM a publié, il y a quelques jours sur les réseaux sociaux, des photos de la station fermée de Roueisset el-Ballout ainsi que des vidéos d’un tuyau défectueux de la station qui laisse échapper des flots d’eau, entraînant ainsi un gaspillage considérable et incompréhensible. « Pourquoi la station de Galerie Semaan qui dessert une partie de la banlieue sud est-elle également à l’arrêt ? Est-ce pour que les gens commencent à protester à cause de la difficulté à obtenir de l’eau courante et pour qu’on remette le projet du barrage de Bisri sur le tapis ? » se demande le militant.

Les travaux pour le barrage de Bisri, situé dans une belle vallée entre Jezzine et le Chouf et conçu pour alimenter Beyrouth en eau, ont été suspendus après l’annulation, au début du mois, du financement du projet par la Banque mondiale, après un bras de fer qui a duré des années entre des activistes opposés au projet et l’État. Après l’annonce de la suspension du projet, des députés du Hezbollah avaient dénoncé une volonté d’« assoiffer » la banlieue sud.

Contacté par L’OLJ, Jean Gebran, directeur de l’Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban, rejette les propos des écologistes et assure que les turbines seront bientôt activées à Roueisset el-Ballout. « Leurs allégations sont fausses. Les turbines fonctionnent normalement à partir de fin septembre ou début octobre. Elles seront donc activées dans les prochains jours », assure-t-il. Quant à la station de Galerie Semaan, elle serait tout simplement hors service à cause d’une panne technique impossible à réparer avec l’inflation qui plombe le Liban. « Le moteur est en panne depuis 10 jours dans cette station. Les réparations doivent être payées en dollars. Or l’administration ne règle qu’en livres libanaises, ce qui complique les choses. Nous essayons de voir si une ONG peut nous aider à financer ces réparations », confie M. Gebran. Il dément par ailleurs toute corrélation entre ces pénuries en eau courante et une quelconque pression en faveur du barrage de Bisri. « Nous faisons tout pour assurer de l’eau courante aux ménages », assure-t-il, avant d’ajouter : « Le barrage de Bisri nous aurait permis de le faire. »

« La stratégie de Bassil a échoué »

« Ils ne pourront pas reprendre les travaux à Bisri, assure pour sa part le militant interrogé par L’OLJ. Le Liban a assez de réserves souterraines pour subvenir à ses besoins. » Et l’activiste d’appeler « à éviter de désigner un proche du Courant patriotique libre (qui défend le projet de Bisri) à la tête du ministère de l’Énergie dans le prochain gouvernement ». « Il faudra un ministre indépendant qui puisse mettre en place une nouvelle stratégie pour l’acheminement de l’eau à Beyrouth. La stratégie de Gebran Bassil (chef du CPL et ancien ministre de l’Énergie, entre autres) a échoué. On a besoin d’une stratégie durable », explique le militant. « Si Bisri va être construit, il ne sera pas prêt avant 20 ans », rappelle-t-il.


L’alimentation en eau de plusieurs quartiers du caza de Baabda est très inégale depuis quelque temps au grand dam des habitants, déjà affectés par la crise économique et financière, qui se voient contraints d’acheter régulièrement de l’eau, alors qu’ils pourraient s’en passer pour peu que l’Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban mette en marche les stations de...

commentaires (1)

Nous commençons à savoir que tous les responsables dans ce pays inventent tous les prétextes possibles pour justifier les manquements et la corruption. C'est facile de la part du directeur de l'Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban d'évoquer un manque de dollars pour justifier un retard de réparation, mais ainsi il se décharge du problème...! Et nous...on peut rêver de quelques gouttes d' eau...d'ici fin septembre, ou à la prochaine pluie... - Irène Saïd

Irene Said

11 h 48, le 26 septembre 2020

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • Nous commençons à savoir que tous les responsables dans ce pays inventent tous les prétextes possibles pour justifier les manquements et la corruption. C'est facile de la part du directeur de l'Office des eaux de Beyrouth et du Mont-Liban d'évoquer un manque de dollars pour justifier un retard de réparation, mais ainsi il se décharge du problème...! Et nous...on peut rêver de quelques gouttes d' eau...d'ici fin septembre, ou à la prochaine pluie... - Irène Saïd

    Irene Said

    11 h 48, le 26 septembre 2020