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Diplomatie

Macron, meilleur ennemi d'Erdogan en Méditerranée

Pour Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, l'escalade entre les deux dirigeants relève surtout de la "gesticulation".

Macron, meilleur ennemi d'Erdogan en Méditerranée

Le président français Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan au sommet de l'OTAN à Londres le 4 décembre 2019. Photo AFP/Christian HARTMANN

Entre échanges d'amabilités, démonstrations de force et rodomontades, le bras de fer entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan atteint des sommets qui ont pris de cours les Européens et alimentent la rhétorique jusqu'au-boutiste du dirigeant turc. Au fil de l'été, le conflit gréco-turc autour des réserves gazières en Méditerranée a fini par tourner au "feuilleton" franco-turc, rythmé par les invectives de l'un et les accusations de l'autre.

Un coup de fil entre les deux hommes mardi soir a semblé mettre un peu d'huile dans les rouages, mais les communiqués publiés à l'issue n'ont pas pour autant laisser transparaître un franc réchauffement.

Au fil des semaines, le président Erdogan a fait feu de tout bois face à son homologue français: "Ambitieux incapable", "cupide et incompétent", tenant de "l'ordre colonial", prompt à "faire le spectacle devant les caméras". Plus policé mais tout aussi cinglant, Emmanuel Macron lui a reproché une "responsabilité historique et criminelle" en Libye et un "expansionnisme" à tout-va en Méditerranée orientale.

Pour Bertrand Badie, professeur à Sciences Po, l'Institut d'études politiques de Paris, cette escalade entre les deux dirigeants, devenus le meilleur ennemi l'un de l'autre, relève surtout de la "gesticulation". "Erdogan n'est pas en bonne posture politique dans son pays, il a besoin de pomper dans le réservoir nationaliste, d'utiliser une stratégie victimaire pour se refaire une santé", relève-t-il.

"Punching ball"
Ankara crie à l'injustice devant le partage des eaux territoriales, régi par la Convention des Nations unies dite de Montego Bay, qui donne l'accès de gisements gaziers à la Grèce tout près des côtes turques. A l'autre bout du continent, "le vieux rêve d'Emmanuel Macron c'est d'être le leader de l'Europe, d'apparaître comme son porte-étendard, sa figure de proue", poursuit Bertrand Badie. En se rangeant démonstrativement au côté de la Grèce, membre de l'Union européenne, et en déployant avions de chasse Rafale et bâtiments de guerre dans la zone, le président français offre un "punching ball idéal" à son homologue turc, volontiers "boutefeu" et "provocateur", estime-t-il.

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L'affaire a pris un tour militaire en juin lorsque Paris a accusé un bâtiment turc d'avoir pointé ses armes sur une frégate française. Côté militaire, on préfère néanmoins temporiser. "Il y a le sujet politique et le sujet militaire. On ne peut pas dire qu'à la mer, il y ait une agressivité excessive", observe une source française.

Le ton s'est quelque peu apaisé à l'approche du sommet européen censé acter un retour à la négociation entre Grèce et Turquie ou à défaut de possibles sanctions contre Ankara. Initialement prévu jeudi, il a été reporté à début octobre en raison de l'épidémie de Covid.

"Napoléon de la Méditerranée"
Dans ce contexte, la démonstration de force militaire de la France, qui va aussi vendre des Rafale à la Grèce, a-t-elle influé sur le comportement de la Turquie ? Ali Bakeer, analyste politique basé à Ankara, en doute fort. "La Turquie est déterminée à défendre ses intérêts", pointe-t-il. Selon lui, "elle a plutôt choisi de donner une chance aux efforts de désescalade de l'Allemagne et de l'OTAN pour négocier une solution gagnant-gagnant".

Dans cette affaire, le président Erdogan peut compter sur le soutien de son opinion. "La réaction négative envers les actions françaises a été quasiment unanime", observe Emre Kaya, analyste au centre de réflexion Edam à Istanbul. Avec la perspective d'une négociation, "le président Macron peut maintenant jouer un rôle plus constructif et peut-être même décisif dans cette crise", estime-t-il.

Les manœuvres militaires françaises n'ont pas plus non été du goût de tous en Europe, notamment à Berlin où la chancelière Angela Merkel s'est engagée dans une délicate médiation entre Ankara et Athènes. "Macron, Napoléon de la Méditerranée", titrait début septembre le quotidien Frankfurter Rundchau. "Le gouvernement allemand juge une stratégie d'endiguement de la Turquie peu prometteuse", pointait mardi le journal allemand Handelsblatt. "L'Allemagne a un poids économique, une capacité économique à dissuader les Turcs beaucoup plus importante que ne l'est la démonstration militaire française", a souligné pour sa part Dorothée Schmid, spécialiste de la Turquie à l'Institut français des Relations internationales (Ifri), devant les députés français mi-septembre.


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