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Société

Médecins, pharmaciens et importateurs de médicaments forcés d’organiser le rationnement

Karim Gebara : « Compte tenu du pourcentage de la population vivant désormais sous le seuil de pauvreté, une levée du soutien de la BDL au médicament serait catastrophique. »

Médecins, pharmaciens et importateurs de médicaments forcés d’organiser le rationnement

« Il n’est pas rare de voir en ce moment les patients acheter leurs besoins pour dix ou douze mois », observe Karim Gebara, président du syndicat des importateurs de médicaments. Photo DR

Comme tout le reste, cela s’est produit de façon brutale, empiriquement, sans avertissement et sans le moindre souci de communication avec les intéressés. En quelques brèves lignes publiées dans la presse, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé annonçait que la politique de subvention du blé, des carburants et des médicaments ne pourrait se poursuivre au-delà de trois mois. Certes, il était bon de tirer la sonnette d’alarme et d’avertir que le seuil stratégique des réserves de 17,5 milliards de dollars était sur le point d’être atteint. Mais ne pouvait-on pas ménager un peu plus l’opinion en le lui annonçant ? Toujours est-il que l’annonce de la BDL a provoqué un vent de panique chez les patients et un rush durable et sans précédent sur les pharmacies, dont beaucoup de rayons se sont vidés. De ce délai, un mois environ est passé, et le rush ne se dément pas. Les pharmacies continuent d’être assiégées par des clients qui redoutent soit une rupture de stock, soit un renchérissement des médicaments s’ils cessent d’être subventionnés.Le rush se vérifie chaque jour. Dans une pharmacie très courue du Metn, un homme insistait hier pour que la date d’expiration du médicament qu’il achetait « soit lointaine », afin qu’il lui reste utile après épuisement des boîtes qu’il a déjà achetées. « Il n’est pas rare, en effet, de voir en ce moment les patients acheter leurs besoins pour dix ou douze mois », observe pour L’Orient-Le Jour Karim Gebara, président du syndicat des importateurs de médicaments, pris de court comme tout le monde par la décision.

D’autres acheteurs, des femmes en majorité, s’inquiètent à juste titre en cette chaude matinée de septembre de la disparition prolongée de certains médicaments et du risque de voir leurs prix augmenter excessivement quand ils réapparaîtront. « On n’a pas confiance » est une remarque que l’ont entend quotidiennement, observe le pharmacien de service qui cherche, en vain, à rassurer ses clientes et clients.

Concertations entre importateurs, pharmaciens et médecins

Cette situation d’urgence a poussé les présidents de l’ordre des médecins Charaf Abou Charaf, celui de l’ordre des pharmaciens Ghassan el-Amine et le président du syndicat des importateurs à se concerter. Les trois se sont entendus pour modérer la vente des médicaments, de sorte à assurer aux patients leurs besoins pour un mois. Ce rationnement de la distribution, sont-ils convenus, s’opère à deux niveaux : les livraisons aux pharmacies, qui sont calculées selon les besoins, et la vente au détail.

Mais, improvisé du jour au lendemain, ce rationnement a provoqué une panique chez les clients. Livrés à leur savoir-faire et ayant perdu toute confiance dans l’État, ces derniers ont pris l’habitude de contourner ce rationnement en visitant quatre ou cinq pharmacies, pour constituer leurs stocks personnels.

Pour mémoire

Importations essentielles : la BDL prépare l’après-subventions

« Les médicaments ciblés sont surtout ceux qui sont prescrits pour les maladies chroniques : maladies cardiaques, diabète, maladies du système nerveux », précise M. Gebara ; ce sont ces médicaments-là qui sont en rupture momentanée de stock, sachant que les délais de livraison, après les nouvelles commandes et l’approbation de la BDL, peuvent aller jusqu’à un mois.

« Certes, ajoute-t-il, sur le plan microéconomique, le système mis en place ne peut être équitable et impose des contraintes aux pharmaciens, qui ne peuvent prévoir à l’avance les quantités de médicaments qu’ils vendent, qui sont fluctuantes, et ne connaissent pas nécessairement tous leurs clients, mais sur le plan macroéconomique, ça rationnalise le système de distribution et établit entre les régions une certaine équité. Cela nous donne le temps de placer nos nouvelles commandes. C’est juste une gestion de stocks. »

Mais alors, l’annonce de la baisse des réserves de la BDL était-elle une erreur ? « Je ne peux pas me mettre à la place du gouverneur, mais je sais que le temps de réagir, il était déjà trop tard, reconnaît M. Gebara. Le stock de médicaments d’un mois distribué aux pharmacies s’est épuisé en dix jours » après l’annonce de Riad Salamé.

Le président de l’ordre des pharmaciens, pour sa part, proteste contre ce qui s’est passé, estimant qu’il fallait « une plus grande coordination entre le gouverneur de la BDL et le gouvernement » avant que cette annonce ne soit faite. « Hélas, cette coordination était absente et c’est la population qui en a paye le prix », déplore Ghassan el-Amine.

Désarroi et phobie du manque

En contact direct avec la population, contrairement aux importateurs, les pharmaciens sont plus sensibles au désarroi de leurs clients, confirme le président de l’ordre. « La phobie du manque des patients atteints de maladies chroniques est bien connue, souligne à ce sujet le Dr Charaf Abou Charaf. Ce sont des personnes très vulnérables pour qui la continuité de la disponibilité du médicament compte beaucoup. Ça peut leur créer d’énormes situations d’anxiété. »

« Quoi que nous fassions, c’est mal vu, et c’est normal, surtout quand les gens sont en état d’anxiété », reprend de son côté M. Gebara, qui défend par ailleurs ses pairs contre ceux qui attribuent la rupture de stock à la contrebande et les accusent d’écouler les médicaments subventionnés à l’étranger.

« Les chiffres sont là pour prouver le contraire, s’indigne-t-il. La vente des médicaments entre janvier et juin 2020 a chuté de 10 % par rapport à ce qu’elle était en 2019, preuve que les médicaments ne sont écoulés qu’au Liban. »

Inquiétudes pour le long terme

Tout en défendant la position des importateurs, le responsable s’inquiète quand même pour le long terme. « Nous sommes en train de gagner du temps, admet-il, mais à long terme, il faut trouver une solution. Nous ne pourrons tenir au-delà de huit mois à un an, sans un nouveau gouvernement, un plan de relance et l’arrivée de nouveaux capitaux. »

« Un arrêt de la politique de subvention des médicaments serait fatal pour le système de santé tout entier, met en garde l’importateur, qui rend hommage à la décision prise par le gouverneur de la BDL, et note que 65 % de la facture annuelle des médicaments – qui s’élève à 1 milliard de dollars – est réglée par les tiers payants (Sécurité sociale, coopérative des fonctionnaires, armée et forces de sécurité) et 35 % par les particuliers. Compte tenu du pourcentage de la population vivant désormais sous le seuil de pauvreté, une levée du soutien serait catastrophique.


Comme tout le reste, cela s’est produit de façon brutale, empiriquement, sans avertissement et sans le moindre souci de communication avec les intéressés. En quelques brèves lignes publiées dans la presse, le gouverneur de la Banque du Liban Riad Salamé annonçait que la politique de subvention du blé, des carburants et des médicaments ne pourrait se poursuivre au-delà de trois...

commentaires (1)

il est essentiel de revoir la liste des prduits subventionnes. IILICO. TOUT AUTANT QU'IL EST ESSENTIEL DE FOUTRE EN PRISON -EN ATTENDANR D,ETRE JUGES- TOUT IMPORTATEUR ACCUSE DE RE-EXPORTER CES PRODUITS....

gaby sioufi

10 h 43, le 18 septembre 2020

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Commentaires (1)

  • il est essentiel de revoir la liste des prduits subventionnes. IILICO. TOUT AUTANT QU'IL EST ESSENTIEL DE FOUTRE EN PRISON -EN ATTENDANR D,ETRE JUGES- TOUT IMPORTATEUR ACCUSE DE RE-EXPORTER CES PRODUITS....

    gaby sioufi

    10 h 43, le 18 septembre 2020