Des Vénézuéliens font face à une inflation monstre en faisant leurs courses au marché municipal de Chacao à Caracas, alors que le pays traverse la pire crise économique de son histoire récente. Federico Parra/AFP
En pleine pandémie, les Vénézuéliens sont lancés dans une course contre la montre : la valeur de leur monnaie, le bolivar, s’effondre, les poussant à « acheter n’importe quoi », plutôt que de voir leur pouvoir d’achat s’effriter, et à se réfugier dans le dollar. Les Vénézuéliens ont beau être habitués aux pourcentages à cinq chiffres, chaque mois l’annonce du taux d’inflation du mois précédent est accueillie avec effroi. Pour preuve : entre juillet 2019 et juillet 2020, les prix ont augmenté de 4 099 %, selon le Parlement où l’opposition au président socialiste Nicolas Maduro a la majorité. Depuis janvier, le bolivar a perdu 77,9 % de sa valeur.
Cette crise de confiance dans la monnaie est alimentée par la pire crise économique de l’histoire récente du Venezuela. Son produit intérieur brut s’est réduit de moitié entre 2013 et 2019. Sa principale source de revenus, le secteur pétrolier, est à genoux et fait l’objet de sanctions américaines draconiennes. Le déficit se creuse et pour tenter de le combler, la planche à billets est en surchauffe. Résultat : la monnaie ne vaut plus grand-chose et l’inflation galope.
Salaires et pensions versés en bolivars n’augmentent pas au même rythme. Nicolas Maduro décrète des augmentations du salaire minimum plusieurs fois par an mais les Vénézuéliens dépendant du bolivar n’y arrivent pas. Comme Delia Hernandez, 58 ans, retraitée de l’Éducation nationale à Caracas. Elle perçoit l’équivalent de 3,20 dollars par mois. La seule solution pour ne pas voir son argent fondre : le dépenser. « Dès que l’argent m’est versé, je vais m’acheter n’importe quoi, de la farine de maïs ou du savon... », dit-elle.
Inflation en dollars
Les billets de bolivars ont quasiment disparu de la circulation. La plus grande dénomination, celle de 50 000 bolivars, ne permet plus d’acheter grand-chose quand un paquet de lessive coûte près d’un million de bolivars (3 dollars). Les transactions se passent désormais quasi uniquement à travers le « punto », un système de paiement par carte de débit. Mais, prévient l’économiste Henkel Garcia du cabinet Econometrica, le récent processus de dollarisation de l’économie suppose aussi un « réajustement » des prix exprimés dans la monnaie américaine.
Si un prix en dollars au Venezuela était jadis relativement bas par rapport à son prix à l’étranger, le prix demandé au Venezuela va augmenter pour s’établir à un niveau « international ». En clair : l’inflation en dollars est une réalité.
Le cabinet Ecoanalitica estime qu’en 2020 70 % des transactions auront été réalisées en dollars. Un phénomène qu’a salué Nicolas Maduro fin 2019, allant jusqu’à « remercier Dieu pour la dollarisation ».
Reste que seuls 15 % des 30 millions de Vénézuéliens ont accès régulièrement au dollar et 35 % un accès occasionnel, selon Ecoanalitica.
Andrea TOSTA/AFP

