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Point de vue

Pour des sanctions internationales contre les dirigeants libanais

Pour des sanctions internationales contre les dirigeants libanais

Le président français Emmanuel Macron rencontrant les dirigeants de partis politiques libanais à la Résidence des Pins, le 2 septembre 2020. Photo d’illustration tirée du compte Twitter d’Emmanuel Macron

Appauvri, ruiné, détruit, le Liban n’est plus un pays au sens politique du terme. État failli, il a été démembré par les seigneurs de la guerre civile pour servir leurs parrains régionaux et faire main basse sur l’argent public. Le Liban n’est plus un État, c’est une pièce sur l’échiquier régional et une source de financement pour les mafieux qui le dirigent.

Dans ce spectacle de disparition annoncée de État libanais, une des armes qui peut encore sauver le pays : l’adoption et l’application des sanctions à l’encontre des dirigeants politiques corrompus et les responsables de la destruction de la capitale, mais à la seule condition qu’elles servent les intérêts du Liban, pas ceux des acteurs internationaux.

Réticences injustifiées

À ceux qui, hypocritement, crient à l’internationalisation du dossier libanais, il faut rappeler que le Liban est depuis 50 ans un pays ouvert à toutes les dominations étrangères et qu’après l’OLP, Israël puis la Syrie, c’est aujourd’hui au tour de l’Iran de jouer un rôle prépondérant aux dépens de la souveraineté de l’État libanais. À ces souverainistes de façade, nous rappelons qu’ils ont été les artisans des multiples ingérences en s’alignant sur tel ou tel pays depuis des décennies. C’est bien justement pour sanctuariser le Liban que le Bloc national a été le premier à appeler de ses vœux, dès les années 1960, l’envoi d’une police internationale (préfigurant la Finul) pour éviter que le Liban soit entraîné par une décision prise ailleurs dans une guerre contre Israël et qu’il a été le seul parti à refuser les accords du Caire qui ont légalisé la présence militaire palestinienne au Liban.

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Et à ceux qui prétendent que les dirigeants politiques ont été démocratiquement élus, il faut rappeler que c’est par l’intimidation, la violence politique, l’achat des voix avec l’argent des puissances régionales et en attisant la peur de l’autre qu’ils ont gagné leurs sièges au Parlement. Cette fausse légitimité a été dénoncée dès la révolte du 17 octobre par une majorité de Libanais. Libérés de la peur de s’exprimer, ils ont entamé une révolte citoyenne pour un État de droit, civil et démocratique. La crise économique, la répression féroce exercée par les forces de l’ordre et par les milices de certains partis au pouvoir et l’explosion apocalyptique du 4 août ont certes fait reculer les manifestations. Mais la révolte demeure dans le cœur et les esprits des citoyens. Plus rien ne pourra éteindre cette flamme qui brûle dans leurs cœurs.

Dans ce contexte, la justice libanaise phagocytée, soumise et paralysée par la classe politique, n’a pas l’indépendance et les moyens nécessaires pour juger les dirigeants. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de se tourner vers la communauté internationale, comme l’a fait dans un autre contexte Raymond Eddé (ancien « Amid » [doyen] du Bloc national), pour accomplir une autre tâche que les autorités locales sont incapables de faire : juger ceux qui ont ruiné le pays et détruit sa capitale indépendamment de leurs affiliations politiques.

Chimiothérapie politique

Renoncer aux sanctions pour faciliter la formation d’un nouveau gouvernement ou réussir la médiation américaine sur les frontières maritimes avec Israël (qui viole tous les jours notre souveraineté dans l’impunité et le silence de la communauté internationale) serait une trahison pour le Liban. Certes, la formation d’un gouvernement et l’adoption de certaines réformes constitueraient un succès pour la diplomatie française. De même, un accord sur les frontières maritimes constituerait un succès pour la diplomatie américaine. Mais cela ne fera que retarder la chimiothérapie politique dont le Liban a besoin pour se débarrasser de ses dirigeants politiques et des problèmes endémiques de corruption et de soumission aux acteurs régionaux.

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L’explosion du 4 août doit être un tournant historique et non pas un nouveau rafistolage. La matière explosive qui a soufflé la capitale et détruit des quartiers entiers était entreposée depuis sept ans au port de Beyrouth au vu et au su des partis au pouvoir qui par ailleurs le reconnaissent officiellement. L’indifférence, l’incompétence et la négligence des responsables libanais ont atteint des sommets. Il s’agit tout simplement d’un crime contre l’humanité.

Au nom de la défense des droits de l’homme et de la Charte des Nations unies, la communauté internationale a un devoir d’ingérence en utilisant toute la palette d’outils juridiques et pénaux dont elle dispose pour sanctionner les auteurs de ce crime et de la faillite de l’État. Il faut que la justice soit rendue de façon rapide, impartiale et au seul bénéfice des Libanais.

La stabilité du Liban n’est pas seulement une nécessité libanaise. C’est une nécessité régionale, européenne et universelle. Ce n’est qu’en allant jusqu’au bout dans l’application des sanctions individuelles contre les dirigeants libanais selon des critères objectifs et sans discrimination politique que les puissances internationales pourront mettre un terme à la corruption et accélérer le renouvellement d’une classe politique qui a systématiquement détruit son propre pays.

Et ainsi offrir au Liban les fondations d’un nouveau centenaire.

Par Pierre ISSA

Secrétaire général du Bloc national.


Appauvri, ruiné, détruit, le Liban n’est plus un pays au sens politique du terme. État failli, il a été démembré par les seigneurs de la guerre civile pour servir leurs parrains régionaux et faire main basse sur l’argent public. Le Liban n’est plus un État, c’est une pièce sur l’échiquier régional et une source de financement pour les mafieux qui le dirigent.

Dans...

commentaires (19)

La communauté internationale ne veut pas intervenir, ni pour aider le Liban, ni pour arrêter les pilleurs, ni pour les sanctionner. Les grandes puissances les ont laissé ruiner ce pays afin de le mettre à genoux et lui faire accepter ensuite toutes les conditions qu'elles lui poseront: naturalisation des réfugiés palestiniens et de certains réfugiés syriens, acceptation d'un tracé des frontières maritimes dessiné dans l'intérêt d'Israël etc... Rien donc à attendre de l'extérieur. Seul un sursaut interne pourra faire pencher la balance.

Georges Airut

01 h 50, le 19 septembre 2020

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Commentaires (19)

  • La communauté internationale ne veut pas intervenir, ni pour aider le Liban, ni pour arrêter les pilleurs, ni pour les sanctionner. Les grandes puissances les ont laissé ruiner ce pays afin de le mettre à genoux et lui faire accepter ensuite toutes les conditions qu'elles lui poseront: naturalisation des réfugiés palestiniens et de certains réfugiés syriens, acceptation d'un tracé des frontières maritimes dessiné dans l'intérêt d'Israël etc... Rien donc à attendre de l'extérieur. Seul un sursaut interne pourra faire pencher la balance.

    Georges Airut

    01 h 50, le 19 septembre 2020

  • Si la communauté internationale voulait vraiment nous aider elle aurait déclenché des poursuites judiciaires sans l’accord de l’état libanais puisque celui là même est le voleur et le destructeur et aurait gelé tous les montants bloqués dans leurs banques pour les rapatrier au Liban après avoir jugé pour crime contre l’humanité et abus de pouvoir tout le régime à commencer par le chef de l’état qui n’est autre que l’exécutant des vendus qui ont détruit notre pays et le facilitateur de leur complot contre ce pays qu’il gouverne.

    Sissi zayyat

    22 h 44, le 11 septembre 2020

  • il ne faut plus attendre que la communauté internationale vient sauver les libanais , quand las libanais parlent des corrompus ou des voleurs surtout pour les nommer il reste anonyme , pourtant tout le monde les connait ces corrompus ces voleurs mais ils nous font peur ils peuvent devenir violents et méchants , dans ce cas il faut rester chez soi et se sous mettre comme la majorité des libanais au nom de la communauté ou je ne sais pas quoi.

    youssef barada

    15 h 18, le 11 septembre 2020

  • Et ces pauvres libanais qui deviennent des clandestins comme les africains , vous ne pensez pas , honte à vous ce beau pays, quelle décadence

    Eleni Caridopoulou

    17 h 47, le 07 septembre 2020

  • Ce qui est dérangeant dans les textes des dirigeants du Blic national, c’est qu’ils ignorent le Hezbollah . Calcul politique ? Dommage pour leur crédibilité car le reste est juste.

    Saleh Issal

    14 h 01, le 06 septembre 2020

  • Ecrivez tout cela mais entre temps un leader de Gaza rencontre Nasrallah pour lui expliquer comment lancer des ballons incendiares ou porteur de bombes contre les habitants du nord d'Israel et de coordonner avec lui la prochaine intervention de hezballah contre Israel a la prochaine guerre entre Gaza et ,Israel Israelviole tous les jours notre souveraineté dans l’impunité et le silence de la communauté internationale) AU MOINS RECONNAISSONS QU'ELLE VIOLE L'ESPACE AERIEN POUR S'ATTAQUER A LA SYRIE ET PAS AU LIBAN ) LA VERITE DESARMER AVEC LA CLAUSE 7 LES MILICES DE HEZBALLAH, METTEZ DES SANCTIONS INTERNATIONALES CONTRE TOUS NOS DIRIGEANTS ET BLOQUER LEURS FONDS DANS LE MONDE ENTIER. DEUXIEME SOLUTION LAISSER L'ARMEE FAIRE SON DEVOIR DE SOUTENIR LA POPULATION ET NE PAS L'UTILISER A PROTEGER LE PARLEMENT OU LES LEADERS DU PAYS, EN TIRANT OU EN LAISSANT TIRER SUR LES MANIFESTANTS DES BALLES REELLES IL FUT UN TEMPS OU UN GOUVERNEMENT DE SEULEMENT 4 MINISTRES A REUSSI A SAUVER LE PAYS , NUL BESOIN DE 22 OU 24 COMME CERTAINS LE DEMANDE AUJOURDH'UI POUR CONTINUER A METTRE LA MAIN SUR LES AIDES ATTENDUS MERCI MONSIEUR ISSA POUR VOTRE ARTICLE TRES CLAIR

    LA VERITE

    13 h 53, le 06 septembre 2020

  • Merci de crier et d'écrire ce que beaucoup pense. Merci de tout faire pour mettre cette classe politique hors de nuire encore plus et trouver le moyen de les juger et de leur faire payer leur crime

    Georges Zehil Daniele

    21 h 17, le 05 septembre 2020

  • Net clair et precis. Bravo .

    Antoine Sabbagha

    20 h 55, le 05 septembre 2020

  • bravo bravo pierre issa

    Souraya Fakhoury

    20 h 35, le 05 septembre 2020

  • !bravo all true what he said !!

    Souraya Fakhoury

    20 h 32, le 05 septembre 2020

  • "... depuis 50 ans un pays ouvert à toutes les dominations étrangères et qu’après l’OLP, Israël puis la Syrie" : je dirai plutôt Israël ET la Syrie.

    DJACK

    20 h 23, le 05 septembre 2020

  • Et entretemps, vous avez Hasniyeh du Hamas qui est en visite officielle au Liban. Non mais rien ne va changer dans cette republique bananiere!

    IMB a SPO

    18 h 16, le 05 septembre 2020

  • Attendre avec anxiété la formation Ministérielle proposée par le nouveau Premier Ministre nommé par Papa Hezbollah et Maman Amal avec la bénédiction Présidentielle ainsi que celle de son Gendre . Libanais ne vous précipitez dans des appréciations prématurées . " Wait and See "

    DRAGHI Umberto

    17 h 34, le 05 septembre 2020

  • pourquoi le Liban serait il exempté de justice internationale ? d'autant qu' il demande de l'aide aux nations ! donne ,donne ,mais ne mets surtout pas ton nez dans mes affaires? qui dit mieux? J.P

    Petmezakis Jacqueline

    16 h 19, le 05 septembre 2020

  • Internationalisation est un terme vague. Après le 4 Août 2020, aucune confiance dans les dirigeants des structures de l'état. Le pays ne peut plus continuer comme avant. Une solution urgente est demandée avec l'aide des Nations Unies, pour instaurer une vraie démocratie protégée jusqu'à devenir mûre, puis indépendante.

    Esber

    11 h 50, le 05 septembre 2020

  • POUR LEUR DEGAGEMENT, JUGEMENT ET CONDAMNATION AVEC RETOUR DES MONTANTS VOLES. PLUS DE CLIQUES MAFIEUSES POUR GOUVERNER LE PAYS NI DE MERCENAIRES A LA SOLDE DE L,IRAN OU TOUT AUTRE PAYS.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 07, le 05 septembre 2020

  • Il semble que la solution preconisee est peut-etre le seul espoir qui nous reste. Mais sa realisation est malheureusement difficile, car la milice sectaire armee et les politiciens corrompus et vereux de tout bord, ont conclu une 'association de malfaiteurs" . A moi les armes et la politique et a vous le vol et les rapines. Le locataire de Baabda qui promettait un debat national sur la strategie de defense est muet comme une carpe. Forcement, lui son gendre et ce qui reste de ses fideles, profitent honteusement de cet accord lethal pour notre pays. Si la solution de M. Issa devait etre trop difficile a realiser, seule la colere de la rue sera capable de chatier ces bandits et de leur faire payer leurs crimes contre notre pays

    Goraieb Nada

    09 h 18, le 05 septembre 2020

  • Même si votre article est légèrement biaisé pour faire l’éloge de Raymond Eddé et du Bloc National, il n’en demeure pas moins que son essence est conforme à la réalité. Ce dont je suis moins sûr est qu’une grande partie de la population libanaise, toutes confessions confondues, continue à suivre aveuglément ses chefs politiques que vous appelez à sanctionner et qu’en cas de nouvelles élections, ces mêmes chefs reviendront même si légèrement affaiblis. Le plus déroutant est que chacun de ces chefs politiques crie haut et fort qu’il veut combattre la corruption, c’est à se demander qui sont donc les corrompus?

    Liberté de Penser

    09 h 06, le 05 septembre 2020

  • “... Au nom de la défense des droits de l’homme et de la Charte des Nations unies, la communauté internationale a un devoir d’ingérence...” Entièrement d’accord! D’autant plus que cette même communauté internationale est elle-même aussi en partie responsable du saignement à blanc du peuple libanais ayant facilité la tâche aux mafieux en leur permettant de déposer chez eux l’argent sale extorqué à l’Etat libanais!

    Fady Abou Hanna

    00 h 18, le 05 septembre 2020