Une grande dame de chez nous, madame Yvonne Sursock
Cochrane, vient de nous quitter, en laissant un grand vide, et une amertume dans nos cœurs.
Elle nous quitte en ces moments si durs que notre pays, le Liban, qu’elle a beaucoup aimé, et à qui elle a tant donné, traverse.
Lady Cochrane, vraie Lady dans tous les sens du terme, admirative des belles maisons libanaises traditionnelles, ces trésors, ces bijoux d’architecture, comme elle disait dans ses nombreuses conférences, la portèrent, encore jeune femme, à créer en 1960, avec ses deux amis et grandes personnalités, Assem Salam et Camille Aboussouan, l’Apsad (Association pour la protection des sites et anciennes demeures), dont elle fut la présidente jusqu’en 2002.
Elle a tout fait, à travers l’Apsad, pour leur préservation, en dépit des obstacles de tout genre : avidité des promoteurs et des propriétaires, ignorance, inconscience, guerre civile, reconstruction, en l’absence d’un État capable et d’une administration intègre.
Lady Cochrane, avec une volonté de fer, a dû mener un combat féroce, à tous les niveaux, et tout le long de ces longues années, avec toujours la même passion.
La liste des réalisations est longue, autant pour les anciennes demeures que pour les sites, les villages et notre patrimoine sur tout le territoire.
L’ironie du sort a voulu que la dernière catastrophe, celle du port, qui s’est abattue sur nous et détruit Beyrouth, a touché de plein fouet et durement, entre autres anciennes demeures, le palais Sursock, la belle et ancienne demeure de celle qui a voué sa vie à leur préservation !
La chère Lady Cochrane a été blessée, mais n’allez pas croire que ce coup si dur aurait pu être la cause de son décès. Non, c’est ne pas la connaître que de croire que cette dure épreuve l’aurait abattue ; de l’hôpital et à peine sortie de la salle d’opération elle a rassuré sa fille : « Ne t’en fais pas, Isabelle, tout va bien, on va arranger la maison, etc. »
Et si à la suite du cataclysme, on voit, un petit peu rassurés, tout l’intérêt porté à la restauration et la préservation des anciennes maisons touchées, c’est grâce à toi, chère et grande dame.
Chère madame Cochrane, avec des larmes aux yeux, que je n’arrive pas à retenir, je te dis adieu, en regrettant de n’avoir pas eu le temps, comme je m’étais promis d’aller te voir à Sofar, pour me ressourcer, comme chaque fois que j’allais te voir, et pour passer un moment si agréable et si riche en ta compagnie.
Tu nous manques déjà, tu vas manquer au Liban, tu resteras, seulement, à jamais dans notre pensée, dans notre mémoire.
Tu resteras un exemple à suivre pour tous ceux qui veulent servir et défendre leur patrimoine et leur pays.
Nous avons pas mal de personnes et d’associations écologiques au Liban, mais de vrais militants, combatifs et passionnés pour la cause, de ta trempe, je n’en ai pas vu beaucoup.
Va en paix, chère Lady
Cochrane, veille sur nous et sur notre pauvre pays, de là où tu es. Telle une étoile lumineuse continue à nous guider, nous écologistes, à marcher sur tes pas sur le chemin que tu nous a tracé.


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