Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Ratissage des rats

Venez, venez, bonnes gens !

Librement inspirée du Libanoroman Le sabotage d’un peuple par des rats, ma pièce comprend, en bonne et due forme, des actes, des strophes, des stances, un prologue, un épilogue incertain mais espéré et quelques remerciements fades dont je me passerais volontiers.

Le ratissage des rats, puisque tel est le nom de ma pièce, vous ouvre grand les bras à des boniments de quelques trentaines d’années, avec comme caractères claniques entre autres, évidemment : corruption, haine, méfiance, concurrence, crimes, ennui (pardonnez-moi, je reprends mon souffle), esclavage, frustration, pauvreté, soumission, habitude, image tarie de soi, et puis encore (je reprends mon deuxième souffle, corona oblige) l’injustice, le mal, le mensonge, la mort, l’indifférence, le plaisir, le sadisme, la traîtrise, la vengeance, l’accusation, et innombrables atermoiements.

Entrez, entrez, bonnes gens ! N’ayez pas peur ! Soyez témoins du déclin d’une civilisation souffrant de syndromite stockholmienne, d’un peuple qui s’abîme dans une quête inespérée de bonheur, se heurtant inexorablement à moult génuflexions.

Résigné, colérique et intrépide, un Mai 68 libanais émergea en octobre 2019, scabreux boomerang à envoyer paître les rats ignobles. Et de se laisser volontiers guider par un esprit nouveau d’une intellgentsia féconde.

Se bornant des années durant à quelques fonctions essentielles – déglutition, digestion, excrétion et zaïmisme –, l’on fut surnommés « La plante ».

Nous assénant de sempiternelles «Tout va très bien Madame la Marquise », les rats n’ont eu de cesse de nous élever au stade supérieur. Vint le moment où la souffrance du peuple fit pale figure : il leur en fallait encore le spectacle…

L’obscurité, la pénurie, les files d’attente aux victuailles, l’humiliation devant les banques… Un assassinat de sang-froid superbement maîtrisé et appuyé par une horde de mécréants vivant dans des hécatombes et scandant encore et toujours le nom du zaïm. Bref, eux au 7e ciel, nous au 7e fiel.

« C’est fini, cowboy, fini, mais rassure-toi, on ne peut pas tomber plus bas », chantait Zazie. Justement, si. Une descente dantesque aux enfers.

Ce mardi 4 août, la réalité a dépassé la fiction (et l’affliction). L’espace de quelques secondes d’apocalypse, Beyroushima m’ôta même l’énergie du désespoir.

S’ensuivit une myriade d’états d’âme implosant dans mes neurones bipolaires.

Au menu : amour, haine, culpabilité, désarroi, vanité, cruauté, délation, calomnie... Suis-je bon ? Suis-je méchant ? Hôpitaux, hémoglobine, mort, non, impossible ! je ne sais plus ! je vous emmerde ! no limits ! n’importe quoi ! Remords, regrets, suicide... Papa va bien ? Maman ça va tout là-haut ? Twix où vas-tu ? Mort lente vs mort rapide avec yeux ouverts.

Je n’y vois rien, je plonge dans cette foule d’idées. Tout ce qui la traverse me traverse. Le comble ? Les tortures sont légion et je voudrais qu’elles ne s’arrêtent pas. Je m’anamorphose en aspirine effervescente se dissolvant dans une lutte acharnée en saveur acide-citron, dans une asphyxie morbide.

Maman me dit un jour : « Il y a toujours un temps, entre une gorgée de morphine et la suivante, où tout homme est aristocrate. » Ce temps est révolu. Les bras de mon peuple meutri se lèvent.

Oui. Nous serons plus monstrueux que vous, plus vils que vous, nous ne vous accorderons pas une miséricorde à la Ceausescu (trop sommaire.) Nous ferons en sorte que vous ne mourriez jamais, du moins que vous agonisiez jusqu’à l’extinction de la Voie lactée.

Vous les rats (je vous vouvoie parce que vous êtes un essaim, et non par respect), écoutez, écoutez-moi bien.

Vous choperez une peste qui finira par vous éliminer lentement, vous serez frappés de consomptions, de brûlures atroces, vous ingurgiterez des colchiques qui auront raison de vos boyaux. Vous serez battus et mutilés devant nous, jusqu’à espérer la consolation de la mort.

Le public vous fera une standing ovation parce que, somme toute, personne ne saura jouer aussi théâtralement que vous. Ma pièce sera merveilleuse, une mise en abyme d’une joliesse orgasmique.

Le public applaudit de plus belle. Tiens, le rideau enfin se lève…

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

Venez, venez, bonnes gens ! Librement inspirée du Libanoroman Le sabotage d’un peuple par des rats, ma pièce comprend, en bonne et due forme, des actes, des strophes, des stances, un prologue, un épilogue incertain mais espéré et quelques remerciements fades dont je me passerais volontiers.Le ratissage des rats, puisque tel est le nom de ma pièce, vous ouvre grand les bras à des boniments de quelques trentaines d’années, avec comme caractères claniques entre autres, évidemment : corruption, haine, méfiance, concurrence, crimes, ennui (pardonnez-moi, je reprends mon souffle), esclavage, frustration, pauvreté, soumission, habitude, image tarie de soi, et puis encore (je reprends mon deuxième souffle, corona oblige) l’injustice, le mal, le mensonge, la mort, l’indifférence, le plaisir, le sadisme, la traîtrise,...
commentaires (1)

on peut toujours rever.... nous n'avons pas un peuple de gens libres mais des vassaux qui suivent aveuglement leurs maitres helas! ca vous choque? prouvez nous et prouvez leur le contraire!

Le Herisson

10 h 12, le 27 août 2020

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • on peut toujours rever.... nous n'avons pas un peuple de gens libres mais des vassaux qui suivent aveuglement leurs maitres helas! ca vous choque? prouvez nous et prouvez leur le contraire!

    Le Herisson

    10 h 12, le 27 août 2020

Retour en haut