Nous recevons d’un lecteur fidèle le texte d’une lettre adressée de Beyrouth par une Libanaise de cœur au père André Guillevic, un Breton habitant à proximité de Notre-Dame de Kerdro, une statue de la Vierge à l’Enfant installée à la pointe de Kerpenhir (Morbihan). Dialogue de deux prières pour le Liban.
« Mon Père, je vous écris de Beyrouth, quelques jours seulement après la terrible explosion qui a ravagé la ville, le 4 août en fin d’après-midi. De là où je suis, dans le quartier chrétien d’Achrafieh, je peux témoigner qu’il n’y a pas un immeuble qui n’ait été atteint ou détruit partiellement ou totalement. Autour de moi, c’est un paysage de désolation comme j’en ai rarement vu, des bâtiments éventrés, des voitures retournées, partout de la poussière, du verre brisé et des habitants choqués, meurtris dans leur corps et dans leur cœur.
« Depuis des mois déjà, la crise économique faisait rage et les Libanais se battaient au quotidien pour vivre, pour survivre dans un pays exsangue où tout était devenu difficile : garder un emploi, acheter de quoi se nourrir, préserver la scolarité et l’éducation des enfants. Le quotidien était devenu un combat pour subsister et garder un peu de dignité dans ce pays mis en faillite par un pouvoir politique incapable et corrompu. Dans sa vague infernale, la crise financière avait emporté les ressources et les économies du pauvre peuple libanais ; dans son souffle meurtrier, l’explosion du port a anéanti en une fraction de seconde leur capitale, et, pour beaucoup d’entre eux, leur ultime bien et leur dernier ancrage : leur maison.Le peuple libanais est seul et il est nu. Il n’a plus rien sinon sa foi magnifique et son formidable courage. Chaque jour depuis le 4 août, j’accompagne mes amis libanais dans leur combat pour survivre. Ils sont d’un courage et d’une solidarité sans égaux. De tout le Liban et de toutes les confessions, j’ai vu des milliers de scouts et de jeunes se mettre en route sans tarder, sans hésiter, munis seulement d’un balai et d’un seau, pour converger vers les ruines et les blessés de leur capitale dans un extraordinaire élan d’unité.
« Le peuple libanais est seul et il est nu, mais il est beau et il est fort. Il est beau par sa générosité, sa solidarité et par tous ces sourires qui, derrière les larmes et sous les regards tristes, témoignent d’une dignité exemplaire face à l’épreuve ; il est fort par ces mains et ces bras qui, sans relâche, consolent, apaisent et viennent en aide aux sinistrés qu’hier ils ne connaissaient pas. Beyrouth aujourd’hui, ce sont ces milliers de jeunes et de scouts venus aider, nettoyer, tenter de sauvegarder un patrimoine en danger, tenter de redresser les maisons, les hôpitaux et quelque 120 écoles détruites pour que, au plus, vite, avant la rentrée, avant l’hiver, ils puissent à nouveau accueillir les familles, les malades, les enfants. Tout autour de moi, je vois l’avenir du Liban se démener pour survivre et rester debout ; tout autour de moi, je vois une jeunesse qui s’accroche et qui espère ; tout autour de moi, je vois le cœur du Liban qui bat encore.
« Mais tout autour de moi, j’entends aussi le peuple libanais pleurer, et hurler son extrême souffrance et sa violente colère contre le sort qui l’accable.
« Le peuple libanais est seul, il est nu, il est beau, il est fort et il souffre comme il a rarement souffert. Il a besoin de nous pour l’aider et pour le consoler. En ce 15 août, devant Notre Dame de Kerdro où, pour la première fois de ma vie, je ne serai pas pour prier avec vous, je confie à vos prières le peuple libanais, et tout particulièrement sa jeunesse, pour qu’elle ne désespère pas et qu’elle garde courage, pour qu’elle prenne en main la reconstruction de sa capitale et le redressement de son pays, pour qu’elle rebâtisse un Liban digne de sa culture, de son histoire, de sa foi, un Liban message d’unité, de dialogue et de paix.
« Je célèbre aujourd’hui la fête de l’Assomption avec les chrétiens d’Orient aux pieds de Notre-Dame du Liban. Sa statue fait face à la mer, elle est tournée vers l’Europe, vers vous, et accueille de ses grands bras ouverts vos prières transmises par les bras puissants de Notre-Dame de Kerdro.
« Notre-Dame du Liban, Notre-Dame de Kerdro, priez pour la jeunesse libanaise. »
Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef