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Monde - Biélorussie

Loukachenko accuse l’opposition de vouloir s’emparer du pouvoir

Les Européens exhortent Poutine à favoriser le dialogue dans le pays.

Loukachenko accuse l’opposition de vouloir s’emparer du pouvoir

Réunies hier devant le centre de détention n° 1 de Minsk, près de 200 personnes ont souhaité un « joyeux anniversaire » en chantant à Sergueï Tikhanovski, 42 ans, mari de l’égérie de l’opposition et détenu depuis le 29 mai pour « troubles à l’ordre public ». Sergei Gapon/AFP

Les dirigeants européens ont appelé hier Vladimir Poutine à faire pression sur le président biélorusse Loukachenko, dont il est un allié essentiel, pour favoriser un dialogue avec l’opposition qui proteste pour la dixième journée consécutive contre les résultats de l’élection présidentielle.

Vladimir Poutine, plus proche partenaire de Minsk et dont l’attitude sera cruciale pour l’issue de la crise, a eu trois conversations téléphoniques séparées avec son homologue français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil européen Charles Michel. M. Macron a appelé Poutine à « favoriser l’apaisement et le dialogue » en Biélorussie tandis que Mme Merkel a souligné que Minsk devait « renoncer à la violence » et entamer un dialogue avec l’opposition. M. Michel a lui appelé à un « dialogue pacifique et véritablement inclusif ».

Le Kremlin a de son côté mis en garde à chaque reprise contre « toute tentative d’ingérence étrangère » en Biélorussie et dénoncé la « pression » exercée contre les autorités de cette ex-république soviétique.

La Biélorussie doit faire l’objet mercredi d’un sommet extraordinaire de l’UE, avec à la clé une extension des sanctions déjà décidées la semaine dernière après la répression des manifestations.

Depuis l’élection contestée du 9 août, la pression ne cesse de monter sur le président Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 1994. Déclaré vainqueur avec 80 % des voix, il fait face à des manifestations quotidiennes et à un mouvement de grève touchant plusieurs industries vitales à l’économie du pays.

Système pourri

Réunies hier devant le centre de détention n° 1 de Minsk, près de 200 personnes ont souhaité un « joyeux anniversaire » en chantant à Sergueï Tikhanovski, 42 ans, mari de l’égérie de l’opposition et détenu depuis le 29 mai pour « troubles à l’ordre public ». Vidéoblogueur en vue, Sergueï Tikhanovski avait fait acte de candidature à la présidentielle et mené campagne contre Alexandre Loukachenko avant d’être remplacé au pied levé par son épouse après son arrestation. En détention provisoire, il encourt plusieurs années de prison. Depuis la Lituanie où elle s’est réfugiée avec leurs enfants, Svetlana Tikhanovskaïa, 37 ans, a dénoncé dans une vidéo publiée sur YouTube les accusations visant son mari comme fabriquées de toutes pièces afin qu’il « se taise et ne participe pas à la campagne électorale ». « Toutes ces injustices flagrantes et cet arbitraire nous montrent comment fonctionne ce système pourri, dans lequel une personne contrôle tout, a déclaré Mme Tikhanovskaïa. Une personne maintient le pays dans la peur depuis 26 ans. Une personne a volé leur choix aux Biélorusses. »

Svetlana Tikhanovskaïa, professeure d’anglais de formation, avait rassemblé des foules de sympathisants à ses meetings et obtenu le soutien d’autres opposants. Elle rejette les résultats officiels donnant Alexandre Loukachenko gagnant et dénonce des fraudes. Après avoir appelé le chef de l’État à abandonner le pouvoir, elle s’est dite lundi prête à gouverner le pays. Un « conseil de coordination » pour la transition du pouvoir a été formé à cet effet par l’opposition.

Le président Loukachenko a accusé hier l’opposition de chercher à s’emparer du pouvoir. S’exprimant devant son conseil de sécurité, M. Loukachenko a déclaré que le « conseil de coordination » créé par l’opposition pour promouvoir une transition politique voulait prendre le pouvoir, selon des propos reproduits par l’agence de presse d’État Belta. « Ils exigent ni plus ni moins qu’on leur transfère le pouvoir. Nous considérons cela sans équivoque, c’est une tentative de prendre le pouvoir avec toutes les conséquences qui en découlent », a déclaré M. Loukachenko. S’adressant aux membres du « conseil de coordination » de l’opposition, parmi lesquels devrait notamment figurer Svetlana Alexievitch, lauréate du prix Nobel de littérature, M. Loukachenko a menacé de « refroidir certaines têtes brûlées ».

Manifestations, grèves, démissions

Après l’élection, quatre soirées de manifestations avaient été matées par la force par la police, faisant au moins deux morts, des dizaines de blessés et plus de 6 700 arrestations. Le ministère de l’Intérieur a fait état mardi d’un troisième décès, un jeune homme heurté par une voiture alors qu’il manifestait. Les personnes détenues ont fait état de passages à tabac et tortures.

Dimanche, l’opposition a organisé le plus grand rassemblement de l’histoire du pays avec plus de 100 000 participants et lancé un appel à la grève qui a été suivi dans plusieurs industries d’importance. Une autre manifestation a été organisée mardi en soutien au théâtre académique d’État de Minsk dont le directeur Pavel Latouchko, également ancien ministre de la Culture, a été limogé pour avoir appelé publiquement à de nouvelles élections et au départ de M. Loukachenko.

Premier diplomate biélorusse à soutenir publiquement les manifestants, l’ambassadeur de Minsk en Slovaquie Igor Lechtchenia a lui annoncé sa démission mardi.

M. Loukachenko, 65 ans, a de nombreuses fois rejeté l’idée d’un départ, assurant encore lundi qu’il ne transmettrait jamais le pouvoir « sous la pression et pas par la rue ». Il a décerné mardi plus de 300 médailles à des membres du ministère de l’Intérieur « pour un service impeccable ».

Source : AFP

Les dirigeants européens ont appelé hier Vladimir Poutine à faire pression sur le président biélorusse Loukachenko, dont il est un allié essentiel, pour favoriser un dialogue avec l’opposition qui proteste pour la dixième journée consécutive contre les résultats de l’élection présidentielle.Vladimir Poutine, plus proche partenaire de Minsk et dont l’attitude sera cruciale pour l’issue de la crise, a eu trois conversations téléphoniques séparées avec son homologue français Emmanuel Macron, la chancelière allemande Angela Merkel et le président du Conseil européen Charles Michel. M. Macron a appelé Poutine à « favoriser l’apaisement et le dialogue » en Biélorussie tandis que Mme Merkel a souligné que Minsk devait « renoncer à la violence » et entamer un dialogue avec...
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