Des fils barbelés installés devant le siège de la Banque du Liban, à Beyrouth. Photo d'archives AFP
La Banque du Liban (BDL) a publié jeudi une circulaire à travers laquelle elle crée « une commission (pour) restructurer le secteur bancaire » libanais. Selon le texte, son rôle va consister à proposer des « modifications de la réglementation prudentielle » (mesures qui requièrent des banques et des institutions financières qu'elles contrôlent les risques et appliquent les exigences relatives aux liquidités). Elle devra également mener une étude évaluant la « performance financière » des banques et proposer les « étapes nécessaires » afin de « sauvegarder le secteur bancaire ».
Cette commission devra rapporter ses propositions au gouverneur de la BDL, Riad Salamé. La circulaire ne contient toutefois aucune information concernant le délai dans lequel cette étude devra être rendue, ni les critères que la commission va prendre en compte pour son évaluation. Elle précise néanmoins la composition de l’instance, qui sera formée du vice-gouverneur de la BDL, Bachir Yakzane, qui sera également le président de cette commission; du directeur du département légal, Pierre Kanaan; de la directrice du département de conformité (compliance), Carine Chartouni; ainsi que des représentants de la Commission de contrôle des banques (CCB), Marwan Mikhayel, Rabih Nehmé, Nouhal Yammout et Nehmat Hantach, et de l’Association des banques au Liban (ABL), Walid Raphaël, Roger Dagher et Alain Wanna. Une source proche du secteur a considéré que l’impartialité de cette commission était loin d’être garantie dans la mesure où tous ses membres sont directement issus du secteur bancaire.
Le gouvernement de Hassane Diab a défini la restructuration du secteur bancaire comme une des priorités dans son plan économique de redressement voté le 30 avril dernier. Le document sert de base aux discussions entamées courant mai avec le Fonds monétaire international (FMI) afin de permettre au pays en crise d’obtenir une assistance financière. Les négociations ont été ralenties par les divergences entre le gouvernement d’une part, les parlementaires alignés sur la position de la BDL et des banques d’autre part, concernant l'approche à privilégier pour évaluer le montant des pertes, un point décisif en ce qui concerne la façon d’aborder la restructuration du secteur financier. Ce blocage dans les négociations et l'absence du lancement de toute réforme a poussé deux négociateurs désignés par l’exécutif, le directeur général du ministère des Finances, Alain Bifani, et Henri Chaoul, financier membre du collectif issu de la société civile Kulluna Irada, à démissionner. Alain Bifani a également démissionné de son poste au ministère qu’il occupait depuis 20 ans. Le gouvernement n’a pas encore accepté sa décision.
Le FMI a lui déclaré à plusieurs reprises que les chiffres du gouvernement étaient globalement dans le vrai. Le ministre des Finances, Ghazi Wazni, qui mène l’équipe de négociateurs libanais avait pour sa part laissé entendre le 15 mai qu’il fallait envisager de réduire de moitié le nombre de banques commerciales au Liban, composé de 49 enseignes. Il reste que la brutale dépréciation de la livre chez les agents et surtout sur le marché noir change (8 400 livres à l’achat et 8 900 à la vente selon le site Lebaneselira.org en milieu de journée jeudi), qui s’est accélérée depuis le début des négociations a modifié les bases prises en compte par le gouvernement pour construire son plan de redressement.


"... la réglementation prudentielle (mesures qui requièrent des banques et des institutions financières qu'elles contrôlent les risques et appliquent les exigences relatives aux liquidités) ..." - en d’autres termes des mesures qui, si elles avaient été appliquées, les banques n’auraient jamais investi dans les Eurobonds Libanais, et donc que l’État aurait été en faillite beaucoup plus tôt. Mais seulement l’État, pas l’État, la BDL, les banques, et les déposants comme c’est le cas aujourd’hui...
23 h 28, le 16 juillet 2020