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Nos Lecteurs ont la Parole

Le loup et l’agneau

Malgré le titre affiché, ce n’est pas de l’une des fables de La Fontaine qu’il s’agit. Mais d’une sinistre et malheureuse aventure qui englobe, outre la célèbre fable, la légende symbolisée par les moutons de Panurge.

Pour la décrire au plus près de la vérité, et prendre conscience de ce dont, nous Libanais, sommes les victimes, je me suis tout simplement inspiré d’un « tweet » anecdotique repéré l’autre matin sur mon portable. Il nous dit textuellement ceci :

« Le mouton passe sa vie à craindre le loup alors qu’en fin de parcours c’est son propre berger qui va le tuer... »

Je pense que le lecteur entrevoit d’emblée le thème de mon propos. Car on n’a pas cessé, depuis presque un siècle, de nous brandir la menace du loup israélien pendant qu’entre-temps nos bergers arabes, à l’ombre de l’hypocrisie et de l’obscurantisme, organisent l’abrutissement de leur cheptel selon l’infaillible recette du hâbleur qui hurle « Au loup, au loup!».

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, ce n’est pas de simple traîtrise que nous avons souffert mais de corruption et de tribalisme arriéré greffés sur l’appétit du pouvoir et débouchant sur l’appât du gain exclusivement réservé à la caste des bergers.

Les plus hautes sphères politiques n’ont pas hésité à débaucher les fonctionnaires de l’État, les transformant en miliciens et gardes du corps de dirigeants devenus inamovibles. Autrement dit, distraire les citoyens en activant, au besoin, la crainte du loup alors que l’on s’organise en douceur pour siphonner progressivement les ouailles que l’on administre.

Le premier maître d’œuvre ne fut autre que le frère le plus proche, celui qui prétend forger avec le citoyen libanais « un seul peuple dans deux pays ». Ayant, au préalable, amadoué le loup en lui cédant son Golan, il avait beau jeu pour peaufiner les noirs desseins de son ambition personnelle puis nous offrir depuis l’an 2011 le spectacle de sa réussite en la matière, au grand dam des superpuissances du monde entier qui assurent sans s’en rendre compte le rôle de complices.

Ses pairs en arabisme ont, de leur côté, rivalisé d’astuces pour se défausser. Le Maghreb et l’Afrique sub-saharienne invoquent l’éloignement géographique dans une planète mondialisée ainsi d’ailleurs que l’État indonésien relégué au bout des continents. Les ex-républiques islamiques de l’URSS ne se croient pas concernées, tenues en laisse comme elles le sont par leurs nouveaux maîtres. Quant aux régimes supérieurement intelligents du Moyen-Orient et principaux intéressés, ils ont choisi, malgré de fausses et fracassantes récriminations, ce qu’on appelle pudiquement la « real politic » comme preuve de leur progressisme éclairé. Premiers concernés, la Jordanie et l’Égypte ont fini par consentir un traité aussi provisoire que le permet l’épithète, tandis que les Émirats du Golfe souscrivent à leur tour à un apaisement calculé dans le but, sans doute, de préserver leurs acquis faits de gratte-ciels à défier le soleil et d’une économie artificielle propre à s’effriter dès l’apparition du premier virus, fût-il microbien ou pétrolier.

Reste le Liban, ce paradis de la convivialité boiteuse. Ici, les bergers, groupés en clans mafieux, n’ont pas trouvé mieux que de laisser se créer un « courant divin » inféodé à l’étranger pour jouer au sauveteur tout en tolérant de le voir accaparer en sous-main les prérogatives de l’État lui-même. Sauf qu’avant de nous éliminer, il soit en train de scier la branche sur laquelle on se croit royalement assis.

Or « la solution finale » est déjà en vue, côté loup. Ce dernier, épaulé par l’ogre américain, sûr par ailleurs de sa connivence avec le Chinois, le Turc et d’une certaine façon de la passivité de l’Iranien, s’apprête dans les mois à venir à s’adjuger ce qui reste encore de la Palestine arabe.

Notre loup hébreu est civilisé, matériellement parlant. Il interprète le rôle qu’il a déjà tenu auprès du Chaperon rouge et maîtrise l’holocauste qu’il sait si bien décrier depuis la fin de la dernière guerre mondiale. Cet holocauste, il le fera exécuter par procuration via son « divin frère ennemi ». Les agneaux chrétiens du territoire libanais se laisseront doucement sacrifier à l’image de leur Agneau nazaréen. Et les citoyens mahométans, en bons moutons de Panurge, suivront tête baissée le bouc émissaire qui se jettera à l’eau pour mieux nager dans la légende.

Tableau idyllique que voilà ! Alors, sera-t-il permis à notre jeunesse libanaise d’en faire passivement son deuil ? Ou bien trouvera-t-elle par miracle le moyen de ne pas entrer dans le néant avec l’indignité des impuissants ?

Il est grand temps, au risque de voir disparaître notre pays à tout jamais, que se dévoile enfin à la tête de notre soulèvement populaire un Comité de salut public qui puisse parler haut et clair et donner à ce malheureux pays une souveraineté décente et méritée.

Et bien que je n’y crois plus beaucoup, je lance ce désespéré et dernier cri d’alarme : aux bons entendeurs de la « thaoura », salut !

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Malgré le titre affiché, ce n’est pas de l’une des fables de La Fontaine qu’il s’agit. Mais d’une sinistre et malheureuse aventure qui englobe, outre la célèbre fable, la légende symbolisée par les moutons de Panurge.

Pour la décrire au plus près de la vérité, et prendre conscience de ce dont, nous Libanais, sommes les victimes, je me suis tout simplement inspiré...

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