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Photographie

Laya Rahman, trois prix et des mentions pour ses images raconteuses du Liban

La photographe libano-française a participé à la 15e édition du Margaret Cameron Award for Women Photographers, un concours photographique international où elle a été primée dans plusieurs catégories.

Laya Rahman, trois prix et des mentions pour ses images raconteuses du Liban

Dans ses images de la thaoura, Lara Rahman privilégie la présence de l’individu dans la masse. Photo DR

« Pour moi, la photo est tout à la fois plaisir, témoignage, passion, évidence! Je dirais même que c’est devenu une déformation : je regarde tout désormais à travers un cadre, et quand je rate une photo, je suis frustrée toute une journée. C’est un troisième œil, voilà ! » formule, dans une envolée un brin théâtrale, Laya Rahman lorsqu’on lui demande ce que représente pour elle cet art auquel elle se consacre assidûment depuis 2015.

Un troisième œil qui, assurément, l’entraîne de vagabondages urbains en flâneries dans la nature à travers les continents, de participation active à la thaoura en dénonciation des maux infligés à la planète, de quêtes d’histoires derrière les fenêtres de Beyrouth en approche sociétale de l’homme et la mer…


Une des images de la série « Les fenêtres de Beyrouth » de Laya Rahman, primée dans la catégorie Cityscape du Margaret Cameron Award for Women Photographers.


Autant de thèmes que cette boulimique d’art et d’instants de vie traite en séries. Et c’est d’ailleurs trois d’entre elles : « Sporting Club – A Bohemian Journey », « Windows of Lebanon » et « Thaoura-Journal of a (R)evolution », qui ont été particulièrement primées dans plus d’une catégorie de la 15e édition du Julia Margaret Cameron Awards for Women Photographers.

Une compétition photographique internationale que Laya Rahman a découverte en naviguant sur le web durant les jours de confinement. « En fait, j’étais à la recherche d’un éditeur pour un ouvrage que je projetais de sortir sur la révolution d’octobre 2019, lorsque je suis tombée sur ce concours sérieux et dont le jury est présidé par la photographe et curatrice Elizabeth Avedon. Je me suis lancée en envoyant, juste avant la clôture des inscriptions le 15 avril, une sélection d’images de mes différents portfolios thématiques. Comme c’était mon premier concours, j’y suis allée à fond en participant à plus d’une catégorie en lice », avoue dans un rire la photographe.

Bien lui a pris car pour ce coup d’essai, elle a ainsi mis toutes les chances de son côté. Ce qui lui a permis de glaner les trois premiers prix des catégories Cityscape (« paysages urbains »), People (« les gens ») et Women Seen by Women (« femmes vues par des femmes ») ainsi que plusieurs mentions honorables, notamment dans les catégories Noir et blanc, Abstraction et Reportage, et Pratique documentaire…


Laya Rahman, entre photos de rue et mise en scène. Photo DR


De Paris aux rues de Beyrouth…

Il faut aussi dire que cette approche multiple est un peu dans l’ADN de cette grande brune qui se rêvait actrice (elle a notamment fait un passage par le cours Florent à Paris) et qui a traversé plus d’un univers avant de s’ancrer dans l’art photographique. Tour à tour photographe, peintre et réalisatrice de « deux courts-métrages », designer et créatrice de chaussures (Cindy Glass), elle a accumulé les pratiques et les expériences durant plus d’une décennie. « Un méli-mélo qui a enrichi mon œil », assure celle qui a fini ainsi par retourner à ses premières amours : la photographie découverte en 1999, au cours de ses études à la Parsons School of Design à Paris. « Ça a été un vrai coup de cœur », dit-elle. « Une fascination pour les méthodes de tirage » qui la poussera à s’inscrire à l’école Speos de photographie d’où, à l’issue d’un cursus de deux ans, elle sort « en ayant acquis toutes les techniques de l’analogue qui prévalait à l’époque, mais aussi en en ayant inventé quelques-unes », soutient-elle. « J’ai tout de suite pris une ligne très artistique dans mon travail, en créant des ambiances assez influencées par la scène et le 7e art. » Une touche cinématographique que l’on retrouve d’ailleurs dans ses images du Sporting Club, tirées de l’ouvrage Sporting Club. A Bohemian Journey qu’elle avait consacré en 2017 à cette fameuse plage beyrouthine d’avant-guerre.

Entre quête de vérité et mise en scène

Sinon, Laya Rahman, qui a toujours été fascinée par les histoires mises en scène, est aussi une adepte de la photographie narrative. « En fait, j’ai deux univers : celui de la street photography dans lequel je suis en quête de vérité, d’émotion et d’humanité, et un second aux effets plus élaborés et scéniques. En ce moment, je suis plus en mode photographie de rue », dit en conclusion celle qui, outre des photos documentant la thaoura à travers un regard singulier, privilégiant la présence de l’individu dans la masse des manifestants, a capturé dans sa caméra – devenue aujourd’hui numérique – une multitudes d’histoires architecturales, humaines et émotionnelles au fil de ses pérégrinations dans les rues et les quartiers de la capitale libanaise, au cours des cinq dernières années…

Un prix photographique presque exclusivement féminin

Le Julia Margaret Cameron Award for Women Photographers est, comme son nom l’indique, un concours dédié aux œuvres de femmes photographes. Sauf que cette année, pour la première fois, il s’ouvre aux photographes masculins dont les travaux entrent dans la catégorie The Feminine Universe (« L’univers féminin »). Au total, 910 photographes de 63 pays ont participé à cette 15e édition en soumettant 6 875 photographies à la présélection de l’équipe des Worldwide Photography Gala Awards. Quant à la sélection finale, réalisée par un jury composé de curateurs d’art et d’éditeurs de magazines célèbres dédiés à la photographie et présidé par la curatrice et photographe Elizabeth Avedon, elle comprend outre les trois grands finalistes (Professional Photography, Non Professional Photography and Male Photographers), un premier prix et des mentions honorables attribués dans chacune des vingt-trois catégories photographiques en lice. L’ensemble des œuvres primées est exposé sur le site en ligne du Worldwide Photography Gala Awards. Ces œuvres devraient aussi, en principe, faire l’objet d’une exposition dans le cadre de la 6e Biennale d’art et de photographie documentaire programmée pour le 20 octobre 2020 à Barcelone…


« Pour moi, la photo est tout à la fois plaisir, témoignage, passion, évidence! Je dirais même que c’est devenu une déformation : je regarde tout désormais à travers un cadre, et quand je rate une photo, je suis frustrée toute une journée. C’est un troisième œil, voilà ! » formule, dans une envolée un brin théâtrale, Laya Rahman lorsqu’on lui demande ce...

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