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CORONAVIRUS

Remise de diplômes : cérémonies virtuelles pour un évènement bien réel

S’adaptant aux mesures de prévention sanitaire dues au nouveau coronavirus, des établissements universitaires ont organisé des cérémonies de remise de diplômes hybrides, joignant le présentiel à la retransmission en ligne.

Remise de diplômes : cérémonies virtuelles pour un évènement bien réel

Les jeunes diplômés de l’AUB ont enlevé leurs masques le temps d’une photo. Photo Soha Hmaidan

Pandémie oblige : pour remettre les diplômes à leurs étudiants en fin d’études, les universités ont dû réinventer le scénario de la cérémonie de collation des grades, chacune à sa façon. Ainsi, l’Université libano-américaine (LAU) a remis les diplômes aux étudiants en médecine et aux résidents, vers le début du mois de juin, au cours d’une « cérémonie » virtuelle réalisée à travers une mise en scène de plusieurs prises de vue. Un montage entre séquences préenregistrées des discours prononcés et du serment des jeunes médecins, et des photographies des étudiants en médecine et des résidents recevant leurs diplômes, a été diffusé en ligne pour permettre aux diplômés ainsi qu’à leurs familles et leurs amis d’y assister de chez eux.

« Ce genre de cérémonie ne correspond pas à ce que les diplômés et leurs parents souhaitaient. En ayant cela en tête, nous avons tenté de tirer le meilleur parti des conditions actuelles en réfléchissant à ce qui pourrait compenser autant que possible la cérémonie à laquelle ils s’attendaient », souligne Zeina Abdallah, chargée de communication à la LAU et membre du comité organisateur des cérémonies. Selon Mme Abdallah, il fallait mettre l’accent sur le souvenir que les diplômés garderont de l’événement, faute de pouvoir le célébrer comme il est coutume de le faire. À l’Université américaine de Beyrouth, deux cérémonies de remise de diplômes ont déjà eu lieu, au cours de la 3e semaine de juin, l’une pour la faculté de médecine et l’autre pour la Hariri School of Nursing. Exceptionnellement, cette année, elles ont rassemblé uniquement les étudiants et leurs professeurs, avec port du masque et distanciation physique obligatoires. N’étant pas autorisés sur le campus, les parents ont suivi l’événement sur YouTube, Facebook et les médias sociaux. « Les étudiants étaient heureux de célébrer, mais leurs parents, amis et proches leur manquaient », avoue Soha Hmaidan, vice-présidente associée pour les services d’avancement et les événements spéciaux à l’AUB.

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Ce sentiment a en effet été évoqué par presque tous les diplômés interrogés. « La cérémonie était à la hauteur de nos espérances mais nous aurions souhaité que nos parents y assistent », confie Jana Riachi, diplômée en infirmerie de l’AUB, regrettant que l’université n’ait pas pu trouver d’autres alternatives, comme organiser la cérémonie en plein air, pour permettre aux parents de célébrer ce moment avec eux. « Le seul aspect frustrant était de ne pas avoir nos familles et amis pour partager ce moment avec nous sur le campus », indique Habib el-Khoury, diplômé en médecine de l’AUB avant d’ajouter : « Cependant, ils ont pu assister à la cérémonie virtuellement. Comme nous devons nous adapter à ce qui se passe dans le monde, une telle cérémonie a dépassé nos attentes. »

La cérémonie de collation des grades des jeunes médecins diplômés de la LAU a été diffusée en ligne pour permettre aux familles d’y assister. Photo DR

Entre joie et regret

Même son de cloche pour Victor Zibara, diplômé en médecine de la LAU et major de sa promotion. « Célébrer avec la famille et les amis nos réalisations, qui sont aussi les leurs, marque la fin d’un voyage mais aussi le début d’un nouveau. Donc, ne pas pouvoir célébrer de la manière traditionnelle a été difficile pour mes camarades de classe et moi. Nous rêvions du jour où nous monterions sur scène, en entendant les acclamations des gens dans la foule. Mais la sécurité passe avant tout », admet-il.

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Conçue comme un plan alternatif, la cérémonie ainsi organisée a laissé un goût amer chez certains. « J’ai senti qu’un moment très précieux de notre vie nous a été volé, c’était notre moment de célébrer et d’être célébré, de montrer aux autres combien nous avons travaillé dur. Mais au lieu de cela, c’était vide, silencieux, on n’a pas pu ressentir l’importance du moment, l’explosion de joie. Il manquait le côté humain, les visages, comme si on était juste en train d’essayer de survivre, comme si ce n’était pas le bon moment d’être heureux », déplore Élie Najjar, résident diplômé de la LAU, qui a décrit la cérémonie comme étant « irréaliste, futuriste, rigide, un peu comme un roman orwellien », « décevante, à l’image de tout ce qu’on est en train de vivre dans ce pays ». Par ailleurs, si les étudiants n’ont pas eu droit à cette tradition solennelle, chargée d’émotions, qui clôture leur parcours universitaire, ils ont quand même été relativement réjouis de participer à la version imaginée par leur établissement, et redevables à ses organisateurs, vu les circonstances. « Quand j’ai entendu parler de la cérémonie en ligne pour la première fois, je m’attendais à une simple réunion en ligne avec quelques mots. Mais ce qui est ressorti de ce travail acharné a été un beau souvenir à chérir pour toujours. Ce fut une expérience très enrichissante. Nous nous sommes sentis connectés les uns aux autres, mais d’une manière très inhabituelle », assure Michelle Estephan, jeune résidente diplômée de la LAU.

Quant à Habib el-Khoury, il salue cette « expérience unique » qu’il a vécue : « Avec tout ce qui se passe dans notre pays et dans le monde, nous nous considérons extrêmement chanceux d’avoir pu célébrer notre remise de diplômes », lance-t-il. Pour Victor Zibara, la cérémonie a été à la hauteur de ses attentes. « Beaucoup d’efforts ont été déployés pour organiser la cérémonie et rendre l’expérience aussi réelle que possible. Après tout, nous sommes les premiers à avoir obtenu le diplôme en ligne et, comme toujours, la LAU a offert la meilleure expérience », ajoute-t-il. Comme lui, Élie Najjar considère que la cérémonie a été une réussite, quoique « limitée à cause des conditions imposées par ce que le pays traverse. Mes amis qui y ont assisté l’ont bien appréciée et ils étaient très nombreux, vu la transmission en ligne », note-t-il.

Sentiments contradictoires

Les sentiments restent ainsi mitigés, des ingrédients essentiels tachant la joie et la fierté que les diplômés ont ressenties. « C’était comme s’il manquait une toute petite pièce au puzzle », comme le décrit Victor Zibara, attristé par la sensation d’avoir reçu son diplôme à la maison. Pour Michelle Estephan, « ce fut un moment doux-amer », lorsque son directeur lui a remis son diplôme de résidanat, sans qu’elle ne soit entourée de ses proches. Cependant, elle tempère : « Diffuser la cérémonie en ligne nous a permis de la regarder ensemble, dans une configuration différente. Nos parents, familles et amis qui n’étaient pas au Liban ont également pu partager ce souvenir avec nous. »

Quant à Élie Najjar, il confie qu’il se souviendra de ses sentiments contradictoires. « J’étais heureux et excité d’obtenir mon diplôme, mais attristé par une cérémonie pareille et effrayé par le futur de notre pays. J’étais fier, mais honteux de ce que mon pays me donnait. J’étais supposé célébrer avec une centaine de mes amis, mais je me suis senti honnêtement seul. Peut-être c’est la chose la plus percutante : avec la transmission en ligne, je me suis retrouvé dans ma solitude », regrette-t-il. Malgré des problèmes de connexion à internet, parmi les avantages d’une cérémonie en ligne figure le nombre illimité de personnes qui ont la possibilité d’y assister, mais aussi le coût réduit de sa mise en place, par rapport aux cérémonies au vrai sens du terme. « C’est certainement rentable mais ce n’est pas notre objectif. Les étudiants méritent une cérémonie digne de leur travail et de leurs efforts », affirme Soha Hmaidan.

Par contre, ce qui est sûr, c’est que ces diplômés ont été les premiers à expérimenter une cérémonie hybride, « spéciale et plus intime », d’après Habib el-Khoury, « une expérience à ajouter à notre liste des choses effectuées au cours de notre vie », selon Michelle, mais aussi un événement mémorable. « Nous nous souviendrons toujours que nous sommes la promotion qui a obtenu son diplôme de médecine sur fond d’une pandémie mondiale », conclut Victor Zibara.



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