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La compagnie des livres

Amine Issa : Lire, c’est comme une belle promenade ou un verre d’arak...

Après avoir fabriqué des meubles (durant 23 ans), monté une exploitation agricole dans la Békaa, dirigé une coopérative agricole bio, dirigé la revue libanaise « Magazine » (sur une période de trois ans), formé les jeunes étudiants de l’USJ pour le master en information et communication, Amine Issa revient à ce qui l’a toujours passionné, la politique, bien sûr, mais aussi la lecture !

Amine Issa : Lire, c’est comme une belle promenade ou un verre d’arak...

Amine Issa : « Dans “L’homme révolté”, Camus décrivait déjà les dérives totalitaires. » Photo DR

Aujourd’hui coordinateur de la direction politique au Bloc national, un parti qui était en sommeil depuis plus d’une dizaine d’années, le grand lecteur qu’est Amine Issa ne trouve plus le temps de lire que les week-ends. Il nous reçoit dans cette pièce, métaphore d’un monde parfait et apaisé où la littérature arabe cohabite avec la littérature américaine et européenne, où l’islam soutient les essais sur la chrétienté, où le judaïsme est en paix. De la philosophie pour comprendre, de l’économie pour résoudre, de la politique pour bien régner et des romans pour le plaisir. Tout pour imaginer un monde idéal. Celui en lequel Amine Issa continue de croire.

Est-ce qu’on vous lisait quelque chose au moment de dormir ?

Bien que mes parents étaient de grands lecteurs, je n’ai aucun souvenir de soirées de lecture avant le passage du marchand de sable. Mes deux frères et moi nous sommes glissés dans le monde de la lecture de notre propre gré, il faut dire que la guerre de 75 y a été un peu pour quelque chose. En revanche, avec mes enfants et pendant une dizaine d’années, je ne lisais pas mais j’inventais des histoires. Dépendamment de leur humeur, je mêlais des animaux de la maison de campagne aux personnages fictifs que j’imaginais et quelquefois une de leurs peluches préférées faisait aussi irruption dans l’histoire.

Comment la passion de la lecture est-elle née, et quel est le premier livre qui vous a donné envie de continuer ?

Je me souviens de mon premier roman, Les trois mousquetaires d’Alexandre Dumas père. Je devais avoir 10 ans, c’était le début de la guerre civile libanaise. Avec ses trois volumes suivis de quatre autres pour Le vicomte de Bragelonne et Vingt ans après, nous pouvions facilement traverser toutes les années de guerre sans nous ennuyer. Tout le monde lisait ! Et les livres voyageaient de chambre en chambre.

Quelles ont été vos plus belles découvertes dans le monde de la lecture ?

Durant les années de guerre, j’ai découvert la littérature sud-américaine, les Argentins Julio Cortázar, Jorge Luis Borges et Adolfo Casarès, le Brésilien Jorge Amado et le Colombien Gabriel Garcia Márquez. Et puis un jour, ce fut au tour d’Ismail Kadaré de me séduire avec son magnifique roman Le pont aux trois arches. Parmi les découvertes récentes, Delphine de Vigan et son roman Rien ne s’oppose à la nuit.

À quelle fréquence lisez-vous, et avez-vous besoin d’une mise en situation ou d’un conditionnement pour lire ?

Avec la renaissance du Bloc national à qui j’accorde beaucoup de temps, je ne lis malheureusement que les week-ends. Je ne fais pas partie de cette catégorie de personnes qui lisent deux livres à la fois, surtout quand il s’agit de romans. Quand je choisis un livre, je m’y consacre pleinement. Je ne mets jamais de livres dans ma bibliothèque si je ne les ai pas lus, dès que j’achète un livre, je le lis ou je le donne. Quand j’étais adolescent, je me faisais violence et j’allais jusqu’au bout d’un livre même s’il me déplaisait. Aujourd’hui, je n’ai plus le luxe de perdre mon temps, et j’avoue qu’au bout de 100 pages, si je n’accroche pas, j’abandonne le livre, mais pas dans ma bibliothèque…

De combien de livres est composée votre bibliothèque ?

Autour de 4 000 livres.

Le livre que vous avez lu plus d’une fois ?

Les trois mousquetaires.

Est-ce que vous lisez sur tablette ?

Je n’ai jamais imaginé pouvoir lire sur tablette, la lecture sur papier procure un plaisir physique que rien ne remplace.

Sartre ou Camus ?

Sans aucun doute Camus. Sa pensée philosophique est de loin supérieure. C’était un visionnaire. Dans L’homme révolté, il décrivait déjà les dérives totalitaires. À mon sens, Camus et Aron sont très loin devant Sartre. Aujourd’hui, on peut enfin le déclarer…

Quel écrivain auriez-vous aimé rencontrer ?

Pierre Drieu La Rochelle, Marc Lambron, André Gide.

J’ai rencontré Georges Schéhadé, une grande personnalité très attachante, c’était un plaisir que de l’écouter parler. Si j’avais rencontré Céline, je l’aurais sûrement trouvé détestable. Mais demandez à Céline d’être élégant et ce n’est plus Céline. Il perd tout son intérêt.

Et l’écriture ?

En 2010, mon roman L’Imposteur a été publié aux éditions L’Harmattan, la suite malheureusement n’a pas trouvé d’éditeur. En 2013, les éditions Tamyras ont publié mon livre de photographies prises au cours de 4 voyages – en Iran, Ouzbékistan, Égypte et Turquie –, chaque photographie est commentée par un de mes textes. En 2014, j’ai publié Les deux imams aux éditions Dar an-Nahar, un dialogue imaginé entre deux imams.

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Comment est né le plaisir de la lecture en langue arabe ?

C’est mon intérêt pour la politique et pour la religion islamique qui m’a poussé à lire dans le texte.

La littérature arabe et les nouveaux auteurs écrivent dans un style beaucoup plus accessible que les anciens, le vocabulaire est plus simple, comme Jabbour Douaihy, Alaa al-Aswany, Halima Hamdane ou Rabih Jaber.

Qu’est-ce que la lecture vous apporte ?

Uniquement du plaisir, et d’ailleurs je ne cherche rien d’autre. Lire, c’est comme faire une belle promenade ou prendre un verre d’arak. Je lis, mais suis incapable de discuter littérature, ni d’ailleurs de commenter un livre ou de l’analyser. Un élève en classe de 5e le ferait mieux que moi.

Comment avez-vous vécu le confinement ?

Je n’ai pas arrêté de travailler un seul jour. Je n’ai pas subi les effets du confinement, mais j’ai compris qu’ayant vécu la guerre de 1975 et bien que la mort fût imminente et qu’elle pouvait survenir à tout instant, nous continuions à fonctionner plus ou moins normalement dès que les batailles cessaient. Durant le confinement, j’ai eu l’impression que les gens étaient des morts-vivants. Vivant physiologiquement et mort mentalement. Quant à moi, être enfermé ne veut rien dire car je ne suis jamais seul… Comme vous pouvez le constater... (dit-il en jetant un regard affectueux sur sa bibliothèque).

Les lectures préférées de Amine Issa

Une saison sur la terre de Marc Lambron

La pluie avant qu’elle ne tombe de Jonathan Coe

Charid al-manazil, de Jabbour Douaihy

Kafka sur le rivage de Haruki Murakami

Voyage au bout de la nuit de Céline

L’homme sans qualités de Robert Musil

Rien ne s’oppose à la nuit de Delphine de Vigan

« Et évidemment… Les trois mousquetaires et leurs suites », conclut le lecteur assidu.


Aujourd’hui coordinateur de la direction politique au Bloc national, un parti qui était en sommeil depuis plus d’une dizaine d’années, le grand lecteur qu’est Amine Issa ne trouve plus le temps de lire que les week-ends. Il nous reçoit dans cette pièce, métaphore d’un monde parfait et apaisé où la littérature arabe cohabite avec la littérature américaine et européenne,...

commentaires (1)

Jabbour Douaihy m'a reconciliee avec la langue arabe; J adore le livre de Marc Lambron; Une saison en ete et Murakami : ) La lecture un plaisir; ouo c'est aussi simple et aussi fort

Nicole Hamouche

17 h 53, le 04 juillet 2020

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Commentaires (1)

  • Jabbour Douaihy m'a reconciliee avec la langue arabe; J adore le livre de Marc Lambron; Une saison en ete et Murakami : ) La lecture un plaisir; ouo c'est aussi simple et aussi fort

    Nicole Hamouche

    17 h 53, le 04 juillet 2020