Cristiano Ronaldo (Juventus) dribblant Kalidou Koulibaly (Naples) lors de la finale de la Coupe d’Italie, remportée par Naples mercredi. La Juve, leader de la Serie A, est en bien mauvaise posture, et la Lazio, son dauphin à 1 point seulement, peut se permettre de rêver au scudetto. Filippo Monteforte/AFP
De Sassuolo à Turin, 103 jours plus tard. Interrompu en mars par le coronavirus, le championnat d’Italie de football reprend ce week-end avec quatre matches en retard, dont Torino-Parme pour commencer, et des statuts incertains, notamment pour la Juventus, fragilisée comme rarement.
Où en était-on restés ? Le 9 mars, Sassuolo battait Brescia (3-0) et l’attaquant Francesco Caputo, auteur d’un doublé, envoyait à l’Italie inquiète un message réconfortant : « Andrà tutto bene. Restate a casa » (tout ira bien, restez à la maison). Tout n’est pas allé si bien que ça et le virus a fait plus de 34 000 morts dans la péninsule, qui a vécu deux mois de confinement très strict. Mais les dirigeants du calcio ont tenu le cap face à un gouvernement initialement très réservé quant à la reprise des compétitions.
Calendrier, plans B et C en cas de nouvelle interruption, protocole sanitaire, quarantaine : une à une, les difficultés ont été dénouées et la Serie A redémarre donc ce soir, à huis clos – pour l’instant – et avec un calendrier démentiel, qui mènera les joueurs sur les terrains deux fois par semaine. « Le foot n’est pas seulement une industrie importante. Il rend aussi les gens heureux, et son retour est un espoir pour tous », a ainsi déclaré l’ancien grand milieu de terrain italien Demetrio Albertini, aujourd’hui cadre technique à la fédération. « Ce sera un championnat qui ressemblera un peu à une Coupe du monde ou à un Euro », a-t-il ajouté, en référence aux matches joués tous les trois jours.
Après les quatre rencontres en retard disputées ce soir et demain, il sera déjà temps d’enchaîner dès lundi avec la 27e journée, qui permettra d’en savoir plus sur les états de forme des uns et des autres. Le cas le plus mystérieux est celui du leader, la Juve. La Coupe d’Italie a repris avant le championnat, et les bianconeri ont joué deux matches sans marquer le moindre but : 0-0 en demi-finale retour contre l’AC Milan et 0-0 encore en finale face à Naples, pour une défaite aux tirs au but. Les deux fois, Cristiano Ronaldo est apparu loin de sa meilleure forme. Il n’était pas le seul et la saison de la Juve commence à être bancale : défaites en Coupe et en Supercoupe, 8e de finale de Ligue des champions (C1) mal engagée contre Lyon (défaite 1-0 à l’aller) et 1 point seulement d’avance sur la Lazio Rome en Serie A. La pression est forte sur Maurizio Sarri, l’entraîneur des Turinois, et la Lazio est prête à saisir cette chance historique.
Les Romains développaient avant la pause le meilleur football d’Italie et restaient sur une série impressionnante de 16 victoires et 2 matches nuls. De quoi rêver au scudetto, une rareté dans l’histoire du club, qui n’en a gagné que deux, en 1974 et 2000. L’influent président Claudio Lotito a donc tout fait pour que le championnat reprenne, au point que son porte-parole, Arturo Diaconale, l’a présenté sur le ton de la plaisanterie comme le « meilleur virologue d’Italie ». Le Juve-Lazio, programmé le 20 juillet lors de la 34e journée, devrait en tout cas peser très lourd.
Derrière les deux leaders, l’Inter Milan (3e) semble un peu décrochée. Mais si elle gagne son match en retard demain contre la Sampdoria Gênes, l’équipe d’Antonio Conte reviendra à 6 points des Turinois et 5 des Romains. Pour la dernière place en C1, l’Atalanta Bergame (4e) est mieux placée que l’AS Rome (5e) avec 3 points d’avance et un match supplémentaire à disputer, ce soir contre Sassuolo. Mais comment les Bergamasques auront-ils réagi à cette crise sanitaire qui a frappé leur ville encore plus violemment que le reste du pays ? « Ces joueurs sont très liés à Bergame, la ville et les supporteurs. Je vais leur parler d’émotion. Je leur dirai que Bergame a beaucoup souffert et que c’est maintenant à nous de lui redonner le sourire », a prévenu l’entraîneur Gian Piero Gasperini.
Il y aura aussi des combats pour la Ligue Europa et pour éviter la relégation. Il y aura des souvenirs douloureux et des blessures, mais aussi des retours attendus, comme ceux de Franck Ribéry à la Fiorentina ou Nicolo Zaniolo à la Roma. Il y aura Ronaldo, Lukaku, Lautaro, Dybala, Milinkovic-Savic, Dzeko et les autres. Cent trois jours plus tard, la Serie A revient !
Stanislas TOUCHOT/AFP

