La commission parlementaire des Finances et du Budget a approuvé hier les estimations de la sous-commission d’enquête. Photo ANI
Alors qu’elles se poursuivaient à un rythme de croisière depuis le 13 mai dernier, les discussions entre le Liban en crise et le Fonds monétaire international (FMI), auprès de qui l’exécutif libanais tente de décrocher une assistance financière, semblent avoir atteint cette semaine un véritable goulot d’étranglement. Pour ne rien arranger, Henri J. Chaoul, un des membres de l’équipe représentant le ministère libanais des Finances, a confirmé hier avoir décidé de claquer la porte des négociations entre le FMI et le Liban en raison de l’absence « de réelle volonté (de la part des responsables) de mettre en œuvre des réformes ».
Au-delà de la question des réformes, l’obstacle en cause est la question du montant des pertes accumulées par le pays (État, Banque du Liban et secteur financier) et la façon de l’adresser. Un point sur lequel la commission parlementaire des Finances et du Budget a indirectement relancé le débat hier en approuvant les estimations de la sous-commission d’enquête chargée du dossier.
« Le rapport définitif sera transféré à la présidence du Parlement dans les jours à venir », a indiqué à L’Orient-Le Jour le président de la commission des Finances, le député Ibrahim Kanaan, qui faisait partie de ceux à l’origine du lancement des travaux de la sous-commission début mai. Cette dernière a notamment coopéré avec la commission de contrôle des banques pour finaliser ses travaux.S’il a préféré ne pas revenir en détail sur les chiffres actualisés, le député a néanmoins indiqué qu’ils étaient inférieurs à ceux figurant dans le plan de redressement du gouvernement, un document approuvé fin avril et qui sert de base aux discussions entre l’exécutif et le FMI. « L’important, ce sont les principes sur lesquels nous nous sommes basés pour aboutir à ces nouvelles données. Le premier étant de réévaluer les pertes en suivant la formule suivante : engager le dialogue avec les entités publiques ou privées concernées, ce que le gouvernement n’avait pas fait », a notamment expliqué Ibrahim Kanaan.
Différence de méthode
Un argument également mis en avant par une partie des représentants du secteur privé, dont l’Association des banques, qui avait insisté sur ce point lors d’une réunion avec la presse il y a une semaine à Beyrouth, consacrée à ses principales propositions d’amendements au plan du gouvernement publiées courant mai. « Or le rôle des commissions parlementaires est justement d’entendre les deux versions avant de trancher », a ajouté Ibrahim Kanaan. Selon lui, les deux autres principales différences avec la méthodologie du gouvernement portent sur le « traitement des pertes non réalisées » et « la prise en compte de l’ensemble des actifs » dans le calcul des pertes nettes.
Le député a de plus assuré que la commission allait consacrer plusieurs réunions, la semaine prochaine, à l’identification des moyens les plus efficaces d’examiner la question des pertes tout en protégeant autant que possible l’économie. Il a enfin assuré que le gouvernement, et plus particulièrement le ministre des Finances, a suivi les récents travaux de la sous-commission, ce qui laisse présager que ces données seront finalement prises en compte dans les réunions entre le Liban et le FMI.
Cette perspective n’est en effet pas à écarter, compte tenu de l’approche généralement adoptée par l’organisation internationale dans ses discussions avec les pays qui la sollicitent. Interrogé sur l’évolution des discussions avec le Liban lors de son dernier point de presse hier, le porte-parole de l’organisation, Gerry Rice, a en effet souligné que toutes les questions concernant le montant des pertes, le choix des solutions proposées pour les adresser et enfin leur mise en œuvre devraient faire l’objet d’un « consensus général » de la part du gouvernement, des partis politiques et de la société civile. Jugeant « prématuré » tout pronostic sur le montant de l’aide que pourrait obtenir le Liban et des conditions imposées pour son déblocage, le porte-parole a indiqué que les discussions étaient toujours focalisées sur le contenu du plan du gouvernement.
Une forme de protestation
Il reste que la perspective d’une remise en question totale des données chiffrées par l’exécutif ne semble pas être acquise. Lors de son précédent point de presse le 4 juin, Gerry Rice avait en effet assuré que les estimations du gouvernement étaient « globalement dans le vrai en termes d’ampleur », avant d’annoncer la tenue de réunions « techniques » supplémentaires pour les affiner, afin notamment de mesurer l’impact potentiel de certaines réformes qui auraient été mises en œuvre entre-temps. Le sujet semble en tout cas avoir bouleversé le rythme des réunions entre le Liban et les cadres de l’organisation. Après avoir annoncé un report à hier de la 14e réunion initialement prévue lundi dernier, le service de presse du ministère des Finances a indiqué que « plusieurs réunions techniques » avaient finalement eu lieu cette semaine et qu’une « réunion non technique » était programmée pour lundi prochain, sans préciser de quoi il s’agira.
Mais l’événement de la semaine restera la démission du financier et membre du collectif Kulluna Irada, Henri J. Chaoul, pressentie depuis mercredi et que ce dernier a officiellement confirmée hier soir sur son compte Twitter. Il faisait partie de l’équipe représentant le ministère des Finances, qui avait participé à toutes les étapes menées par le gouvernement depuis février pour répondre à la crise que traverse le pays, dont le défaut partiel sur les obligations d’État en devises annoncé en mars dernier.
« Hier, j’ai informé le ministère des Finances que je ne serai plus impliqué dans le rôle de conseil que j’avais commencé à exercer auprès du ministère en février 2020, un rôle pro-bono que j’ai assumé en tant que citoyen concerné, motivé par une forte volonté d’aider le Liban à sortir de ses crises économique et financière », a souligné Henri Chaoul. Il a affirmé en outre avoir « fait de (son) mieux pour servir les intérêts publics », mais a jugé que « l’establishment » regroupant la classe politique, les autorités monétaires et le secteur financier ne semblait pas enclin à entreprendre les réformes nécessaires pour redresser le pays. « J’ai réitéré continuellement que sans réformes profondes et douloureuses, nous nous embarquerions dans une décennie (ou deux) perdue et marquée par un environnement social chaotique et une hausse de la pauvreté qui augmente déjà à un rythme alarmant », a expliqué le financier. « Les gens au pouvoir ne semblent pas comprendre que chaque jour de retard est un jour perdu, un prix lourdement supporté par les citoyens d’aujourd’hui, puis par les générations futures, poursuit M. Chaoul. Chaque jour qui passe sans s’attaquer aux causes profondes de la crise et à la mise en œuvre des bonnes solutions augmente le risque d’implosion économique », dit-il encore, soulignant que « la démission est une forme importante de protestation ».



Les gens au pouvoir sont des criminels. Que peut-on attendre de ce type d'hommes? Ils retardent le moment où ils seront pendus haut et court par le peuple affamé.
16 h 25, le 19 juin 2020