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Irak

Bagdad et Washington tentent de trouver un compromis sécuritaire

Après une période de froid entre l’Irak et les États-Unis dans le sillage de l’élimination de Kassem Soleimani, les deux pays souhaitent à présent remettre tous les dossiers à plat.

Bagdad et Washington tentent de trouver un compromis sécuritaire

Poignée de main entre le brigadier général Vincent Barker et le général irakien Mohammad Fadel, lors de la passation de la base aérienne ouest de Kayyarah des forces de la coalition menée par Washington aux forces de sécurité irakiennes, dans le sud de Mossoul, en Irak, le 26 mars 2020. Thaier al-Sudani/Reuters

Pas d’attentes exceptionnelles mais un rapprochement notable entre Bagdad et Washington. C’est ainsi que l’on pourrait décrire le lancement hier du dialogue stratégique entre les deux pays. Au cœur des discussions se trouve le renouvellement des contours de leur coopération, après une longue période de froid. Celle-ci faisait suite à l’élimination par les États-Unis le 3 janvier dernier de Kassem Soleimani, ancien commandant en chef de l’unité al-Qods des gardiens de la révolution iranienne, sur le sol irakien. Depuis, les intérêts de Washington sont régulièrement pris pour cible par les milices pro-Téhéran dans le pays. Derniers épisodes en date, une roquette Katioucha a atteint la Zone verte dans la nuit du 10 juin, quelques heures avant le début des pourparlers. Précédemment, lundi soir, une roquette s’était abattue dans l’enceinte de l’aéroport international de Bagdad, où sont basés des soldats irakiens et américains. Du point de vue de la Maison-Blanche et du nouveau Premier ministre Moustafa Kadhimi – perçu comme étant proche de Washington et de ses alliés arabes –, la discussion est essentielle, bien que la marge de manœuvre soit limitée. « Les enjeux sont très élevés pour les deux pays. Pour l’Irak, les États-Unis constituent une puissance internationale importante qui fournit un soutien plus que nécessaire aux forces de sécurité irakiennes et dans de nombreux secteurs non militaires. Pour les États-Unis, l’Irak est essentiel à leur stratégie de pression maximale envers l’Iran », commente Abbas Kadhim, directeur de l’Iraq Initiative au sein de l’Atlantic Council.

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Si un nouveau cabinet a pu voir le jour sous la conduite de M. Kadhimi, le processus pour en arriver là n’a pas été de tout repos. Pendant cinq mois, après la démission de l’ancien Premier ministre Adel Abdel Mahdi en décembre, l’Irak s’était retrouvé sans gouvernement du fait notamment des réticences des alliés de Téhéran dans le pays à voir un proche des Américains prendre le relais. Si l’Iran s’est finalement résolu à cette option, Moustafa Kadhimi ne peut faire abstraction des intérêts de la République islamique et devra faire en sorte que les velléités des uns n’entravent pas les desiderata des autres. Un exercice d’équilibre on ne peut plus délicat, étant donné le principal objectif affiché par Téhéran et ses affidés dans la région depuis la mort de l’ex-numéro deux iranien : le retrait de toutes les troupes américaines d’Irak. Un mot d’ordre qui a d’ailleurs trouvé un écho favorable au Parlement irakien le 5 janvier dernier, lorsque les députés chiites ont voté l’expulsion des troupes étrangères, au cours d’une séance boycottée par la plupart des représentants sunnites et kurdes. Les questions sécuritaires devraient donc compter parmi les sujets prioritaires. Bien que les deux pays aient signé par le passé un accord visant à mettre complètement fin à la présence américaine à partir de 2011, Bagdad avait fait appel à l’assistance de Washington pour prendre la tête d’une coalition internationale contre l’État islamique. Depuis la défaite de ce dernier, 5 000 soldats sont restés stationnés dans le pays pour en maintenir la sécurité. Leur retrait potentiel inquiète les leaders kurdes et sunnites qui craignent qu’il ne coïncide avec une emprise accrue de l’Iran sur le pays. Au cours de ces derniers mois, la coalition a déjà diminué le nombre de ses bases de douze à trois et les discussions pourraient aboutir à une nouvelle réduction. Les deux parties doivent néanmoins composer avec le regain d’attaques perpétrées par l’EI en Irak. Dans ce contexte, elles craignent qu’une réduction draconienne mette à mal les efforts de la coalition pour soutenir une riposte irakienne adéquate contre les cellules dormantes du groupe jihadiste. Pour l’heure, les alliés de Téhéran dans le pays se montrent critiques quoique peu loquaces. Le bloc pro-iranien du Fateh au sein du Parlement a déclaré que la délégation irakienne devrait « bénéficier de l’expérience des négociations irako-américaines de 2008 qui avaient abouti au retrait des troupes US ». D’autres voix se sont montrées plus mesurées. C’est le cas de la coalition Nasr de l’ancien Premier ministre Haider Abadi pour qui l’opportunité du dialogue doit être saisie pour servir les intérêts de l’Irak dans tous les domaines. La faction Kataëb Hezbollah, dont l’ancien leader de facto Abou Mahdi al-Mouhandis a péri dans l’attaque américaine du 3 janvier, a choisi de rester sur la réserve, affirmant qu’elle prendrait officiellement position une fois la première session achevée.

Dérogation aux sanctions

Autre enjeu des discussions : l’économie. L’Irak est frappé de plein fouet par la crise pétrolière à laquelle se sont conjuguées les répercussions de la pandémie liée au coronavirus. Le pays est le deuxième plus gros producteur d’or noir au sein de l’OPEP et en dépend presque exclusivement. Selon la Banque mondiale, la chute de la demande en brut pourrait conduire à une contraction de 9,7 % du PIB cette année.

Sur le court terme, les deux pays devraient discuter de la possibilité d’épargner l’Irak des conséquences des sanctions contre l’Iran. Jusque-là, une dérogation américaine protégeait Bagdad des mesures punitives contre Téhéran concernant l’importation de gaz iranien, capital pour alimenter le pays en électricité. Mais cette dérogation devrait expirer fin septembre. Les pourparlers qui ont débuté hier sont également destinés à repenser le soutien des États-Unis à l’Irak sur le plus long terme, notamment à travers des investissements dans les secteurs de la construction et de l’énergie, ainsi que le soutien à des aides des pays du Golfe, de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. Pas d’aides financières directes en vue néanmoins. Selon l’AFP, qui rapporte les propos de Robert Ford, analyste auprès du Middle East Institute et ancien diplomate américain à Bagdad, « les États-Unis ne peuvent pas donner d’argent, seulement proposer de ne pas appliquer ses sanctions ».



Pas d’attentes exceptionnelles mais un rapprochement notable entre Bagdad et Washington. C’est ainsi que l’on pourrait décrire le lancement hier du dialogue stratégique entre les deux pays. Au cœur des discussions se trouve le renouvellement des contours de leur coopération, après une longue période de froid. Celle-ci faisait suite à l’élimination par les États-Unis le 3...

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C,EST PLUTOT TEHERAN ET WASHINGTON...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

10 h 05, le 12 juin 2020

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  • C,EST PLUTOT TEHERAN ET WASHINGTON...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 05, le 12 juin 2020