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Nos lecteurs ont la parole

Devenir centenaire

L’enfance et l’adolescence sont essentiellement des périodes de croissance et d’instruction qui sont en grande partie structurées par le collège. La vie adulte et indépendante est surtout consacrée au travail, à l’université et puis au travail professionnel, ce qui pour la plupart d’entre nous se traduit par la nécessité d’aller gagner sa vie hors de chez soi, fait qui impose aussi une structure. La ménagère elle-même est soumise à l’effet de cette structuration qu’imposent à la famille le travail et l’école. Le troisième âge et, plus particulièrement l’âge de la retraite, est en quelque sorte la période la moins structurée de l’existence, au cours de laquelle on est libéré des contraintes du travail. Toutefois, alors qu’on trouve logique et normal de se préparer à une vie adulte indépendante et à une activité professionnelle, peu de personnes font quoi que ce soit pour se préparer au troisième âge et à la retraite.

Mais que faut-il entendre par préparation au troisième âge et à la retraite ? Comment y procéder ? Un premier pas serait pour chacun d’établir une liste des mesures à prendre dans son propre cas. Nous devons déterminer si une personne de cet âge est capable ou non de travailler, d’apprendre, d’entreprendre de nouvelles activités et de se créer de nouvelles sources d’intérêt. Il faut d’ailleurs constater que certains pays envisagent de remettre en question l’idée d’un âge de mise à la retraite forcée. Le seul conseil utile en la matière est de nous comporter comme nous sommes censés le faire à notre âge, ce que notre état physique et mental nous porte à pouvoir faire avec satisfaction et réussite.

Une autre idée saugrenue au sujet de l’homme âgé est de qualifier les gens d’être « âgés et défavorisés » comme si les deux étaient inséparables. S’il est vrai que nous devenons plus exposés aux maux chroniques et aux infirmités avec l’âge, c’est une erreur que d’accepter leur caractère inexorable et d’admettre qu’ils vont « avec l’âge ». On peut être en excellente santé, en bonne santé ou en mauvaise santé à tout âge et on devrait agir envers les troubles de la même manière à l’âge de la retraite.

De nos jours, les gens vivent plus longtemps que jamais grâce à l’amélioration de l’hygiène, de la nourriture et des soins médicaux. Cette réalité nous présente une double gageure : comment tirer tous les avantages possibles des années supplémentaires qui nous sont réservées par le destin et comment nous affranchir plus efficacement des inconvénients de l’automne de la vie ? Il faut relever ces défis que nous réservent le grand âge.

Dans le sens strict du terme, prendre de l’âge est un phénomène progressif qui nous mène du berceau au rappel de Dieu. Toutefois, en ce qui concerne les jeunes adultes, l’âge mûr et le grand âge sont des problèmes lointains qu’éclipse le présent. La plupart de nos lecteurs sont donc, en général, des personnes dans la force de l’âge qui commencent à s’interroger sur la phase suivante de leur existence et cherchent à y faire face.

Le terme « bien vieillir » suggère une préparation effective aux années à venir afin d’y connaître bonheur et épanouissement ainsi que la satisfaction d’être utile aux autres. On y parvient de diverses manières, par exemple en évitant les maladies, en restant physiquement et mentalement alerte, en s’accommodant à des infirmités qui pourraient se manifester et en vivant aussi pleinement que possible en dépit d’elles, en prévoyant un degré d’aisance économique et de bien-être social, et en jouant un rôle utile dans la collectivité. Chacun d’entre nous doit se fixer ses propres buts et le rôle qui lui convient.

Vieillir est certes une réalité, mais c’est aussi une question d’attitude et d’image. Dans un sens, « on a l’âge qu’on se donne ». De nombreuses personnes, celles qui prennent de l’âge aisément, conservent une attitude d’espérance quand elles atteignent un âge avancé et en retirent un énorme agrément. D’autres se font du troisième âge une fausse image et adoptent une attitude pessimiste qui marquera leurs dernières années. Cette attitude est tabou et critiquable.

Être capable de considérer l’existence sous un angle positif est sans doute le plus gros avantage qu’on puisse posséder à tout âge, et plus particulièrement quand on vieillit. Ceux qui ont cette attitude ne font pas que tirer le maximum de leurs capacités et de leurs intérêts mais se créent sans cesse de nouvelles occasions de développement et de nouvelles sources de satisfaction, même dans les circonstances les moins favorables. Pour ceux qui voient la vie de cet œil ― et ils sont nombreux ― la vieillesse n’est qu’une suite naturelle des choses où ils disposent de l’expérience, de la sagesse, des sources d’intérêt, de la compréhension et de la tolérance acquises au fil des ans. C’est aussi un stade d’accroissement plutôt que de diminution, d’épanouissement de la maturité plutôt que de perte de la jeunesse, de progrès plutôt que de déclin.

L’un des secrets de l’art de bien vieillir est d’accepter qu’à chaque époque de la vie appartiennent des qualités, des fonctions et des plaisirs différents. Il est aussi absurde de vouloir devenir président de la République à vingt ans que de chercher à gagner une médaille d’or olympique à l’âge de soixante-dix ans. Cela n’empêche toutefois pas un jeune homme de s’intéresser à la politique ni à un septuagénaire de rester physiquement actif.

C’est très vrai. De nombreuses personnes âgées ne se sentent jamais avoir pris de l’âge. Il est donc regrettable qu’on accorde tant d’importance à l’âge que nous donne le calendrier, lequel divise notre vie en des catégories arbitraires. L’idée que les grandes personnes constituent une menace est absurde. Le grand âge comprend une variété infinie de sexagénaires, septuagénaires, octogénaires, nonagénaires et même centenaires, et embrasserait donc quarante années de différence d’âge et il faut le croire.

On nous a habitués à penser que l’existence était divisée en trois phases successives : croissance et apprentissage, âge adulte et travail, vieillesse et retraite. Ce compartimentage n’a aucune raison d’être. L’âge de la retraite ne devrait certes jamais être interprété comme signalant qu’on est âgé pour travailler. Par conséquent, les hommes d’un âge avancé prendront courage ; c’est le fond qui manque le moins. Travaillons, prenons de la peine et nous parviendrons à devenir des centenaires…


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.

L’enfance et l’adolescence sont essentiellement des périodes de croissance et d’instruction qui sont en grande partie structurées par le collège. La vie adulte et indépendante est surtout consacrée au travail, à l’université et puis au travail professionnel, ce qui pour la plupart d’entre nous se traduit par la nécessité d’aller gagner sa vie hors de chez soi, fait qui impose aussi une structure. La ménagère elle-même est soumise à l’effet de cette structuration qu’imposent à la famille le travail et l’école. Le troisième âge et, plus particulièrement l’âge de la retraite, est en quelque sorte la période la moins structurée de l’existence, au cours de laquelle on est libéré des contraintes du travail. Toutefois, alors qu’on trouve logique et normal de se préparer à une vie adulte...
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