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Diplomatie

Selon Hitti, le Liban n’est pas seul dans son appel à ne pas modifier le mandat de la Finul

Le ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti. Photo ANI

Diplomate chevronné, avec une longue carrière derrière lui, notamment en tant que chef de mission de la Ligue arabe à Paris puis en Italie, le ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti, apprend désormais « la diplomatie téléphonique ». Pour cet homme qui croyait avoir pratiqué toutes les formes de dialogue, dans ce qu’il appelle « la politique active d’engagement » et de dialogue face à celle qui est basée sur le rejet, l’apprentissage est difficile. Mais coronavirus oblige, il n’a pas vraiment le choix. Heureusement que tout au long des années écoulées, il a eu le temps de nouer des relations cordiales basées sur le respect réciproque avec de nombreux responsables dans le monde. Ministre des AE au sein du gouvernement présidé par Hassane Diab, M. Hitti a ainsi mis toutes ses relations au service du Liban qui en a bien besoin, puisque les crises s’y succèdent, sur fond de période trouble et mouvementée dans le monde et dans la région.

Ses responsabilités précédentes ont en effet appris à Nassif Hitti qu’il vaut toujours mieux voir le macro-tableau plutôt que de se perdre dans les détails locaux qui sont souvent liés à des développements externes. Par exemple, aujourd’hui, il cherche à anticiper les effets probables de la décision israélienne, avec la bénédiction américaine, d’annexer la vallée du Jourdain (Ghor al-Ourdon). En principe, cette décision devrait commencer à être appliquée à partir du 1er juillet et elle a une dimension géopolitique et géoéconomique importante, cette zone étant riche en eau et en terres arables. Elle porte aussi un coup (un de plus !) à la solution à deux États, tout en constituant une violation flagrante des résolutions internationales. En tout cas, elle ne peut qu’avoir des répercussions sur l’ensemble de la région. En plus du fait de chercher à liquider la cause palestinienne, qui est celle de l’identité de tout un peuple, elle pourrait provoquer une nouvelle vague de violences dans la région ainsi qu’un nouvel exode palestinien, sans parler de l’exacerbation du radicalisme. Autant de facteurs qui peuvent impacter la situation au Liban. Il faut aussi leur ajouter les autres problèmes dans la région, comme notamment la situation en Libye, où les parties appuyées par la Turquie sont en train de gagner du terrain face à celles appuyées par le camp mené par l’Arabie saoudite. Y aura-t-il une riposte ? Et si oui, où, puisque la scène des conflits est en train de s’élargir ? Autant de questions qui hantent le ministre et auxquelles il réfléchit en permanence, seul ou avec ses interlocuteurs.

C’est d’ailleurs pour tenter de limiter l’impact de ces données sur le Liban qu’il a voulu mener, avec les responsables du pays, une campagne préventive pour le renouvellement du mandat de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). C’est vrai que ce mandat expire en général le 31 août de chaque année, mais c’est en mai que l’ONU décide du budget accordé à ses forces dans le monde. Comme il y a actuellement une tendance à limiter les dépenses, le Liban a donc eu peur que des coupures soient effectuées dans le financement de la Finul, ce qui aurait poussé à la réduction de ses effectifs. En même temps, il est clair que cette année, plus encore que les précédentes, les Américains exercent des pressions pour tenter de modifier le mandat des Casques bleus. En principe, il s’agit de rendre cette force plus efficace, comme disent les Américains. Mais en réalité, il s’agit de pousser vers l’élargissement de son mandat pour qu’il lui permette d’être plus agressive. Selon le ministre Hitti, les incidents qui se sont déroulés récemment au Liban-Sud et à la frontière avec Israël sont autant de messages politiques qu’échangent les parties concernées entre elles. Pour éviter la création d’un nouveau fait accompli et d’éventuels développements qui pourraient devenir incontrôlables, le Liban a voulu devancer toutes ces tentatives en déclarant clairement sa position. Il souhaite que le mandat et les effectifs de la Finul restent inchangés, tout en confirmant sa mission de coopération et de soutien à l’armée libanaise. Pour le Liban, la présence de la Finul et le maintien de son mandat et de ses effectifs sont une nécessité pour la stabilité à la frontière, ce qui est dans l’intérêt de la région en cette période de troubles. Selon Hitti, qui a évidemment participé à la réunion des ambassadeurs des pays membres permanents du Conseil de sécurité à Baabda et qui avait, il y a trois semaines, participé à une réunion extraordinaire par vidéoconférence à partir de Baabda des ministres arabes des AE, il s’agit certes d’une période très difficile, mais le Liban n’est pas seul dans sa volonté de maintenir inchangés le mandat et les effectifs de la Finul. Il peut compter sur l’appui de l’Europe, de la Russie et de la Chine, et il pense que même les Américains ne veulent pas vraiment faire monter les tensions à la frontière. En tout cas, il mène une campagne diplomatique active dans ce but.

M. Hitti a d’ailleurs une grande expérience du contexte régional et international. Lors de la guerre de juillet 2006, et alors qu’il était le représentant de la Ligue arabe en France, il avait effectué plus de 20 interventions télévisées et radiophoniques sur le sujet. Il avait même provoqué une vague de sympathie avec le Liban, lorsque, intervenant sur la chaîne France 2 pour commenter les bombardements israéliens contre les civils au Sud, il avait eu les larmes aux yeux. Quand l’ambassadeur d’Israël avait qualifié ces larmes de « larmes de crocodile », M. Hitti avait rétorqué : « Celui qui m’accuse de verser des larmes de crocodile veut m’enlever le droit de pleurer le sang qu’il fait verser. »

Pour le ministre Hitti, être diplomate ne signifie pas renoncer à ses convictions, mais tout est dans la manière de mener le dialogue. Il croit dans le poids des mots et dans le contact direct. Mercredi, il participera ainsi à une rencontre-débat avec des sénateurs et parlementaires français, et il ne compte laisser passer aucune occasion de défendre la cause du Liban, surtout qu’il est conscient du fait que le monde entier traverse actuellement une période particulièrement difficile. Mais rien ne saurait décourager ce coureur de fond, habitué aux efforts de longue haleine. Au sujet de l’impact du Caesar Act, la loi américaine qui vise à sanctionner tout gouvernement, toute entité ou personne qui aide le régime syrien, il précise que la commission formée de cinq ministres pour étudier ce dossier tiendra sa première réunion lundi. En même temps, il suit de près la situation à la frontière avec la Syrie et les mesures de l’armée pour fermer les voies de contrebande. Il a de même vivement condamné la violation de l’espace aérien libanais par les Israéliens pour bombarder la Syrie. S’il est triste pour l’état de la planète, et celui du monde arabe en particulier, il ne le dit pas, il préfère agir.


Diplomate chevronné, avec une longue carrière derrière lui, notamment en tant que chef de mission de la Ligue arabe à Paris puis en Italie, le ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti, apprend désormais « la diplomatie téléphonique ». Pour cet homme qui croyait avoir pratiqué toutes les formes de dialogue, dans ce qu’il appelle « la politique active...

commentaires (4)

Monsieur le nouveau ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti. Votre prédécesseur a fait du Liban un Kaliningrad-sur-la-Méditerranée pour le nouvel empire perse. Nous comptons sur votre patriotisme, votre compétence, votre expérience pour rendre à notre chère Patrie sa dignité, son indépendance et sa grandeur.

Honneur et Patrie

20 h 52, le 06 juin 2020

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Commentaires (4)

  • Monsieur le nouveau ministre des Affaires étrangères, Nassif Hitti. Votre prédécesseur a fait du Liban un Kaliningrad-sur-la-Méditerranée pour le nouvel empire perse. Nous comptons sur votre patriotisme, votre compétence, votre expérience pour rendre à notre chère Patrie sa dignité, son indépendance et sa grandeur.

    Honneur et Patrie

    20 h 52, le 06 juin 2020

  • Oui un diplomate chevronné et un honnête homme mais qui a les mains liés à cause du Hezbollah et du CPL. Sans leur OK, il n'aurait pas pu être ministre des affaires étrangères.

    carlos achkar

    18 h 03, le 06 juin 2020

  • Le Liban ne demande pas la Lune. L'Etat libanais a le droit et le devoir de demander au Conseil de sécurité d'étendre l'action et la présence de la FINUL sur toute l'étendue de la frontière libano-israëlienne interdisant ainsi à tous les fauteurs de troubles d'attaquer Israël avec lequel le Liban avait conclu un armistice en 1949. A défaut de cela, la présence de la FINUL serait vaine et inutile.

    Honneur et Patrie

    15 h 32, le 06 juin 2020

  • en somme, tenons le pour dit-et ce n'est rien de nouveau- les desiderata des usa seront eux SURTOUT ce qui decidera de la suite des choses . faire patte blanche par HN et Co fera necessairement partie du troc.

    gaby sioufi

    11 h 07, le 06 juin 2020