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Le monde d’après : Agnès b. croit à un « sursaut »

Joël Saget/AFP

On parle d’« un monde d’avant » et d’« un monde d’après ». Les habitudes changeront-elles ou, au contraire, tout sera comme avant, avec une frénésie de consommation plus forte ?

J’ai une nature positive et optimiste et j’espère que cette sorte de retraite aura changé des perspectives. Comment partager notre terre ? Là-dessus, il y a une prise de conscience chez les jeunes, et c’est formidable. Tout va ensemble : on a assisté à un appel de paysans pour que la ville vienne les aider, il y a des jeunes qui vont aller s’installer dans des fermes... Il va y avoir un sursaut. On en sortira différents.

Comment avez-vous vécu le confinement?

Je n’avais jamais passé un printemps comme ça. J’adore créer et n’ai jamais autant travaillé. J’avais de la chance d’avoir un grand jardin, qui était comme une île. Je n’avais jamais vu le printemps ainsi, toutes les fleurs éclore les unes après les autres, de manière chronologique. J’ai pris des photos.

La crise économique sera sévère, au risque d’exacerber les tensions sociales, d’alimenter les procès politiques et le populisme?

Je n’aimerais pas être à la place du président. En France, il faut toujours critiquer. Le plus important, c’est d’apporter de l’argent en France, il faut que les riches partagent, absolument. Comment on va s’en sortir si tout le monde ne met pas la main à la pâte ? J’espère qu’il y a une prise de conscience (des besoins) des autres ! Il y a beaucoup de pauvres, des riches trop riches. J’ai connu dans ma vie ce que cela signifie d’être pauvre. Les richesses sont tellement mal réparties. Il y a des gens mal logés, pas logés. Les différences ont toujours existé, il y a eu la Révolution française mais ça n’a rien changé.

Quelle solidarité avec les pays en développement, alors que la chute de la production y affectera les populations ?

Il faut fabriquer là où il faut, là où l’on peut aider... Nous fabriquons certes le plus possible en France, mais nous avons une politique qui consiste à donner une valeur ajoutée aux contrées comme le Pérou – qui produit l’alpaga – ou la Mongolie – qui produit le cachemire. Il y a également des broderies à Madagascar. Il y a toujours cette éthique chez moi.

Le Covid-19 et d’autres virus sont-ils liés à une mauvaise gestion des ressources naturelles ? L’écologie ne risque-t-elle pas de refluer au second plan ?

La jeunesse a conscience de l’écologie et sait que c’est de plus en plus important. J’étais contre la société de consommation. Je soutiens Tara, la goélette amarrée en ce moment au pont Alexandre III qui a fait le tour du monde. C’est ma contribution personnelle à l’écologie d’avoir acheté ce bateau il y a treize ans.

Qu’est-ce qui va se passer dans les océans ? Est-ce qu’on va empêcher ces filets gigantesques qui grattent les fonds marins? Et les voitures qui ne se vendent pas ? Ce n’est pas par hasard, tout est lié. Car il faut que nous nous transformions. J’ai beaucoup de petits-enfants et je vois comme ils sont concernés.

Fabriquez-vous des masques ? Comment le monde de la mode s’accapare-t-il cet accessoire pour le visage ?

On a déjà fabriqué beaucoup de masques, il faut que chaque tissu soit approuvé, c’est très règlementé.

On en a fabriqué dans nos tissus, on en a acheté des réglementaires... Pour ceux qui travaillent avec nous. Sinon j’ai conçu des masques en toile écrue, en toile à patron, avec des sourires de rouge à lèvres de couleurs différentes. Trois couleurs de rouge à lèvres et une bouche juste dessinée pour les hommes. On a fabriqué aussi 2 000 blouses dans le nord de la France pour donner dans les hôpitaux de banlieue… On participe comme on peut !

Jean-Louis de La VAISSIÈRE/AFP


On parle d’« un monde d’avant » et d’« un monde d’après ». Les habitudes changeront-elles ou, au contraire, tout sera comme avant, avec une frénésie de consommation plus forte ?

J’ai une nature positive et optimiste et j’espère que cette sorte de retraite aura changé des perspectives. Comment partager notre terre ? Là-dessus, il y a une...

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