Banques

Quand les parents doivent « mendier » le transfert d’argent à leurs enfants à l’étranger

Avec la crise économique et la mobilisation générale, les parents ont de plus en plus de difficultés à subvenir aux besoins de leurs enfants expatriés.

Des clients faisant la queue devant la succursale d’une banque. Mohammad Azakir/Reuters

La crise économique qui sévit dans le pays, conjuguée à la mobilisation générale et au confinement imposés dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, a rendu encore plus difficile le contact avec les banques et, par conséquent, le transfert d’argent aux étudiants qui poursuivent leurs études à l’étranger. Ces derniers se trouvent dans une situation financière délicate et leurs familles dans le désarroi.

« Jusqu’en février, je pouvais faire des virements automatiques pour payer le loyer de mes filles à Paris, sur base d’une instruction permanente signée à la banque en ce sens », confie Michel, dont les filles poursuivent leurs études universitaires en France. « Le problème se posait au niveau des frais de séjour, poursuit-il. Il fallait à chaque fois que la succursale présente une demande à la direction générale de la banque pour avoir l’autorisation de le faire. Cette procédure nécessite pratiquement une semaine. Je devais le faire tous les mois. »

Depuis le mois de mars toutefois, les choses se sont encore plus compliquées. « Le virement automatique n’est plus effectué, déplore Michel. Il fallait à chaque fois présenter une demande, documents prouvant la location à l’appui, pour pouvoir transférer l’argent. À partir du mois de mars également, la banque n’a plus accepté que les virements en euros se fassent à partir de la devise nationale. Il fallait avoir un compte en dollars. Cerise sur le gâteau, la banque décide du montant mensuel à transférer à mes enfants pour leurs frais de séjour. »

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« Aujourd’hui, nous en sommes réduits à de la pure mendicité, affirme Ramzi, dont le fils poursuit ses études également en France. La banque décide de la somme dont doit disposer mon fils par mois. Nous ne sommes pas libres d’utiliser notre argent comme nous le souhaitons. Jusqu’à présent, j’arrive à gérer la situation. Les frais universitaires sont directement versés sur le compte de l’université. Malgré cela, on me demande parfois des documents supplémentaires. Et les procédures deviennent de plus en plus longues. »

Mountasser confie qu’il est « plus chanceux » que d’autres parents « parce qu’il a un compte en dollars ». « Mais c’est la croix et la bannière à chaque fois que je dois transférer de l’argent à mon fils, affirme-t-il. Tous les mois, je dois présenter à la banque toute une documentation prouvant que mon fils étudie en Espagne pour que le virement soit effectué. En ce qui concerne ses frais de séjour, c’est la banque qui décide de la somme. Tous les mois, je vis le même stress et mène la même bataille. »

Contourner le problème

Si certains parents mènent de véritables batailles avec les directions des banques pour pouvoir subvenir aux besoins de leurs enfants à l’étranger, d’autres ont fait preuve d’ingéniosité pour contourner le problème. Tel est le cas de Noura, dont le neveu poursuit depuis septembre ses études en Espagne. « Avant son départ, il a ouvert un compte en euros que nous alimentions et lui utilisait la carte de crédit pour subvenir à ses besoins, explique-t-elle. C’était une mesure nécessaire, parce qu’il n’avait pas encore de compte bancaire en Espagne. Il devait faire toute une procédure. »

Mais avec le début du mouvement de contestation populaire le 17 octobre, l’aggravation de la crise financière et le confinement, « la banque a réduit le plafond de la carte de crédit à l’international ». « Il n’avait plus droit qu’à 200 euros par mois, déplore Noura. Nous avons alors arrêté d’alimenter son compte bancaire au Liban, en raison des restrictions imposées, d’autant qu’il ne peut pas bénéficier de l’argent. »

Pour résoudre le problème, Noura a dû trouver un autre moyen pour contourner le problème. « J’ai un couple d’amis qui vivent à l’étranger et qui ont des échéances au Liban, raconte-t-elle. Je me suis entendue avec eux pour payer leurs factures. En contrepartie, ils transfèrent l’argent sur le compte de mon neveu en Espagne. »

Face à la situation précaire dans laquelle vivent ces étudiants à l’étranger, « dont la majorité se sont retrouvés sans aucune ressource financière en raison du confinement imposé dans les pays où ils se trouvent dans le cadre des mesures de lutte contre le Covid-19 », le Rassemblement des étudiants libanais à l’étranger a adressé récemment une lettre ouverte aux autorités libanaises concernées dénonçant les restrictions bancaires imposées et les appelant à trouver une solution à « la crise des virements bancaires ». Dans leur lettre, ils insistent sur « les besoins fondamentaux des étudiants » et estiment que cette crise est un « crime humanitaire national » d’autant qu’elle compromet leur avenir universitaire.

Hayan est membre de ce groupe issu du Rassemblement des étudiants de l’Université libanaise qui s’était formé avec le début de la crise. Un grand nombre de ces étudiants se sont expatriés pour poursuivre leurs études à l’étranger. « Les étudiants dont les parents n’ont pas de comptes en dollars se trouvent dans une situation très difficile, fait-il remarquer. Ceux qui continuent à recevoir de l’argent ont un budget limité, fixé par la banque et qui souvent ne suffit pas pour subvenir à leurs besoins. »

Le jeune homme, qui poursuit ses études en gestion, explique qu’en raison des mesures imposées pour lutter contre la pandémie par les pays où ces étudiants se trouvent, « nombre d’entre eux ont perdu leur emploi intérimaire et se trouvent actuellement dans une situation difficile ». « Ils essaient de se débrouiller et ils s’entraident, mais la situation ne peut plus continuer. Le transfert d’argent depuis le Liban reste la seule solution à leurs problèmes », conclut-il.


La crise économique qui sévit dans le pays, conjuguée à la mobilisation générale et au confinement imposés dans le cadre de la lutte contre la propagation du coronavirus, a rendu encore plus difficile le contact avec les banques et, par conséquent, le transfert d’argent aux étudiants qui poursuivent leurs études à l’étranger. Ces derniers se trouvent dans une situation...

commentaires (1)

C est un drame Ce sont des jeunes qui n ont aucune responsabilité dans le declenchement la crise actuelle La seule faute commise est celle de faire des études et de constituer, en théorie , la future élite de la nation Si cela continue ils n ´ auront aucune envie de revenir au Liban contribuant ainsi à l appauvrissement intellectuel de ce pays Bientôt il ne nous restera que les yeux pour pleurer

fadi labaki

16 h 20, le 03 juin 2020

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Commentaires (1)

  • C est un drame Ce sont des jeunes qui n ont aucune responsabilité dans le declenchement la crise actuelle La seule faute commise est celle de faire des études et de constituer, en théorie , la future élite de la nation Si cela continue ils n ´ auront aucune envie de revenir au Liban contribuant ainsi à l appauvrissement intellectuel de ce pays Bientôt il ne nous restera que les yeux pour pleurer

    fadi labaki

    16 h 20, le 03 juin 2020