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Nos Lecteurs ont la Parole

Le cercle des Libanais dépourvus

Non ! ce n’est plus respirable ! Tous les indicateurs sont au rouge. Le pays est en détresse respiratoire aiguë. Son cœur bat très lentement, sa respiration se ralentit et s’alourdit sous le poids des mauvais jours et de la mauvaise gestion. Son pronostic vital est engagé et l’ambiance générale est délétère et l’horizon s’assombrit. Les émissions d’appels d’urgence et de détresse répétées, entendues par des responsables supposés être soignants et bienveillants, mais qui se démènent sans bouger et s’affichent impuissants devant l’ampleur, la gravité d’un problème devenu purement existentiel.

Dépourvus tout d’abord d’une vie décente qu’ils méritaient après tant d’années coincés dans un cercle infernal, les Libanais se trouvaient à tourner en rond sur fond de guerres répétitives et d’insécurité financière et politique. Loin d’être une fiction, c’était leur réalité qui est d’ailleurs toujours d’actualité, et tout autant absurde, angoissante et terrifiante. Ainsi, ils endurent et ils subissent et ils encaissent des coups et des coups, plus ignominieux les uns que les autres, qui mettent leur avenir en danger : l’inquiétude sur leur destinée et sur leur postérité gagne du terrain ; l’anxiété réduit leurs nuits à de simples mouvements d’horloge dénués de sens ; et la vacuité intellectuelle épuisante des supposés thérapeutes et des curateurs fragilise la santé des Libanais et celle de leur pays.

Suspendu sur une ligne de crête, ce peuple est délaissé sans aucune marge de manœuvre, sa situation est critique et le basculement vers la pauvreté est endémique. Tombés de Charybde en Scylla, « min el-dalfé la taht el-mizreb », les Libanais vont ainsi de mal en pis. Le sort qui leur a été réservé par les mauvais usagers de la puissance et du pouvoir n’est autre qu’un saut vers le fond du gouffre et ce peuple est au bout du rouleau. Son momentum s’est accablé de toutes les misères financières, l’inflation, la hausse des prix, l’absence de revenus, la fermeture de commerces, etc. Sa situation sociale tangue et son champ d’action se rétrécit. Des cris du cœur s’élèvent, ils sont alarmants et symptomatiques d’une paupérisation désastreuse et funeste, ils sont assourdissants mais irrationnellement ignorés.

Hypertendus, les Libanais font face depuis des années à une dévaluation de leur niveau de vie, à une dévaluation de leur pouvoir d’achat, à une dévaluation de leur capacité à surmonter les obstacles qui se dressent incessamment sur leur parcours, à une dévaluation de leur monnaie nationale, ils voient leur argent se volatiliser et glisser d’entre leurs mains. Ils basculent dans la misère. Ils sont dans le dénuement. Ils sont éperdus.

Perdus également, dans leur quête de sens à leur vie. Une vie bousculée par des guerres, par des événements imprévisibles, par des chutes brutales et incessantes de l’état général de leur pays. Déboussolés par l’indifférence des myopes de décisions et de visions, les Libanais sont essoufflés et se trouvent actuellement dans une sorte de lassitude généralisée avec des voies respiratoires asséchées et des paroles et des voix cassées, et leur morbidité trouve sa source dans une pathologie à laquelle ils n’ont encore trouvé ni remède ni panacée. Ils suffoquent et l’asphyxie est générale, gravissime et menaçante.

Tondus jusqu’au dernier poil par des tordus, des canailles, des fripouilles et des hypocrites collants qui ont dégarni et dépiauté ce peuple. Tondus, jusqu’au plus profond de leurs ambitions et de leurs aspirations, jusqu’au plus profond de leur potentiel, les Libanais sont en manque. Ils manquent de moyens pour payer l’indispensable et le nécessaire à leur survie, ils manquent d’argent pour payer le plus élémentaire de leur alimentation, le prix du lait a plus que triplé, le riz, le beurre, le café, et j’en passe. C’est invivable ! Bref, une peinture de Soulages résumerait au mieux la description de leur état minable et narrerait à la perfection la situation catastrophique de leur pays.

Disparu, oui disparu, l’argent des Libanais ! Disparue avec lui aussi l’utilité de ce proverbe que nos anciens prenaient plaisir à nous répéter : « Gardez votre argent blanc pour vos jours noirs. »

Une idée de film à nos réalisateurs, basée sur des faits réels, dont le scénario, très inspirant parce que les rôles principaux seront attribués à des pourris, dévoilera la réalité de la situation libanaise au monde. Un récit digne d’un grand film de cartels, effrayant et fascinant à la fois, avec des histoires de fuite d’argent, de blanchiment et de corruption aux plus hauts cercles du pouvoir, avec la complicité des banquiers et des financiers, et puis comme conséquence, la faillite inexorable de tout un peuple. Un film avec des faits montrant la réalité de son combat contre la faim et la pauvreté, et le flagrant contraste entre la petite et minuscule poignée des proches du pouvoir et tout le reste.

Les jours d’après, les jours à venir ne ressembleront jamais aux jours d’avant ! Il y aura toujours des chutes et des rédemptions, des ascensions et des abattements, mais le regard, celui des Libanais aspirant aux lumières, celui de leur liberté, celui d’une vision plus humaine et plus équitable à l’égard de leurs compatriotes, ce regard qui nous a émerveillés lors de leur belle révolte ira toujours vers des hauteurs enchantantes et triomphera.

Malgré toutes les tentatives pour l’étouffer, leur haleine qui s’est délicieusement rafraîchie à la liberté restera toujours invincible. « Pour changer la vie, il faudrait commencer par changer la vie politique », au dire de Pierre Bourdieu. L’avenir des Libanais vacillera toujours entre le souvenir des jours noirs et obscurs et le rêve des lendemains clairs et enthousiasmants.

Et si c’était la lumière qui gagnait? Et si c’était le rêve qui se réalisait ?

Tout est possible !


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour. Merci de limiter vos textes à un millier de mots ou environ 6 000 caractères, espace compris.


Non ! ce n’est plus respirable ! Tous les indicateurs sont au rouge. Le pays est en détresse respiratoire aiguë. Son cœur bat très lentement, sa respiration se ralentit et s’alourdit sous le poids des mauvais jours et de la mauvaise gestion. Son pronostic vital est engagé et l’ambiance générale est délétère et l’horizon s’assombrit. Les émissions d’appels d’urgence et...

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