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Société

Avec la flambée du dollar, certains médecins augmentent leurs honoraires et suscitent la grogne des patients

L’Association pour la protection du consommateur a reçu plusieurs plaintes, et l’ordre des médecins affirme avoir demandé à ses membres de se conformer aux tarifs officiels.

Avec la hausse du dollar, plusieurs médecins ont majoré leurs honoraires, adoptant un taux de change de 3 000 livres pour un dollar. Photo Bigstock

Marie, octogénaire, souffre d’hypertension. Un soir, elle a remarqué que ses chevilles avaient gonflé. Elle appelle son médecin traitant qui s’est rendu chez elle, comme il a l’habitude de le faire à chaque fois qu’elle se sent mal. Il lui prend la tension et lui change les médicaments. La consultation a duré quelques minutes au terme desquelles il a demandé 300 000 livres, l’équivalent de son tarif fixé à 100 dollars.

« Depuis un certain temps, nous recevons presque au quotidien des plaintes de personnes qui ont payé 300 000 ou 400 000 livres la consultation du médecin », explique à L’Orient-Le Jour Zouheir Berro, président de l’Association pour la protection du consommateur. « De nombreux médecins ont décidé de majorer leurs honoraires adoptant un taux de change de 3 000 livres pour un dollar, poursuit-il. En tant qu’association, nous avons soulevé le problème avec le président de l’ordre des médecins, qui a publié une circulaire appelant tous les médecins à se conformer au tarif officiel tel que fixé par l’ordre des médecins. »

M. Berro souligne que de nombreux médecins justifient « cette majoration de leurs honoraires à la cherté de vie ». « En tant qu’association, nous allons publier prochainement un communiqué, affirme-t-il. Notre position est claire. Nous estimons que le pays passe par une période exceptionnelle. De toute son histoire, le Libanais n’a pas connu une telle situation tragique, même aux pires moments de la guerre. Le pouvoir d’achat du citoyen a drastiquement baissé, le taux de chômage est en croissance, sachant que des milliers de personnes ont perdu leur emploi récemment, et les gens n’ont pas accès à leurs économies. »

Se référant aux chiffres publiés par la Banque du Liban, M. Berro rappelle que près de 2,7 millions de Libanais possèdent des comptes en banque, « c’est-à-dire que l’autre moitié de la population n’a pratiquement pas de quoi vivre ». « Près de 96 % de ces comptes ne dépassent pas les 20 000 dollars et environ 70 % d’entre eux comptent à peine 3 000 dollars, note-t-il. Donc le Libanais est plus pauvre qu’on ne le pensait. »

En se basant sur cette réalité, M. Berro appelle les médecins, « dont la majorité vit modestement, à faire preuve de solidarité jusqu’à ce que nous comprenions un peu l’évolution de la situation, d’autant que la consultation est un service local et que rien n’est importé ». « C’est une discussion qui doit se faire au niveau de l’ordre des médecins, sachant que les spécialistes devraient se conformer aux décisions de leur ordre », conclut-il.

Une minorité

« J’ai déjà publié une circulaire appelant les médecins qui ont passé des contrats avec les tiers payants à se conformer aux tarifs officiels de la consultation tels que fixés par ces parties ou au tarif fixé par l’ordre des médecins à 75 000 livres, explique de son côté à L’OLJ le président de l’ordre des médecins, Charaf Abou Charaf. Il n’en reste pas moins que ce métier est libéral, et par conséquent, le médecin est libre de fixer le tarif de sa consultation, et en tant qu’ordre nous ne pouvons pas les obliger à se conformer au tarif fixé. »

Revenant sur les aléas du métier, le Dr Abou Charaf souligne que « les médecins sont tout autant touchés par la situation économique qui sévit dans le pays ». Pour les praticiens, le principal problème reste le retard affiché dans le paiement des factures par les tiers payants, qui sont réglées avec des retards de plusieurs mois, et parfois même de plusieurs années. « Les médecins dont les patients se plaignent sont une minorité et pratiquent essentiellement dans des hôpitaux universitaires, affirme encore le Dr Abou Charaf. La grande majorité n’ont pas changé leurs tarifs. Certains même ne perçoivent pas d’honoraires. Par ailleurs, nous avons de très bons médecins dont les honoraires sont acceptables. Pourquoi les patients n’ont-ils pas recours à eux ? Pourquoi ne protestent-ils pas non plus auprès des médecins ? »

Malgré tout cela, le Dr Abou Charaf assure qu’il publiera une seconde circulaire pour demander aux praticiens de « prendre en considération la situation économique et sociale et de se conformer aux tarifs officiels ».


Marie, octogénaire, souffre d’hypertension. Un soir, elle a remarqué que ses chevilles avaient gonflé. Elle appelle son médecin traitant qui s’est rendu chez elle, comme il a l’habitude de le faire à chaque fois qu’elle se sent mal. Il lui prend la tension et lui change les médicaments. La consultation a duré quelques minutes au terme desquelles il a demandé 300 000...

commentaires (1)

Ça ne sert à rien de leur demander poliment. Pas tous les médecins sont sans coeur. Ce sont surtout les hospitaliers des hôpitaux Universitaires. Une Loi et une amende feront l'affaire. Beaucoup d'entre eux abusent et doivent être freinés. Après tout, la concurrence cassera ces assoiffés d'argent.

Chahine

05 h 29, le 27 mai 2020

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Commentaires (1)

  • Ça ne sert à rien de leur demander poliment. Pas tous les médecins sont sans coeur. Ce sont surtout les hospitaliers des hôpitaux Universitaires. Une Loi et une amende feront l'affaire. Beaucoup d'entre eux abusent et doivent être freinés. Après tout, la concurrence cassera ces assoiffés d'argent.

    Chahine

    05 h 29, le 27 mai 2020