Musique

Au milieu du chaos, le nouvel album de Sandmoon...

Repoussé au moment du déclenchement de la thaoura en octobre 2019, puis à cause de la pandémie de coronavirus, le lancement du nouvel opus « Put a Gun/Commotion » de Sandmoon se fera le 29 mai. À l’occasion, Sandra Arslanian, chanteuse et initiatrice du groupe, raconte la genèse de ce projet ainsi que les enjeux de la sortie d’un album en cette période...

Sandra Arslanian, chanteuse et initiatrice de Sandmoon et ses acolytes musiciens. Photo DR

Il en faut du courage pour sortir un album avec ce que le monde traverse en ce moment, et le Liban plus particulièrement…

Cet album, je le vois comme une lumière au milieu du chaos. Nous vivons, pour la première fois sans doute, quelque chose d’à la fois très intense et très trouble. On ne sait pas de quoi demain sera fait, d’autant plus au Liban où la pandémie se double d’une crise sans précédent. Je crois que la musique, maintenant plus que jamais, est ce qui nous permet d’avaler la pilule. Alors je m’y accroche. Lorsque la thaoura a démarré au Liban, comme beaucoup d’artistes, j’ai dû repousser mes projets, en l’occurrence la sortie de Put a Gun/Commotion déjà, parce que je passais pas mal de temps à manifester dans la rue, et aussi parce que ma tête et mon esprit étaient ailleurs. Nos priorités du moment aussi. Avec la pandémie, l’état d’esprit est différent. Cet enfermement, ce silence m’ont octroyé des moments de réflexion et de recul, essentiels à la production de l’album.

Pour mémoire

Sandmoon, envoûteurs des foules

Pourquoi avoir choisi le titre « Put a Gun/Commotion » ?

C’est le titre de l’une des chansons qui traduit bien l’esprit de l’album dans son ensemble, l’idée d’un chaos, d’une secousse d’où ressort quelque chose de plus pur et de plus fort. D’ailleurs, tout le long de l’album, on passe de chansons crues à d’autres plus célestes, qui flottent. Sur cette chanson où je chante Put a gun against my head/I’ll pretend that I’m dead, il est question de la manière dont le monde est régi par les plus puissants, depuis les coulisses, qui imposent leurs lois aux pions que nous sommes... Cela semble comme un geste prémonitoire, maintenant que l’on soulève de plus en plus la question de la liberté, menacée par ces logiciels de traçage, ces puces que l’on insère sous nos peaux et ces vaccins que l’on nous préconise... Pour ce titre, comme tous les autres, j’ai employé la technique de l’écriture automatique, à la faveur de laquelle les mots me sont venus en un jet, sans que je les modifie par la suite.


La couverture du nouvel album de Sandmoon intitulé « Put a Gun/Commotion ».


Comment prévoyez-vous la période de promotion et la tournée qui sont remises en question à cause de la pandémie et des mesures préventives qui en découlent ?

Il va falloir s’adapter à l’époque qui, naturellement, nous pousse à nous retourner, au moins pour les mois qui viennent, vers le numérique. Sandmoon se concentrera donc plutôt sur une présence en ligne, à travers les plates-formes de téléchargement et les réseaux sociaux. La scène attendra, et ce n’est peut-être pas plus mal ainsi, cette sortie de nos zones de confort nous permettra d’explorer de nouvelles possibilités et façons de faire. Je ne suis pas du genre à vouloir contrer la marche du temps. D’ailleurs, nous n’avons même pas imprimé de copies physiques de l’album…

Pourtant, « Put a Gun/Commotion », en dépit de sa modernité, semble pétri d’un joli anachronisme…

C’est vrai… Au niveau de la musique, l’album semble à la croisée de quelque chose d’actuel, certes, et d’atemporel. Quant aux textes, ils racontent certainement des déchirures, des ruptures, de la douleur, mais aussi la nouvelle page qui s’installe après. Un peu comme les temps que nous vivons aujourd’hui, Put a Gun/Commotion est ce déclencheur de changement qui vient après le vide. Je suis faite de contrastes et cela me plaît bien.

Parlez-nous de la genèse de cet album, avec sa production qui s’est faite parallèlement aux imprévus qui ont secoué le Liban et le monde…

Je me suis lancée dans l’écriture des chansons en 2017, quand tout allait plus ou moins bien. À l’époque, je ne jouais que du piano, et je m’étais donc lancée le défi d’écrire tous les titres à la guitare. J’en ai retenu neuf que j’ai ensuite fait écouter aux musiciens du groupe, ainsi qu’à Fadi Tabbal, le producteur du disque. On a commencé l’enregistrement en 2019, avec la sortie du premier single Fiery Observation dont la réalisation du clip, sorte de road-trip dans la Békaa comme sorti d’un roman d’Agatha Christie, a été confiée à Nadim Tabet. L’idée, puisque j’accorde beaucoup d’importance aux visuels qui accompagnent mes disques, était de créer des chansons imagées, des histoires. Ensuite, comme je le disais, la révolution d’octobre s’est déclenchée et nous a emmenés sur une autre planète, mettant en suspens ce projet qu’on a décidé de peaufiner et finaliser au cours des derniers mois. C’était compliqué, certes, vu les circonstances. Mais de toute manière, donner naissance à un projet de musique indé au Liban n’est pas une mince affaire.

Quel avenir, justement, pour cette scène indépendante libanaise ?

Partout dans le monde, sortir des sentiers battus de la musique commerciale devient de plus en plus difficile, surtout avec la montée de la musique électro. Et encore plus au Liban où la scène indé a toujours survécu grâce aux initiatives privées, aujourd’hui absentes à cause de la crise économique profonde que traverse le pays. Ce constat est d’autant plus triste que depuis 2013, la musique indépendante locale commençait à se faire une place, à la faveur de projets et festivals comme Beirut Jam Sessions, Wickerpark ou Beirut Open Stage…

Pour terminer, si vous deviez qualifier votre nouvel album avec trois adjectifs, lesquels choisiriez-vous ?

Intense, honnête et… passionné.


Il en faut du courage pour sortir un album avec ce que le monde traverse en ce moment, et le Liban plus particulièrement…

Cet album, je le vois comme une lumière au milieu du chaos. Nous vivons, pour la première fois sans doute, quelque chose d’à la fois très intense et très trouble. On ne sait pas de quoi demain sera fait, d’autant plus au Liban où la pandémie se...

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