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Société - Crises sanitaire et économique

Toujours pas de vols de rapatriement pour les employées de maison migrantes

Le retour des travailleurs étrangers doit se faire selon un mécanisme qui respecte leurs droits, selon l’Organisation internationale du travail.

Devant le consulat d’Éthiopie à Hazmieh, des travailleuses attendent de se faire enregistrer pour retourner dans leur pays. Photo AFP

Les premières opérations de rapatriement de travailleuses migrantes devaient débuter hier, avaient annoncé les autorités libanaises. Un avion devait venir d’Addis-Abeba pour ramener chez elles des employées de maison éthiopiennes particulièrement touchées par la crise libanaise économico-financière et davantage fragilisées par la pandémie de coronavirus. Mais l’opération n’a pas eu lieu. Selon l’ambassade d’Éthiopie, ce vol n’était toujours pas programmé. « Nous n’avons pas encore annoncé de date », se contente de dire à L’Orient-Le Jour le consul d’Éthiopie, Aklilu Tatere. Mais du côté de la Sûreté générale, on indique que « l’Éthiopie n’aurait pas trouvé d’avion » pour rapatrier les travailleuses éthiopiennes en situation de grande vulnérabilité coincées au Liban. « L’opération pourrait avoir lieu d’ici à deux jours », estime le porte-parole de la Sûreté générale, le général Nabil Hannoun, précisant que « la décision revient aux autorités éthiopiennes ». Car le rôle de la SG, en cette période exceptionnelle, est de donner le feu vert aux ambassades, après s’être assurée de l’identité des travailleuses migrantes, dont une grande partie est en situation irrégulière. « Nous régularisons leur situation sans contrepartie financière pour leur permettre de quitter le pays, à la condition qu’elles ne fassent pas l’objet d’une plainte judiciaire », affirme le responsable.

Les coûts exorbitants du retour

Dans ce cadre, de nombreuses employées de maison éthiopiennes, philippines, bangladaises ou d’autres nationalités se pressent aux portes de leurs consulats, dans une volonté de quitter le pays du Cèdre. Même chose du côté des travailleurs étrangers, ouvriers, pompistes, éboueurs… Car travailler au Liban ne leur convient plus. Avec la dépréciation de la livre libanaise et la paupérisation des employeurs libanais, leurs salaires fondent comme neige au soleil. Payées dans la monnaie nationale depuis la pénurie de dollars, alors que la promesse d’embauche était basée sur un salaire en dollars, les employées de maison touchent désormais le tiers, voire le quart de leur salaire initial. Et puis les transferts d’argent sont de plus en plus difficiles. Une situation à laquelle vient s’ajouter la crise du coronavirus, qui a mis des milliers de travailleuses au chômage, femmes de ménage ou employées domestiques. L’AFP rapporte le cas de Sophia notamment, une travailleuse domestique éthiopienne sous contrat, renvoyée et jetée dans la rue sans salaire, sans valise, sans passeport et qui n’a qu’un but désormais : rentrer chez elle. Alors, elle attend une promesse de rapatriement devant l’ambassade d’Éthiopie à Hazmieh, comme nombre de ses compatriotes. Or il est de notoriété publique que nombre de pays voient d’un mauvais œil le retour de leur main-d’œuvre qui viendrait grossir les rangs des chômeurs en ces temps de crise mondiale.

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L’ambassade des Philippines a déjà rapatrié 618 employées de maison depuis le mois de décembre 2019, selon le vice-consul des Philippines, Edward Chan. La crise financière battait déjà son plein, et près de 2 000 demandes de rapatriement avaient été déposées, principalement des travailleuses non documentées qui avaient fui le domicile de leur employeur. « La pandémie de Covid-19 a interrompu le processus », regrette-t-il. Aujourd’hui, de nouveaux défis se posent, liés au prix prohibitif des billets d’avion. « Affréter un charter coûterait une fortune, sachant que le billet Beyrouth-Manille coûte aujourd’hui entre 1 200 et 2 300 dollars », affirme M. Chan à L’Orient-Le Jour, précisant que « le consulat apporte un soutien financier aux travailleuses philippines pour leur permettre de rentrer chez elles ».

Pour un retour volontaire et non forcé

Une autre question se pose. Que deviendront les plaintes auprès des autorités libanaises des travailleuses domestiques victimes d’abus, de mauvais traitements ou de non-paiement de leurs salaires et qui décident de quitter le Liban ?

Si le consulat philippin assure un ferme suivi des dossiers de ses ressortissantes auprès du ministère du Travail, sauf en cas de désistement, de nombreuses employées de maison migrantes n’auront jamais gain de cause, malgré les abus dont elles ont été victimes.

C’est la raison pour laquelle l’Organisation internationale du travail insiste pour que le retour des travailleurs migrants du Liban, et plus particulièrement des employées de maison, se déroule selon un mécanisme qui respecte leurs droits. « Il faut d’abord que ce retour soit volontaire et non forcé. Car la travailleuse doit avoir le choix entre trouver un autre emploi sur place ou partir, au cas où l’employeur n’aurait plus les moyens de respecter ses engagements », affirme la porte-parole de l’OIT, Zeina Mezher. « Il est aussi impératif que le rapatriement des travailleuses étrangères du Liban, touchées par la double crise économique et sanitaire, ne soit pas un prétexte pour les délester de leurs droits », ajoute-t-elle. D’autant plus que celles qui désirent quitter le pays sont généralement les plus vulnérables. Pour avoir fui un employeur abusif, elles sont souvent sans documents d’identité. « D’où la nécessité, précise la porte-parole, que l’employeur assume la responsabilité du billet d’avion comme prévu par le contrat de travail, même lorsque son employée a quitté le domicile. » Une réponse qui vient en marge d’une réunion virtuelle destinée à identifier les problèmes de la main-d’œuvre migrante au Liban en ces temps exceptionnels, organisée hier par l’OIT et l’OIM (Organisation internationale des migrations) et qui a réuni tous les acteurs locaux et internationaux, dans le but d’y apporter une réponse globale.


Les premières opérations de rapatriement de travailleuses migrantes devaient débuter hier, avaient annoncé les autorités libanaises. Un avion devait venir d’Addis-Abeba pour ramener chez elles des employées de maison éthiopiennes particulièrement touchées par la crise libanaise économico-financière et davantage fragilisées par la pandémie de coronavirus. Mais l’opération n’a...

commentaires (3)

Il y a beaucoup de maltraitances mais aussi d'affection et d'empathie pour les employées de maison au Liban, j'en discute avec mes helpers au fil de leur contrat, la dernière, une charmante éthiopienne me raconte que beaucoup de femmes de sa communauté envoient leur salaire à leur "fiancé" au pays pour construire leur maison, et puis apprennent par un tiers que ce dernier à bien acheté ou construit mais qu'il s'est marié entre temps et y vit avec sa nouvelle femme; 3 des suicides à déplorer dans notre pays en 2019 ont cette explication. Nous avons le meilleur et le pire dans ce minuscule pays, fasse le ciel que le meilleur triomphe.

Je partage mon avis

13 h 46, le 21 mai 2020

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Commentaires (3)

  • Il y a beaucoup de maltraitances mais aussi d'affection et d'empathie pour les employées de maison au Liban, j'en discute avec mes helpers au fil de leur contrat, la dernière, une charmante éthiopienne me raconte que beaucoup de femmes de sa communauté envoient leur salaire à leur "fiancé" au pays pour construire leur maison, et puis apprennent par un tiers que ce dernier à bien acheté ou construit mais qu'il s'est marié entre temps et y vit avec sa nouvelle femme; 3 des suicides à déplorer dans notre pays en 2019 ont cette explication. Nous avons le meilleur et le pire dans ce minuscule pays, fasse le ciel que le meilleur triomphe.

    Je partage mon avis

    13 h 46, le 21 mai 2020

  • Si ce pays veut vraiment évoluer et si les Libanais veulent des droits il faut commencer à les donner aux autres c’est à dire aux plus démunis (Domestiques, ouvriers, refugies) et ceux quel que soit leur nationalité. Alors il faut tout de suite abolir le système esclavagiste moderne nomme KAFALA et laisser les travailleurs étrangers libres de monnayer leurs services ou bon leur semble, cela enlèvera aussi aux employeurs toutes les charges financières et morales dues aux faits que ces employés sont traités comme des mineurs qui ne peuvent rien faire sans leurs patrons.

    Liban Libre

    12 h 54, le 21 mai 2020

  • TOUT CA EST VRAI. MAIS POUR L'AMOUR SINON DU CIEL DU MOINS POUR L'OBJECTIVITE HONNETE : BEAUCOUP DE TRAVAILLEUSES - BEAUCOUP PLUS QUE L'ON VEUT CROIRE- "FUIENT" LEUR EMPLOYEUR POUR DES RAISONS DE RENTABILITE -EMPLIS EN FREE LANCE BCP MIEUX RÉMUNÉRÉES- PAS DU TOUT PARCEQU'ELLES SONT MAL TRAITEES.

    Gaby SIOUFI

    11 h 17, le 21 mai 2020

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