Rechercher
Rechercher

Initiative

« Plantez, labourez, cueillez, cuisinez ! »... chez vous

Grâce à une initiative lancée par la réalisatrice Nadine Labaki et de nombreux partenaires, la campagne s’invite à la ville pour aider à combattre l’insécurité alimentaire.

Une image tirée de Zarri3et albi (les cultures de mon cœur, NDLR) portée par la réalisatrice Nadine Labaki et de nombreux partenaires engagés dans l’agriculture durable et l’environnement.

Zeina, 40 ans, mère de deux enfants, était enseignante il n’y a pas si longtemps, mais la crise l’a mise au chômage temporairement. Pour contrer la flambée des prix, le stress et la peur de l’avenir, elle s’est tournée vers des terres qu’elle possède dans son village natal de Aïtanit, dans la Békaa-Ouest. « Auparavant, je ne cultivais que quelques plants en pots devant la maison, car je manquais cruellement d’expérience, dit-elle. Mais avec la dégradation des conditions de vie et la difficulté à se déplacer en raison du confinement, je me suis résolue à cultiver les terrains près de chez moi. »

Zeina a bénéficié de plants et de graines gratuits distribués par l’Unité d’environnement et de développement durable (ESDU) de l’AUB. Elle en a acheté d’autres et a profité de quelques conseils pour cultiver des fruits et des légumes, et en faire bénéficier sa famille. Mais pour elle, la question de la sécurité alimentaire en ces temps difficiles n’est qu’une partie de l’expérience. « À un moment où nous nous sentons prisonniers d’une situation inextricable, ce retour à la terre est salutaire, il nous aide à faire face », dit-elle.

Lire aussi

Pour le représentant de la FAO au Liban, il est essentiel aujourd'hui de soutenir les agriculteurs

Comme Zeina, ils sont nombreux, dans les villages et, de plus en plus, dans les villes, à vouloir cultiver leur lopin de terre, leur jardin, voire leur balcon ou leur toit. C’est dans ce contexte qu’a été lancée, récemment, une initiative baptisée Zarri3et albi (les cultures de mon cœur, NDLR) par la réalisatrice Nadine Labaki et de nombreux partenaires engagés dans l’agriculture durable et l’environnement. Dans une vidéo qui circule sur internet et sur quelques chaînes locales ces derniers jours, on voit nombre de célébrités, ainsi que des citadins de tous bords, prendre plaisir à cultiver plantes et légumes sur leur toit, leur balcon, dans leur jardinet ou sur un terrain abandonné près de chez eux, en entonnant un air entraînant que l’on connaît bien, puisqu’il provient de l’un des grands succès de Nadine Labaki au cinéma, composé par son mari Khaled Mouzannar. Les paroles – adaptées par l’artiste avec l’homme de théâtre Georges Khabbaz – incitent le public à « semer, planter, labourer, irriguer, élaguer, cueillir, cuisiner… chez soi, pour nourrir sa famille », en encourageant l’agriculture, notamment urbaine.

En ces temps de confinement et de crise économique, cultiver chez soi est une des grandes tendances en ce moment. La campagne Zarri3et albi tente de rassembler les différentes initiatives pour soutenir de manière pratique les personnes désireuses de se lancer dans cette aventure.

Dans un communiqué de presse distribué par son bureau de communication, on précise que Nadine Labaki s’est appuyée sur des spécialistes universitaires et issus de la société civile en matière de développement durable, en vue de consolider l’initiative et la diffuser sur tout le territoire libanais. Parmi les principaux partenaires figurent la faculté d’agriculture de l’AUB avec le programme « Ardi ardak » de l’unité ESDU (voir plus haut), les associations « Beit el-baraka », « Bouzourouna jouzourouna », « Regenerate Lebanon », « Agronote », l’Initiative agricole populaire, « Sikka » et « Izraa ».

En faire une tendance durable

« Ce type d’initiatives rencontre aujourd’hui du succès parce que l’idée a mûri chez les gens », explique à L’OLJ Chadi Hamadé, directeur de l’ESDU. Ce militant écologiste de longue date fait remarquer, non sans ironie, qu’une initiative en faveur de l’agriculture urbaine, lancée il y a cinq ans par son unité, s’était heurtée à l’indifférence du public et des autorités locales. « Avec la hausse vertigineuse des prix et les difficultés économiques, c’est devenu une question majeure de sécurité alimentaire, dit-il. Après une longue période de négligence, les gens reviennent à la terre et se rendent compte de son potentiel. »

Toutefois, la diffusion de ces idées auprès des citoyens ne doit pas faire oublier l’agriculteur professionnel, gardien de la production alimentaire, aujourd’hui en grande difficulté. « Les petits agriculteurs, qui composent 85 % de la force agricole de ce pays, sont aujourd’hui lourdement endettés et souvent en faillite, souligne M. Hamadé. L’agriculture urbaine n’est qu’une composante de notre travail, l’autre consiste à soutenir les petits cultivateurs et à encourager les investissements par le secteur privé, afin que les initiatives comme celles-ci deviennent durables. »

Lire aussi

Les dames de « Khebez wou meleh » à l’aide des familles les plus démunies

En attendant, l’intérêt de la population pour l’agriculture ne faiblit pas. Le directeur de l’ESDU qualifie « d’avalanche » le nombre de personnes intéressées par l’agriculture urbaine. Mais cet engouement ne risque-t-il pas de n’être qu’un phénomène de mode ? « Nous essayons au moins d’en faire une mode durable », répond-il en riant.

Zeina, la mère de famille qui s’est mise à l’agriculture, affiche sa motivation. « C’est un plaisir d’opérer ce retour à la terre, j’espère même en faire un investissement en bonne et due forme à l’avenir », lance-t-elle, enthousiaste.

Les personnes qui souhaitent obtenir des conseils et des directives dans ce domaine peuvent contacter le 78/961034 pour plus d’informations.


Zeina, 40 ans, mère de deux enfants, était enseignante il n’y a pas si longtemps, mais la crise l’a mise au chômage temporairement. Pour contrer la flambée des prix, le stress et la peur de l’avenir, elle s’est tournée vers des terres qu’elle possède dans son village natal de Aïtanit, dans la Békaa-Ouest. « Auparavant, je ne cultivais que quelques plants en pots devant...

commentaires (3)

Formidable initiative que de voir des gens redécouvrir les plaisirs du jardinage. Bien entendu, la crise économique n'y est pas étrangère et cela nous le regrettons forcément toutes et tous. Notre église a pour sa part initié un projet d'apiculture en ville il y a 1 mois et demi en lien avec un apiculteur libanais bio professionnel comptant 4 ruches qui doivent maintenant essaimer 2 nouveaux essaims et ce en plein cœur de Beyrouth dans le cimetière protestant français à Sodeco. Alors c'est vrai, nous n'avons pas de bureau de presse mais la multiplicité des projets à petite échelle qui donnent du baume au cœur et à l'âme mériteraient tous de faire partie d'une page entière dans nos journaux tant les mauvaises nouvelles s'amoncellent dans le ciel libanais.

Eglise Protestante Française au Liban

14 h 23, le 19 mai 2020

Tous les commentaires

Commentaires (3)

  • Formidable initiative que de voir des gens redécouvrir les plaisirs du jardinage. Bien entendu, la crise économique n'y est pas étrangère et cela nous le regrettons forcément toutes et tous. Notre église a pour sa part initié un projet d'apiculture en ville il y a 1 mois et demi en lien avec un apiculteur libanais bio professionnel comptant 4 ruches qui doivent maintenant essaimer 2 nouveaux essaims et ce en plein cœur de Beyrouth dans le cimetière protestant français à Sodeco. Alors c'est vrai, nous n'avons pas de bureau de presse mais la multiplicité des projets à petite échelle qui donnent du baume au cœur et à l'âme mériteraient tous de faire partie d'une page entière dans nos journaux tant les mauvaises nouvelles s'amoncellent dans le ciel libanais.

    Eglise Protestante Française au Liban

    14 h 23, le 19 mai 2020

  • Ce clip a atteint l'Everest du mauvais goût, tant pour les paroles que pour la musique! Vergogna!

    Georges MELKI

    10 h 58, le 19 mai 2020

  • BRAVO!!!! et si l'on n'a pas les moyens financiers d'aider les petits agriculteurs ,on a toujours des bras qui seront ,et comment ,les bienvenus !J.P

    Petmezakis Jacqueline

    07 h 34, le 19 mai 2020