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Éclairage

En Égypte, énième assaut contre la presse indépendante

La rédactrice en chef du site d’informations en ligne Mada Masr a été brièvement arrêtée, dimanche soir, avant d’être relâchée sous caution.

La rédactrice en chef du journal indépendant « Mada Masr », Lina Attalah. Photo prise du site madamasr.com

Dimanche 17 mai, milieu de journée au Caire devant la prison de Tora, un vaste complexe pénitencier de la capitale égyptienne tristement célèbre pour sa pratique de la torture et où séjournent plusieurs milliers de détenus criminels et de prisonniers politiques. Lina Attalah, 37 ans, cofondatrice et rédactrice en chef de Mada Masr, site d’informations indépendant, y interroge Laila Soueif, mère de l’activiste Alaa Abdel Fattah, détenu depuis 2019, et actuellement en grève de la faim depuis que les autorités ont interrompu les visites familiales. Lina Attalah est arrêtée dans la foulée, brièvement détenue, interrogée, avant d’être remise en liberté sous caution le soir même aux alentours de 23 heures. « Lina a été accusée de filmer une installation militaire (la prison de Tora) sans autorisation préalable de la part des autorités compétentes », relate à L’OLJ Sharif Abdel Kouddous, journaliste à Mada Masr. « La journaliste a été interrogée par le bureau du procureur, puis relâchée contre une caution de 2 000 livres égyptiennes (126 $), mais le risque d’arrestation demeure toujours présent pour tout journaliste dans ce pays », rappelle-t-il. Un prétexte pour beaucoup, qui s’ajoute aux différents dispositifs, légaux ou sécuritaires, auxquels les autorités ont recours afin de justifier les arrestations. « C’est évidemment une arrestation arbitraire, Lina ne faisait que son travail. Mais les autorités n’en auront que faire et l’accuseront d’un chef d’accusation anecdotique, tel qu’une atteinte à la sécurité nationale ou appartenance à un groupe illégal… », observe Amr Magdi, chercheur spécialiste de l’Égypte au sein de l’ONG Human Rights Watch.

« Le risque d’arrestation est omniprésent »

Le média en ligne Mada Masr, considéré comme l’un des derniers bastions du journalisme indépendant en Égypte, est connu pour ses prises de position critiques et ses enquêtes à charge contre le pouvoir. Ce qui en a fait une cible privilégiée des autorités qui avaient déjà procédé à l’arrestation de plusieurs membres de la rédaction, dont Mme Attalah, et à la perquisition des locaux en novembre dernier. Ce média fait également partie des publications censurées et bloquées par les autorités, dont l’accès n’est possible en Égypte que grâce à un VPN (réseau privé virtuel).

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« Pourquoi elle, Lina Attalah, et Mada Masr ? Parce que c’est une professionnelle qui essaie de faire son travail, un travail qui semble être un crime à l’ère du président Sissi », s’indigne Amr Magdi.

L’arrestation, qui a rapidement provoqué l’indignation sur les réseaux sociaux, rappelle en effet les méthodes autoritaires du président Sissi, au pouvoir depuis 2014, qui use de l’argument sécuritaire afin de bâillonner la critique. « L’atmosphère générale est de plus en plus hostile aux journalistes indépendants. Le risque d’arrestation est omniprésent, sans autre protection que l’intégrité de notre travail. Nous continuons donc de faire de notre possible pour couvrir ce qui se passe au meilleur de nos capacités, nous faisons attention d’utiliser des moyens de communication sûrs et prenons nos précautions pour rester en sécurité », témoigne Sharif Abdel Kouddous.

Les autorités ont ainsi progressivement renforcé au cours des dernières années l’arsenal législatif et le régime de criminalisation qui pèse sur la presse. « Les autorités ont multiplié les arrestations en détention provisoire. Les charges les plus couramment utilisées sont les accusations pour allégations mensongères ou appartenance à un groupe illégal, qui tombe sous le coup de la loi antiterroriste. Les juges renouvellent régulièrement les ordres de détention tous les 15 ou 45 jours, tandis que les avocats de la défense ont souvent peu de moyens pour y recourir. Dans la plupart des cas, il y a très peu, voire aucune preuve des charges, une procédure légale faible, souvent inexistante. Les avocats font de leur mieux, mais les détenus passent souvent des mois, voire des années, derrière les barreaux sans être jugés ou condamnés », déplore Sharif Abdel Kouddous.

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L’Égypte occupe le 166ème rang dans le classement Reporters sans frontières (RSF) de la liberté de presse 2020, dans lequel elle a perdu trois places par rapport à l’année précédente. En 2019, « 49 journalistes ont été tués, 389 sont actuellement en détention et 57 sont otages », signale un rapport publié par RSF en décembre 2019. En janvier, des journalistes de l’agence de presse turque Anadolu avaient été arrêtés au Caire pour avoir diffusé de « fausses nouvelles » sur l’Égypte. « Le droit international est clair, il condamne ce genre d’attaques à l’encontre de la presse et de la liberté d’expression », note Amr Magdi, avant de conclure : « Même le droit égyptien garantit un certain nombre de ces libertés, mais évidemment, il ne s’agit plus ici du droit, mais d’un système sécuritaire qui fonctionne comme il l’entend et se pense au-dessus de toute loi. »


Dimanche 17 mai, milieu de journée au Caire devant la prison de Tora, un vaste complexe pénitencier de la capitale égyptienne tristement célèbre pour sa pratique de la torture et où séjournent plusieurs milliers de détenus criminels et de prisonniers politiques. Lina Attalah, 37 ans, cofondatrice et rédactrice en chef de Mada Masr, site d’informations indépendant, y interroge...

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C'est ce que s'efforcent de faire Trump, Poutine ou Erdogan! En Chine c'est fait, mais le Liban n'est pas épargné par cette vague, malheureusement.

TrucMuche

11 h 53, le 19 mai 2020

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Commentaires (1)

  • C'est ce que s'efforcent de faire Trump, Poutine ou Erdogan! En Chine c'est fait, mais le Liban n'est pas épargné par cette vague, malheureusement.

    TrucMuche

    11 h 53, le 19 mai 2020