Rechercher
Rechercher

Économie - Finances Publiques

Le déficit en janvier traduit la dégradation spectaculaire

L’entrée du ministère des Finances à Beyrouth. Photo ANI

Le ministère des Finances a publié cette semaine les premiers chiffres relatifs au déficit public de l’année 2020 sur la période de janvier. Sans surprise, ces données reflètent la dégradation de l’état des finances publiques du pays, qui venait alors de former un nouveau gouvernement, et qui allait, deux mois plus tard, faire défaut sur sa dette publique en devises. Cet exécutif a remplacé le précédent qui avait démissionné fin octobre dans le sillage des manifestations populaires qui avait démarré le même mois pour contester une classe politique jugée corrompue et incompétente. Enfin le pays était déjà sur la pente descendante en janvier 2019 et espérait alors compter sur le quatrième sommet économique et social de la Ligue arabe organisé à Beyrouth pour négocier un soutien financier de la part des pays du Golfe.

Le pays traverse une grave crise économique et financière dont les effets ont commencé à éclater au grand jour l’été dernier. L’un des plus flagrants concerne la dépréciation de la livre chez les agents de change du marché noir, dans des proportions affolantes par rapport au taux officiel de 1 507,5 livres pour un dollar, toujours appliqué pour une partie des transactions bancaires. Pour des raisons pratiques, L’Orient-Le Jour a décidé de convertir les chiffres du déficit au taux officiel, et non au taux du marché noir (4 250/4 350 livres hier) ni au taux imposé aux changeurs agréées (3 200 selon la circulaire de la Banque du Liban n° 553 du 28 avril). Le taux livre/dollar du marché noir avait atteint 2 200 livres pour un dollar à fin janvier, selon le site lebaneselira.org.

Déficit primaire

Ainsi le déficit public a atteint 1 010,62 milliard de livres à fin janvier, soit 670,4 millions de dollars au taux officiel, ce qui représente une hausse de 820 % par rapport au 109,78 milliards de livres atteints à fin janvier 2019 (72,8 millions de dollars). Cette variation reste spectaculaire, même en tenant compte du fait que les écarts sont généralement plus importants sur les comparaisons en début d’exercice. Le déficit primaire (sans compter le service de la dette) s’est élevé à 491,98 milliards de livres (326 millions de dollars). En janvier 2019, le pays avait dégagé un excédent primaire de 349,34 milliards de livres (231,7 millions de dollars).

Le déficit représente ainsi près de 40 % des dépenses publiques totales sur le même exercice, qui ont atteint de leur côté 2 549,59 milliards de livres, soit 1,7 milliard de dollars, un chiffre en hausse de 39 % comparé à la même période un an plus tôt. Les avances du Trésor à Électricité du Liban (EDL) ont bondit de 188 % à fin janvier, pour atteindre 286,35 milliards de livres (près de 190 millions de dollars).

À l’époque, l’établissement public avait affirmé avoir dû baisser sa production d’un quart en évoquant des incertitudes liée au déblocage de ses avances du Trésor remontant à décembre. Le budget 2020, qui n’avait pas encore été adopté a finalement été voté fin janvier, avec une enveloppe de 1 500 milliards de livres (1 milliard de dollars) dédiée à EDL pour l’année. Contacté, une source à l’établissement public a lié l’origine de cette hausse en janvier à la méthodologie comptable du ministère des Finances.

Mais le gros de la hausse des dépenses publiques est lié à celle des « dépenses générales », qui inclut en principe les rémunérations du secteur public et qui ont bondi de 57 %, à 1 888,90 milliards de livres ou 1,25 milliard de dollars.

Les recettes de l’État ont reculé de 10,8 % sur la même période, à 1 538,96 milliards de livres (1,02 milliard de dollars). Une baisse calquée sur celle des recettes fiscales (-10,5 % sur la même période à 1 217,78 milliards de livres ou 807,8 millions de dollars). Les recettes des Télécoms ont elle reculé de 20 % (100 milliards de livres, soit 66 millions de dollars).

Transparence budgétaire : le Liban toujours parmi les derniers, selon une enquête

Le Liban a gagné trois points par rapport au dernier classement bisannuel de la transparence budgétaire (Open Budget Survey-OBS) récemment publié par l’International Budget Partnership (IPB). Sa note extrêmement basse de 6 sur 100 (malgré la hausse de trois points) le place au 108e rang sur 117 pays étudiés. Il reste très en dessous de la moyenne mondiale de 45 points.

Pour établir son indice, l’IPB évalue la qualité des informations fournies (extensives, significatives, moyennes, minimales, maigres, non accessibles au public, publiées en retard ou nulles) par les huit documents-clés censés avoir été publiés par les autorités en 2014. Or cinq de ces huit documents ont été produits, dont uniquement deux publiés : le rapport de fin d’année et le budget des citoyens.

C’est bien ce dernier document, publié en mai dernier par l’Institut des Finances Basil Fuleihan pour la troisième année consécutive en collaboration avec la direction générale des Finances – direction du budget et du contrôle des dépenses –,

qui a permis de relever la note de 3 points. Ainsi, ce rapport est une composante « essentielle pour la transparence » selon l’Institut. Le Liban se trouve toutefois bien en dessous des 61 points requis par l’IPB pour le pays soit considéré comme étant transparent afin de pouvoir « favoriser le dialogue ». À noter que l’institut international révèle que la plupart des gouvernements ne rendent pas leurs budgets accessibles facilement au public et recommande donc de les publier sur internet. Ainsi, seuls 31 pays sur 117 ont un niveau de transparence budgétaire suffisante pour permettre aux citoyens de réagir à l’annonce du budget, la Jordanie étant le seul pays arabe à faire partie de ce lot avec un score de 61 points.


Le ministère des Finances a publié cette semaine les premiers chiffres relatifs au déficit public de l’année 2020 sur la période de janvier. Sans surprise, ces données reflètent la dégradation de l’état des finances publiques du pays, qui venait alors de former un nouveau gouvernement, et qui allait, deux mois plus tard, faire défaut sur sa dette publique en devises. Cet exécutif a remplacé le précédent qui avait démissionné fin octobre dans le sillage des manifestations populaires qui avait démarré le même mois pour contester une classe politique jugée corrompue et incompétente. Enfin le pays était déjà sur la pente descendante en janvier 2019 et espérait alors compter sur le quatrième sommet économique et social de la Ligue arabe organisé à Beyrouth pour négocier un soutien financier de la part des...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut