Rechercher
Rechercher

Lifestyle - Confinement à Beyrouth

XVII- Mutations et autres sagesses

Photo DR

Le nez dehors, façon de parler. Le nez bien rangé sous le masque, une incursion à la banque commençait à se faire urgente ce matin. Les distances sont respectées, tout le monde est dûment équipé, on vous alcoolise les mains, on vous fait enfiler des gants de latex, on vous pointe un senseur thermique ; passera, passera pas ?... Il faut prévoir que les banques retirent entre 1h et 3h de votre vie en contrepartie des quelques billets qu’elles vous lâchent, visiblement à contrecœur. Sur le coup de midi, un employé interpelle le gardien promu surveillant sanitaire : « Ça y est ? Tu peux me rendre ce thermomètre ? Pas trop tôt! On a eu assez de corona pour aujourd’hui. » Déposants de toutes qualités, sachez-le, en ces temps où les banques ont remballé leurs publicités qui prétendaient donner des ailes à vos ambitions et faire briller le soleil sur commande, voilà le nouveau nom qu’elles vous donnent : corona, au propre et au figuré. Cependant victimes, comme tout le monde sur ce chaotique rivage, de leurs propres mauvais choix, les banques libanaises par ces méthodes inédites se tirent à l’évidence une balle dans le pied et précipitent malgré elles la fin de leur règne. Entre l’ancestral bas de laine et l’avènement imminent du tout électronique, la disparition du guichet ne saurait tarder, et avec elle toute possibilité de rencontre avec le directeur ou la directrice qui, de toute manière, n’ont déjà aucune marge de manœuvre au-delà de ce que dicte le tout puissant système affiché sur leur ordinateur.

Dans la même série

XVI – De l’aube à midi sur la mer

Mais ne nous étendons pas sur ce sujet qui fâche. Nos avons été inondés ces derniers jours par l’inouï halo rosé de la dernière « Super Moon » de la sinistre année 2020. Mon amie Bandana Tewari, descendante d’une famille de brahmanes, me révèle que cette lune florale coïncide avec l’anniversaire du Gautama Bouddha, le pur, le parfait. Autant dire Noël. Cette ancienne rédactrice en chef de Vogue India a tourné le dos au tourbillon stérile que lui imposait sa position à la tête d’une publication de luxe à tirage phénoménal, pour se retirer dans un village de la jungle balinaise. Là, elle explore avec les artisans les diverses manières de reconvertir les ressources usagées, sauvant à sa mesure quelques infimes parcelles de l’avenir compromis de notre planète. En hommage à Bouddha, elle récite les sagesses apprises : « Il n’est pas, en ce monde, d’obscurité qui puisse éteindre la flamme d’une seule petite bougie. Nourrir en soi la haine, c’est s’empoisonner en espérant voir l’autre mourir. On ne perd que ce à quoi l’on s’attache. La douleur est certaine, mais la souffrance est un choix. » Merci Bandana, hier soir j’ai pris avec M. un bain de lune rose autour de mon quartier. Ton Bouddha m’a remplie en son anniversaire des seules sagesses qui comptent : amour, détachement des choses matérielles, inclusion, acceptation.

Le virus nous rappelle à l’ordre. Avons-nous triomphé trop vite, au vu du petit nombre de contaminations affiché la semaine dernière ? Le compteur remonte et le Covid-19 nous tape sur les doigts. Plus que jamais, il souligne l’interdépendance du vivant. À l’évidence, tant qu’il restera un seul porteur sur cette Terre, nul ne sera à l’abri de la maladie. Pour longtemps encore il nous faudra vivre avec, nous habituer à parler et respirer derrière ce masque qui efface la moitié du visage. Les enfants nés d’aujourd’hui et des prochaines années s’habitueront spontanément à déchiffrer les regards à défaut de lire les expressions. Ainsi de l’amour et de l’érotisme dont les signaux s’échangent déjà avec les yeux. Paradoxalement, les cultures qui rejetaient à tort ou à raison le voile dit islamique sont à leur tour contraintes, d’une certaine manière, de se voiler. Quiconque a tenté en Afghanistan ou en Arabie saoudite quelque mission secrète, se croyant anonyme sous un niqab ou une burqa, a fait les frais de sa naïveté : on s’habitue vite à reconnaître une femme sous ces manteaux de chasteté. La démarche, l’allure, quelque chose dans la silhouette, la hanche, la manière de poser le pied, les locaux ne s’y trompent jamais. Nous mutons avec le virus. Salut, les nouveaux Terriens !

Dans cette rubrique prévue tous les lundis, mardis et vendredis tant que durera la crise, Fifi Abou Dib se propose de partager avec vous des pensées aléatoires issues du confinement.


Le nez dehors, façon de parler. Le nez bien rangé sous le masque, une incursion à la banque commençait à se faire urgente ce matin. Les distances sont respectées, tout le monde est dûment équipé, on vous alcoolise les mains, on vous fait enfiler des gants de latex, on vous pointe un senseur thermique ; passera, passera pas ?... Il faut prévoir que les banques retirent entre 1h et 3h de...

commentaires (1)

oui ,mais chacun(e) son masque!J.P

Petmezakis Jacqueline

07 h 15, le 11 mai 2020

Tous les commentaires

Commentaires (1)

  • oui ,mais chacun(e) son masque!J.P

    Petmezakis Jacqueline

    07 h 15, le 11 mai 2020

Retour en haut