Rechercher
Rechercher

Économie - Crise

Plan de redressement : que veulent modifier les banques ?

Dans un récent rapport, Bank Audi appelle l’exécutif à revoir la « distribution des pertes ».

L’un des accès à la rue des Banques à Beyrouth, qui a été barricadée depuis le début des manifestations du 17 octobre 2019. Aziz Taher/Reuters

Les représentants du secteur privé, Association des banques du Liban en tête, militent depuis une semaine pour contraindre le gouvernement à modifier plusieurs aspects du plan de redressement du pays qu’il a adopté le 30 avril et transmis au Fonds monétaire international (FMI) en même temps que sa requête officielle pour une demande d’assistance (voir encadré). Le Premier ministre libanais Hassane Diab s’est même entretenu mardi avec la directrice de l’organisation, Kristalina Georgieva, qui a qualifié le même jour sur Twitter la stratégie de « pas important en avant face aux défis économiques » du pays.

Ce plan doit jouer un rôle essentiel dans les négociations que le Liban doit entreprendre avec ses créanciers pour restructurer sa dette publique, le pays ayant fait défaut sur ses obligations d’État en devises (eurobonds) en mars dernier. Il dresse un diagnostic, plutôt exhaustif et chiffré, de la grave crise économique, financière et monétaire que traverse le pays et pose les bases d’une feuille de route qui ambitionne d’amorcer un redressement durable en organisant d’abord la période allant de 2020 à 2024.

Différentes interprétations

Si elle reconnaît certaines vertus au plan, l’Association des banques du Liban (ABL) – membre des organismes économiques, une organisation patronale qui lui emboîte le pas – s’est néanmoins montrée très critique à l’égard des solutions privilégiées par l’exécutif pour restructurer le secteur bancaire. Le gouvernement a notamment exclu de facto tout renflouement des banques par l’État et a souligné sa volonté d’épargner une grande partie des déposants. Une position qui met les actionnaires des banques – dirigeants et détenteurs d’actions préférentielles – en première ligne pour compenser ces pertes, devant les grands déposants qui devraient se voir proposer un bail-in (un échange d’une fraction de leurs dépôts contre des actions dans la banque où ils sont clients).

Le plan n’a pas encore arrêté de mesures de façon définitive, mais a listé une série d’options allant dans ce sens et ses auteurs espèrent également pouvoir compter sur une restitution d’une partie de l’argent détourné pour pouvoir atteindre leurs objectifs. Le remboursement des dividendes perçus depuis 2016, la perte du capital qu’ils détiennent actuellement et l’obligation de recapitaliser les établissements bancaires du pays sont ainsi les premières mesures envisagées pour combler les dizaines de milliards de dollars de pertes du secteur bancaire. Des pertes liées à leur exposition à la dette publique, ainsi qu’aux pertes accumulées par la Banque du Liban.

Mais l’ABL ne l’entend pas de cette oreille et reproche à l’exécutif de vouloir lui faire porter à elle seule la charge des pertes tout en « exonérant » les politiques et les fonctionnaires « de toute responsabilité », selon les termes employés mardi par les organismes économiques, auxquels l’ABL s’est associée. Les deux instances ont en outre reproché à l’exécutif d’avoir opté pour des mesures « destructrices » pour l’économie qui détourneront investisseurs et déposants à long terme. Ils accusent en outre l’État de ne pas avoir suffisamment déployé d’efforts pour réformer les institutions publiques.


Lire aussi

Le secteur privé très remonté contre le plan de redressement


Cette interprétation n’est toutefois pas partagée par l’ensemble du secteur bancaire – toutes les banques n’étant pas exposées de la même manière aux pertes constatées. Certaines voix estiment en effet que, bien que perfectible, la solution explorée par l’exécutif respecte « l’orthodoxie souhaitée par le FMI et les membres du Groupe international de soutien au Liban, compte tenu de la responsabilité des banques dans la crise actuelle, et des bénéfices qu’elles ont dégagés ces dernières années en investissant dans la dette libanaise », considère un expert sous couvert d’anonymat. « Il n’y a plus vraiment d’autre issue et on ne peut pas décemment demander aux déposants de payer encore plus qu’ils ne l’ont déjà fait », ajoute-t-il.

Confrontés à une brutale dépréciation de la livre par rapport au dollar (il fallait environ 4 200 livres pour un dollar hier selon le taux du marché noir, les changeurs agréés étant officiellement en grève depuis le 23 avril), les Libanais ont en effet été étranglés ces derniers mois par les restrictions mises en place illégalement par les banques depuis la fin de l’été. Un juriste souligne pour sa part que ce que prévoit le plan du gouvernement est moins sévère que ce que prévoit la loi libanaise en ce qui concerne la responsabilité des propriétaires et des conseils d’administration des banques en cas de faillite, même de bonne foi.

Réunion mercredi prochain

Dans son dernier rapport trimestriel publié mercredi, le département de recherche de Bank Audi a dressé une analyse plutôt consensuelle pour appeler l’État à revoir sa copie concernant la « distribution des pertes ». Les auteurs du rapport reconnaissent par exemple le fait que l’exécutif a intégré des réformes « tangibles » pour tenter d’assainir les finances publiques, des efforts « réels pour stimuler la croissance et la compétitivité » et une dimension « sociale » incarnée par le renforcement des filets de protection visant les personnes « les plus vulnérables ». Le département dirigé par Marwan Barakat estime cependant improbable que le FMI accorde l’ensemble des 10 milliards de dollars sur lesquels le gouvernement compte. La banque estime en outre qu’avant d’envisager un « bail-in » ou un haircut (une ponction sèche sur les dépôts), l’exécutif devrait d’abord mettre les actifs de l’État (infrastructures et propriétés immobilières notamment) sur la table pour rembourser une partie de la dette publique – dont les banques détiennent donc une partie. Elle suggère enfin la création d’un « fonds étatique » avec des « actifs publics en garantie ».

L’ABL ne compte en tout cas pas en rester là et a déjà annoncé être en train de préparer des propositions alternatives au plan, qui devraient être présentées lors d’une réunion de la commission des Finances et du Budget mercredi prochain spécialement consacrée au dossier. « Les organismes économiques, l’ABL ainsi que plusieurs autres organisations sectorielles participeront à la réunion aux côtés des députés qui sont nombreux à penser que certaines mesures envisagées par le gouvernement sont contre-productives », a déclaré le président de la commission Ibrahim Kanaan. Le député a déjà présidé deux réunions cette semaine consacrées au plan de redressement, dont une première lundi lors de laquelle le ministre des Finances, Ghazi Wazni, et celui de l’Économie et du Commerce, Raoul Nehmé, ont répondu aux questions des députés. « Il y a un consensus sur le fait qu’il faut revoir la façon dont les pertes du secteur bancaire ont été calculées », affirme-t-il.


Le Liban peut espérer 4 à 9 milliards de dollars du FMI, selon l’IFI

Réagissant à la publication du plan de redressement du gouvernement de Hassane Diab adopté la semaine passée, l’économiste en chef pour la zone du Moyen-Orient et l’Afrique du Nord (MENA), Garbis Iradian, de l’Institut de la finance internationale (IFI), salue ce plan qui est, selon lui, « le premier à être exhaustif, honnête et ambitieux » depuis 1992. L’IFI est une association qui rassemble plusieurs grandes banques et institutions financières dans le monde.

L’expert, qui a travaillé près de 20 ans au FMI, estime cependant que l’aide à laquelle pourra prétendre le Liban – qui a officiellement demandé une aide à l’organisation la semaine dernière – ne pourra atteindre 10 milliards de dollars mais devrait osciller dans une fourchette allant de « 4,35 à 8,7 milliards de dollars durant une période de trois à quatre ans dans le cadre du mécanisme élargi de crédit (MEDC) du FMI ». Ce programme permet au Liban d’obtenir un financement entre cinq à dix fois son quota de 870 millions de dollars auquel il peut normalement aspirer en temps normal. Selon Garbis Iradian, les raisons de ce généreux prêt résident dans le déficit « exceptionnel » de la balance des paiements (15,5 milliards de dollars à fin 2019) qui implique des besoins de financement supérieurs à la « limite normale », entre autres facteurs. Le processus administratif pourrait prendre un mois, selon le chercheur. Il souligne de plus que les États-Unis, ayant une quote-part de 16,5 %, ne peuvent pas bloquer ce prêt.

Garbis Iradian prévient cependant que le FMI « demandera des clarifications » sur le contenu du plan, notamment en ce qui concerne les volets des mesures fiscales, du recouvrement des fonds pillés, de la lutte contre la corruption, ainsi que la restructuration du secteur bancaire qui nécessite, selon lui, « une analyse plus approfondie ».

M.A.

Les représentants du secteur privé, Association des banques du Liban en tête, militent depuis une semaine pour contraindre le gouvernement à modifier plusieurs aspects du plan de redressement du pays qu’il a adopté le 30 avril et transmis au Fonds monétaire international (FMI) en même temps que sa requête officielle pour une demande d’assistance (voir encadré). Le Premier ministre...
commentaires (9)

LEURS PROBLEMES ? LES BANQUES SONT SEULES A AVOIR ENCORE DES SOUS AVANCER ! JE VEUX DIRE A DEBOURSER !

Gaby SIOUFI

12 h 29, le 14 mai 2020

Tous les commentaires

Commentaires (9)

  • LEURS PROBLEMES ? LES BANQUES SONT SEULES A AVOIR ENCORE DES SOUS AVANCER ! JE VEUX DIRE A DEBOURSER !

    Gaby SIOUFI

    12 h 29, le 14 mai 2020

  • J’appelle toute les banques à virer leurs Risk Managers pour ne pas les avoir averti des risques de leur politique financière, soit les managers des Risk Managers pour ne pas avoir tenu compte des alertes soulevées par ceux-ci. J’appelle tous les employés des banques à dénoncer toute activité louche sous le couvert de la loi #83 du 10 octobre 2018 qui protège les "whistleblowers".

    Gros Gnon

    14 h 44, le 09 mai 2020

  • La répartition des pertes... Wahou il semble que les banques veulent nous impliquer dans le remboursement des pertes qu'elles ont elles-mêmes causées. La perte de notre épargne. Nous la majorité, les simples déposants qu'avons-nous fait d'autre que de confier nos économies et en toute confiance? Puisque que le système bancaire libanais avait et a toujours sa tête un des meilleurs gouverneur de banque centrale au monde... Pire ça leur paraît logique de nous faire porter une partie du chapeau... ils vivent une autre planète bien lointaine. Il a bon dos l'Etat et donc le contribuable. Quand il y a gains on voit rien revenir et quand il y a pertes faudrait participer. Ben voyons.

    Sybille S. Hneine

    08 h 44, le 09 mai 2020

  • """Le gouvernement a notamment exclu de facto tout renflouement des banques par l’État"" rouspete l'ABL ! non mais je crois rever . ils veulent que l'etat les renfloue ? et moi qui accusait les politiques d'arrogance ! ou de betise ?

    Gaby SIOUFI

    17 h 47, le 08 mai 2020

  • Ce que veulent les banques c’est que ceux qui ont géré l’électricité et les déchets depuis 11ans rendent des comptes car ce sont les plus grosses parties ensuite on passera aux petits larcins. C’est tout ce les banques demandent en écho au peuple honnête qui demande qu’on ne touche pas aux fruits de son dur labeur.

    PROFIL BAS

    13 h 36, le 08 mai 2020

  • Ce que veulent les banques c’est que ceux qui ont géré l’électricité et les déchets depuis 11ans rendent des comptes car ce sont les plus grosses parties ensuite on passera aux petits larcins. C’est tout ce les banques demandent en écho au peuple honnête qui demande qu’on ne touche pas aux fruits de son dur labeur.

    PROFIL BAS

    13 h 36, le 08 mai 2020

  • L’Etat Libanais s’endette sans compter et sans établir de budgets durant des années. Cet argent s’évapore partiellement par un système de corruption généralisée selon tous les commentaires des politiques qui veulent tous combattre cette corruption. Qui est responsable ? Le gouvernement des technocrates a décidé que ce sont des déposants qui doivent subir un haicut ou un bail in (pour utiliser leurs termes savants), pendant que l’Etat conserve tous ses actifs. Cela s’appelle du VOL. C’est l’Etat qui est responsable de cette faillite, que l’Etat vende tous ses actifs (MEA, Casino du Liban...), qu’il privatise tous les secteurs productifs et surtout baisse ses dépenses extravagantes des politiques (présidents, ministres, députés et hauts fonctionnaires) l’austérité est pour tout le monde.

    Lecteur excédé par la censure

    08 h 51, le 08 mai 2020

  • PREDATEURS BANQUIERS ET PREDATEURS GOUVERNEMENTAUX SONT DE CONNIVENCE POUR DEVALISER LES ECONOMIES D,UNE VIE DES DEPOSANTS SURTOUT AGES QUI N,ONT POINT D,AUTRES RESSOURCES POUR SUBSISTER QUE LEURS DEPOTS. ON FAIT PAYER AUX VICTIMES LE PRIX DES CRIMES COMMIS CONTRE ELLES.

    LA LIBRE EXPRESSION

    08 h 12, le 08 mai 2020

  • Si on demandait à l'amiable et sous couvert d'anonymat à tous ceux qui depuis plus de 30 ans ont pillé le Budget de l'État, profité par centaines de millions de Dollars de marchés publics biaisés et de corruption à grande échelle, de ristourner gentiment, en catimini, 10 % seulement de leur butin, en ce mois de Ramadan où le ZaKat est de mise, cela suffirait à renflouer la Banque centrale et les Banques commerciales réunies et nous n'aurions même plus besoin de l'aide du FMI. À BON ENTENDEUR SALUT!!!

    Georges Airut

    02 h 39, le 08 mai 2020

Retour en haut