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Nos Lecteurs ont la Parole

Mon « carpe diem » à moi

« Les hommes ne cessent jamais d’avoir peur. Des mécanismes obscurs nous rongent de l’intérieur. Être heureux est la forme la plus subtile d’un désespoir qui n’ose pas dire son nom. » Jean d’Ormesson

Prétendre à un tant soit peu de bonheur entre les quatre murs de mon confinement ? Pourquoi pas ? Je n’attendrai pas que la vie reprenne son cours normal pour m’autoriser une sensation de joie, pour me délecter des petits plaisirs épicuriens que j’essaie de dénicher dans le grenier de ma distanciation sociale.

Je n’attendrai pas que la vie se réapproprie son allure d’antan, cette cape de sécurité – je ne sais plus d’ailleurs si elle était authentique ou factice – qu’elle enfilait avec nonchalance, pour fermer les yeux et sentir chaque pore de mon être vibrer, chaque battement de mon cœur résonner.

S’il y a une théorie que ce confinement m’a confirmée, c’est bel et bien mon credo de toujours vivre le présent à fond, dans ses hauts et ses bas – même si ces bas l’emportent haut la main ces derniers temps –, le laisser m’emporter telle une rebelle apprivoisée, sans résistance aucune.

Je n’attendrai pas pour sourire parce que la vie n’attend pas. Elle sera toujours cette créature impétueuse qui amoncelle surprises et complications, qui emporte son cavalier dans une salsa de tourbillons et de faux pas, qui se déchaîne sur la piste, tantôt incendiaire, tantôt clémente, en chamboulant tout sur son passage.

La vie te donnera toujours l’impression d’être dans une salle d’attente, mais à attendre quoi au juste ? Des jours meilleurs, un avenir plus brillant ? De futurs moments d’extase, la chance de réaliser enfin tes rêves les plus fous, d’oser exprimer tes sentiments refoulés ou tes peurs réprimées? Des cieux plus bleus que tes yeux où tu déployeras tes ailes pour planer plus haut que tu ne t’aies jamais imaginé capable de le faire ?!

Confinement ou pas, tu passes ton existence dans une salle d’attente pareille. Demain est le mot préféré que la vie s’amuse à te chuchoter telle une amante lascive qui te susurre des mots enflammés. Mais demain ne t’est pas acquis. Demain n’est pas toujours plus beau. Demain est un mirage que tu vois miroiter et qui ne cesse de t’échapper à chaque fois que tu crois t’en approcher.

Alors laissez-moi vivre pleinement les sautes d’humeur d’aujourd’hui, dans le nid douillet de mon lockdown. Et pitié, trêve de leçons de morale! Ne m’imposez pas vos stéréotypes de « journées fructueuses », jonglant entre les séances de gym dans la salle de séjour ou les nouveaux cours d’apprentissage sur YouTube. Vivre mon présent est un plaisir subjectif qui varie selon mon humeur du jour. Mon Épicure personnel. Je pourrai aisément me prélasser sur mon divan, la tête ailleurs, une pléthore de petits soleils imaginaires à l’esprit, dans un farniente digne des plages estivales d’Amalfi. Ou paradoxalement, me défoncer dans une course matinale, dans les rues désertes de ma ville, poussant mon corps en sueur vers des limites soudain pulvérisées. Ou tout simplement me plonger dans une lecture passionnante, ou déguster ma glace préférée, les paupières closes, sur le toit de mon immeuble alors que les lueurs tamisées du crépuscule caressent ma peau pâlie par l’isolement.

Vivre l’instant malgré toute sa monotonie placide, donner libre cours à mon être, corps et âme, même en pleurant de rage, criant ma colère dans les moments de détresse inconsolable, ou en riant à gorge déployée en imaginant des scénarios futurs à l’eau de rose, c’est mon « carpe diem » à moi. Rien qu’à moi. Laissez-le me soûler.


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « courrier » n’engagent que leurs auteurs et ne reflètent pas nécessairement le point de vue de L’Orient-Le Jour.


« Les hommes ne cessent jamais d’avoir peur. Des mécanismes obscurs nous rongent de l’intérieur. Être heureux est la forme la plus subtile d’un désespoir qui n’ose pas dire son nom. » Jean d’OrmessonPrétendre à un tant soit peu de bonheur entre les quatre murs de mon confinement ? Pourquoi pas ? Je n’attendrai pas que la vie reprenne son cours normal pour...

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